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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1916027

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1916027

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1916027
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantWAHRHEIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2019, sous le n° 1916027, la société à responsabilité limitée (SARL) G et S Bâtiment, représentée par Me Wahrheit, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- les travaux qu'elle a réalisés en 2015 et 2017 sur les chantiers des clients Allaouna, Merad et Chovet sont éligibles au taux réduit de 10 % de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 279-0 bis du code général des impôts dès lors que les attestations fournies le confirment ;

- la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux factures relatives aux acquisitions intracommunautaires qu'elle a réalisée auprès de fournisseurs européens, et notamment d'un fournisseur portugais, pour l'achat de marchandises est déductible ;

- la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les dépenses effectuées pour les besoins de l'activité de la société est déductible ;

- la majoration de 40 % pour défaut de dépôt de ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée dans les délais légaux n'est pas justifiée dès lors qu'elle n'a jamais eu l'intention d'éluder l'impôt et qu'elle n'a pas fait obstacle aux opérations de vérification.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, sous le n° 2210388, la SARL G et S Bâtiment, représentée par Me Wahrheit, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2017 au 31 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- les opérations de rénovation qu'elle a réalisées de 2017 à 2019 sont éligibles au taux réduit de 10 % de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 279-0 bis du code général des impôts comme les attestations fournies à l'appui de sa réclamation le confirment ;

- la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les dépenses effectuées pour les besoins de l'activité de la société est déductible ;

- la majoration de 40 % pour défaut de dépôt de ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée dans les délais légaux n'est pas justifiée dès lors qu'elle n'a jamais eu l'intention d'éluder l'impôt et qu'elle n'a pas fait obstacle aux opérations de vérification.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) G et S Bâtiment, qui exerçait une activité de travaux dans le domaine du bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017. Par une proposition de rectification du 11 décembre 2018, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017, assortis de pénalités. Après présentation d'observations par la société, l'administration fiscale a, par une décision du 5 février 2019, abandonné une partie des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 15 avril 2019 pour un montant total de 45 696 euros. La réclamation de la société en date du 28 mai 2019 a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 4 novembre 2019. La SARL G et S Bâtiment a fait l'objet d'une nouvelle vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2017 au 31 mars 2019, étendue jusqu'au 31 décembre 2019 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 19 juillet 2021, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2017 au 31 décembre 2019, assortis de pénalités. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 13 octobre 2021 pour un montant total de 505 704 euros. La réclamation de la société en date du 25 novembre 2021 a fait l'objet d'une décision d'admission partielle en date du 9 mai 2022 par laquelle des dégrèvements ont été prononcés pour un montant de 11 022 euros en droits et 650 euros d'intérêts de retard. A l'appui des requêtes visées ci-dessus, la SARL G et S Bâtiment demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017 et pour la période du 1er avril 2017 au 31 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

2. En vertu des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, il appartient au contribuable d'établir le caractère exagéré des impositions lorsque, comme en l'espèce, celles-ci ont été établies d'office.

3. En premier lieu, aux termes de l'article de l'article 279-0 bis du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien autres que ceux mentionnés à l'article 278-0 bis A portant sur des locaux à usage d'habitation, achevés depuis plus de deux ans, à l'exception de la part correspondant à la fourniture d'équipements ménagers ou mobiliers ou à l'acquisition de gros équipements fournis dans le cadre de travaux d'installation ou de remplacement du système de chauffage, des ascenseurs, de l'installation sanitaire ou de système de climatisation dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé du budget. / () 3. Le taux réduit prévu au 1 est applicable aux travaux facturés au propriétaire ou, le cas échéant, au syndicat de copropriétaires, au locataire, à l'occupant des locaux ou à leur représentant à condition que le preneur atteste que ces travaux se rapportent à des locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans et ne répondent pas aux conditions mentionnées au 2. Il est également applicable dans les mêmes conditions aux travaux réalisés par l'intermédiaire d'une société d'économie mixte intervenant comme tiers financeur. Le prestataire est tenu de conserver cette attestation à l'appui de sa comptabilité. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'application du taux réduit est soumis à la double condition que le preneur établisse, à la date du fait générateur de la taxe, ou au plus tard à celle de la facturation, une attestation selon laquelle les travaux effectués remplissent les conditions posées par cet article et que la personne qui réalise ces travaux, et qui établit la facturation, conserve cette attestation à l'appui de sa comptabilité.

5. D'une part, s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017, la SARL G et S Bâtiment ne produit aucune facture ni aucune attestation permettant de justifier que les travaux qu'elle a réalisés en 2015 et 2017 sur les chantiers des clients Allaouna, Merad et Chovet seraient, comme elle le soutient, éligibles au taux réduit de 10 % de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 279-0 bis du code général des impôts. En outre, l'administration fait valoir sans être contestée que s'agissant du client Chovet, les cinq attestations produites lors du contrôle n'étaient pas dûment complétées par le client, que l'attestation du client Allaouna était incomplète et faisait état d'un prénom différent de celui du client et qu'aucune attestation n'avait été produite pour le client Merad. D'autre part, s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2017 au 31 décembre 2019, il résulte de l'instruction que, pour les travaux facturés aux clients Toussaint, Restoin, Do Souto, Boulenger, Barat, Figueroa, Tavernier et Brenier, les attestations produites par la société requérante à l'appui de sa réclamation préalable n'étaient pas datées ou comportaient une date postérieure à la période contrôlée. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas qu'elle était en droit d'appliquer le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée à ces prestations et que les rappels de taxe ainsi mis à sa charge seraient excessifs.

6. En deuxième lieu, si la SARL G et S Bâtiment soutient que la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux factures relatives aux acquisitions intracommunautaires qu'elle a réalisées auprès de fournisseurs européens, et notamment d'un fournisseur portugais, au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2017, est déductible, il résulte de l'instruction, et notamment de la réponse aux observations du contribuable en date du 5 février 2019, que l'administration fiscale a admis la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux acquisitions intracommunautaires pour lesquelles des factures étaient produites. En revanche, s'agissant du fournisseur portugais qu'elle mentionne, la société requérante ne produit pas les factures justificatives d'acquisitions intracommunautaires de biens qu'elle a comptabilisées et pour lesquelles elle n'a pas auto-liquidé la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, la SARL G et S Bâtiment n'établit pas que la taxe sur la valeur ajoutée relative à ces achats serait déductible.

7. En troisième lieu, si la SARL G et S Bâtiment soutient que la taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les dépenses effectuées pour les besoins de l'activité de la société est déductible, il résulte de l'instruction qu'elle n'a pas produit les factures de ses fournisseurs afin de justifier de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle avait déduite ni au cours du contrôle ni à l'appui de sa requête.

En ce qui concerne les pénalités :

8. Aux termes de 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; / () ".

9. La SARL G et S Bâtiment soutient que la majoration de 40 % pour défaut de dépôt de ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée dans les délais légaux n'est pas justifiée dès lors qu'elle n'a jamais eu l'intention d'éluder l'impôt et qu'elle n'a pas fait obstacle aux opérations de vérification. Toutefois, la majoration en litige pour défaut ou retard de déclaration est exclusive de toute appréciation de la bonne foi ou du manquement délibéré du contribuable. Ainsi, les circonstances invoquées par la société requérante sont sans incidence sur l'application de la majoration prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL G et S Bâtiment n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL G et S Bâtiment demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL G et S Bâtiment est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL G et S Bâtiment et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Amazouz, premier conseiller, et Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

S. AMAZOUZLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

N. MAGEN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2210388

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