mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1915862 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAKER & MCKENZIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés les 18 décembre 2019, 10 juillet 2020, 12 février 2021, 6 octobre et 12 octobre 2022, la SA UMANIS, venant aux droits de la SAS HÉLICE, représentée par Me Quéré, avocat, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la restitution des crédits d'impôt recherche dont la SAS HÉLICE a demandé à bénéficier au titre des années 2010, 2011 et 2012, pour des montants respectifs de 1 937 973 euros, 1 690 102 euros et 1 913 093 euros ;
2°) d'ordonner la restitution de ces sommes assorties des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
La SA UMANIS soutient que :
- le dépôt de sa déclaration rectificative au titre du crédit d'impôt recherche pour l'année 2010 n'était pas tardive, le délai de dépôt expirant le 31 décembre 2013, dès lors que cette déclaration a été déposée le 14 octobre 2013, et que le document déposé le 28 novembre 2014 ne visait qu'à corriger une erreur de plume venant entacher cette déclaration rectificative ;
- l'éligibilité au crédit d'impôt recherche des travaux de recherche et développement menés par la société, et la validité des dépenses de recherche et développement déclarées au titre des années 2011 et 2012 ont été confirmées par une expertise réalisée par un expert référent auprès du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, contredisant les conclusions du rapport d'expertise sur lequel s'est fondé l'administration fiscale ;
- certaines opérations de recherche et développement étaient éligibles alors même qu'elles s'inscrivaient dans le cadre de projets commerciaux ;
- elle peut se prévaloir de la réclamation préalable déposée, le 30 janvier 2017, par la SA Bpifrance Financement, et qu'elle a, par ailleurs, déposé une réclamation préalable en son nom propre le 19 décembre 2019.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 juin 2020 et 12 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le SA UMANIS ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées les 30 septembre et 10 octobre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la restitution des crédits d'impôt recherche dont la SAS Hélice a demandé à bénéficier au titre des années 2010, 2011 et 2012, en raison, d'une part, de l'absence de réclamation préalable formée par la société requérante et, d'autre part, de la tardiveté de la réclamation formée le 19 décembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- les conclusions de M. Barraud, rapporteur public ;
- et les observations de Me Quéré.
Considérant ce qui suit :
1. La SA UMANIS, venant aux droits de la SAS HÉLICE qu'elle a absorbée, a déposé, le 14 octobre 2013, des déclarations rectificatives n° 2069-A laissant apparaître des crédits d'impôt pour dépenses de recherche au titre des années 2010, 2011 et 2012, pour des montants respectifs de 1 937 973 euros, 1 690 102 euros et 1 913 093 euros. Ces déclarations ont été corrigées par des déclarations enregistrées par l'administration fiscale le 28 novembre 2014. Le 30 janvier 2017, puis le 3 juin 2019, la SA Bpifrance Financement, à qui la SA UMANIS avait cédé, le 6 janvier 2016, ses créances de crédit d'impôt recherche au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012 a demandé à l'administration fiscale le remboursement de la somme correspondante. Par des décisions des 18 et 24 octobre 2019, cette demande a été rejetée par le directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine, ces décisions ayant également été notifiées à la société UMANIS. La SA UMANIS demande au Tribunal de prononcer la restitution du crédit d'impôt recherche dont la SAS HÉLICE a demandé à bénéficier au titre des années 2010, 2011 et 2012, pour un montant global de 5 541 168 euros.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 313-23 du code monétaire et financier, dans sa version alors applicable : " Tout crédit qu'un établissement de crédit ou qu'une société de financement consent à une personne morale de droit privé ou de droit public, ou à une personne physique dans l'exercice par celle-ci de son activité professionnelle, peut donner lieu au profit de cet établissement ou de cette société, par la seule remise d'un bordereau, à la cession ou au nantissement par le bénéficiaire du crédit, de toute créance que celui-ci peut détenir sur un tiers, personne morale de droit public ou de droit privé ou personne physique dans l'exercice par celle-ci de son activité professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 313-24 de ce code : " Même lorsqu'elle est effectuée à titre de garantie et sans stipulation d'un prix, la cession de créance transfère au cessionnaire la propriété de la créance cédée. / Sauf convention contraire, le signataire de l'acte de cession ou de nantissement est garant solidaire du paiement des créances cédées ou données en nantissement ". Aux termes de l'article L. 313-27 du même code : " La cession ou le nantissement prend effet entre les parties et devient opposable aux tiers à la date apposée sur le bordereau lors de sa remise, quelle que soit la date de naissance, d'échéance ou d'exigibilité des créances, sans qu'il soit besoin d'autre formalité () ". L'article L. 313-28 du code mentionné ci-dessus, dans sa version alors applicable, dispose : " L'établissement de crédit ou la société de financement peut, à tout moment, interdire au débiteur de la créance cédée ou nantie de payer entre les mains du signataire du bordereau. À compter de cette notification, () le débiteur ne se libère valablement qu'auprès de l'établissement de crédit ou de la société de financement. ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. ".
4. Il résulte de ces dispositions, qui sont applicables aux créances détenues sur des personnes morales de droit public, que la cession d'une créance professionnelle effectuée dans les conditions prévues aux articles L. 313-23 à L. 313-34 du code monétaire et financier, d'une part, transfère à l'établissement de crédit cessionnaire la propriété de la créance cédée et, d'autre part, est opposable aux tiers à compter de la date portée sur le bordereau visé à l'article L. 313-23 de ce code, sans autre formalité. La notification de la cession, laissée à la seule initiative de l'établissement de crédit, prévue par l'article L. 313-28 de ce code a pour effet de garantir le débiteur du caractère libératoire de son paiement. Lorsque la cession de créance intervient avant la présentation de la demande au tribunal, l'établissement de crédit cessionnaire, comme le cédant, a qualité pour agir devant le juge de l'impôt afin d'obtenir le paiement de cette créance. En revanche, si dans le cadre d'un contentieux relatif au remboursement d'une créance de crédit impôt recherche, tant la société cédante que la société cessionnaire ont compétence pour introduire chacune pour son compte une instance contentieuse, cette circonstance ne permet pas à la société cédante d'invoquer, en vue de satisfaire à la condition posée par l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales précité, une réclamation préalable formulée par un tiers, en l'espèce la société cessionnaire.
5. D'autre part, aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () ". Aux termes de l'article 220 B du même code : " Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter B. ". Aux termes de l'article 199 ter B du même code : " I. - Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été exposées. L'excédent de crédit d'impôt constitue au profit de l'entreprise une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ".
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 196-3 de ce livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ".
7. Il résulte de ces dispositions que, pour obtenir le remboursement de la fraction du crédit d'impôt recherche non imputée sur l'impôt sur les sociétés, le contribuable doit présenter à l'administration une demande expresse en ce sens. Cette demande de remboursement tendant au bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. La naissance, au 1er janvier de la quatrième année suivant celle à laquelle le crédit d'impôt recherche est engendré, du droit à remboursement de la fraction de ce crédit d'impôt recherche non imputée constitue la réalisation de l'événement qui motive une telle réclamation, au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Dès lors, et sauf application des dispositions de l'article R. 196-3 du même livre, ladite réclamation n'est plus recevable au-delà du 31 décembre de la deuxième année suivant celle donnant naissance au droit à remboursement.
8. En l'espèce, si la SA UMANIS, venant aux droits de la SAS HÉLICE, avait qualité pour saisir le juge de l'impôt en tant que cédante de la créance sur le Trésor litigieuse, il résulte de l'instruction que les demandes de remboursement des crédits d'impôt recherche au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012, en date des 30 janvier 2017 et 3 juin 2019, ont été introduites par la SA Bpifrance Financement agissant en son nom propre et en sa qualité d'établissement cessionnaire. La circonstance que la société cédante, la SA UMANIS, ait été informée de la décision de rejet de cette réclamation préalable présentée par la société cessionnaire, n'est pas de nature à regarder la première société comme l'auteur de cette demande, ni à laisser présumer l'existence d'une supposée réclamation orale propre à la société requérante, dont l'existence n'est pas établie. Par ailleurs, si la SA UMANIS fait valoir qu'elle a déposé une demande de remboursement, en son nom propre, le 19 décembre 2019, il lui appartenait de formuler sa demande de remboursement du crédit d'impôt recherche non imputé, en ce qui concerne l'année 2010 avant le 31 décembre 2016, en ce qui concerne l'année 2011 avant le 31 décembre 2017, et en ce qui concerne l'année 2012 avant le 31 décembre 2018, la décision de rejet de la demande de remboursement formulée par la SA Bpifrance Financement ne pouvant être considérée, contrairement à ce que soutient la requérante, comme l'événement motivant la réclamation au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, de sorte que cette réclamation était tardive. Par suite, les conclusions présentées par la SA UMANIS tendant à la restitution des crédits d'impôt recherche dont la SAS HÉLICE a demandé à bénéficier au titre des années 2010, 2011 et 2012 sont irrecevables.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution présentées par la SA UMANIS doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce que cette restitution soit assortie des intérêts moratoires et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SA UMANIS, venant aux droits de la SAS HÉLICE est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA UMANIS, venant aux droits de la SAS HÉLICE et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026