mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-1916041 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 décembre 2019 et le 13 septembre 2020, M. B A et Mme C D, représentés par Me Cohen, demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale a méconnu le secret professionnel en motivant les rehaussements portant sur les années 2015 et 2016 par référence à la proposition de rectification adressée à la SARL "A judo connection" portant également sur l'année 2014, alors que Mme D n'avait pas à connaître de cette année dès lors que le PACS entre M. A et elle date du 16 janvier 2015 et que par suite ce document doit être écarté et la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation ;
- la proposition de rectification du 20 décembre 2017 n'est pas suffisamment motivée concernant le détail des charges en moto taxi, les frais de restauration et les frais de déplacement ;
- les charges de la SARL " A judo connection " dont la déductibilité a été rejetée par l'administration fiscale et relatives aux frais de déplacement en moto taxi, aux frais de restauration et de déplacement et aux frais de location d'une Ferrari sont des dépenses d'ordre professionnel, engagées dans l'intérêt de la société.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 juillet 2020 et 8 février 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'île de France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) A Judo Connection, dont la SARL TR Leader Group, elle-même détenue à 100 % par M. A, détient 99,99% des parts, M. A en étant le gérant de droit, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 aux termes de laquelle l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de certaines charges. M. A et Mme D ont en conséquence, par une proposition de rectification du 20 décembre 2017, été informés de ce que l'administration fiscale entendait les assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à raison des revenus regardés comme distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Les requérants dont la réclamation du 29 avril 2019 a été rejetée par décision du 25 octobre 2019, qui a substitué au 2° le 1° de l'article 109, 1 du code général des impôts, demandent au tribunal la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales : " L'obligation du secret professionnel, telle qu'elle est définie aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal, s'applique à toutes les personnes appelées à l'occasion de leurs fonctions ou attributions à intervenir dans l'assiette, le contrôle, le recouvrement ou le contentieux des impôts, droits, taxes et redevances prévus au code général des impôts. / Le secret s'étend à toutes les informations recueillies à l'occasion de ces opérations. ()".
3. Les requérants soutiennent que l'administration fiscale a violé l'obligation du secret professionnel à laquelle elle est astreinte, en application des dispositions de l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle a, dans la proposition de rectification du 20 décembre 2017, fait référence à la proposition de rectification adressée le même jour à la SARL A Judo Connection, qui y était annexée, et qui porte notamment sur l'exercice clos le 31 décembre 2014 alors que Mme D n'avait pas à en connaître dès lors qu'elle ne s'est pacsée avec M. A que le 16 janvier 2015. Toutefois, la méconnaissance par le vérificateur de l'obligation de secret professionnel à laquelle il est tenu dans l'exercice de ses fonctions est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
4. En second lieu, aux termes de l'article L 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () lorsque l'administration rejette les observations du contribuable, sa réponse doit également être motivée. ". Aux termes de l'article R. 57 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 20 décembre 2017 adressée à M. A et Mme D mentionne la catégorie d'impôt concerné, les années d'imposition, la base d'imposition, les montants des rehaussements et la procédure et les dispositions légales applicables. Elle fait en outre explicitement référence à la proposition de rectification du même jour adressée à la SARL A Judo Connection dont une copie lui est jointe et qui précise la catégorie de revenus et les années concernées par les redressements, la procédure applicable ainsi que les conséquences des redressements notifiés à la SARL sur les revenus de capitaux mobiliers de M. A. Par suite, aucune disposition législative ou réglementaire, notamment tirée de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales n'imposant dans les circonstances de l'espèce, sauf à méconnaitre la régularité de la procédure d'imposition, d'écarter des débats la proposition de rectification de la SARL A Judo Connection, M. A et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que la proposition de rectification du 20 décembre 2017 qui leur a été adressée était insuffisamment motivée.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".
7. Les requérants ayant contesté les redressements notifiés selon la procédure contradictoire, à raison de revenus regardés comme distribués sur ce fondement légal, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de leur montant et que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
8. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré, dans le résultat imposable de la SARL A Judo Connection, des dépenses correspondant à des frais de déplacement en motos-taxis, des frais de restauration, des frais de voyage et des frais de location d'un véhicule de marque Ferrari, au motif qu'ils constituaient des dépenses personnelles de M. A.
9. Concernant les frais de déplacement en motos-taxis, il résulte de l'instruction qu'aucun justificatif précis portant sur les déplacements réalisés en moto-taxis, notamment sur les parcours effectués et sur les rendez-vous et sollicitations honorés n'est produit. La transmission de onze contrats, dont certains signés postérieurement à la période vérifiée, ne permet pas d'établir la proportionnalité des montants de ces frais au regard de leur cumul avec d'autres frais de déplacement en véhicule de sociétés, en taxis traditionnels ou en VTC pour la même période, ni l'avantage que la société a pu retirer de cette utilisation, ni que la densité de l'emploi du temps de M. A résultait de la seule activité d'exploitation de son droit à l'image géré par la SARL et que ces frais devaient par suite être supportés seulement par la SARL.
10. Concernant les frais de restauration, la seule production d'un tableau des montants de ces frais, des dates et des noms restaurants qui ne mentionne ni les personnes invitées, ni les motifs des déplacements et rendez-vous, ne permet pas d'établir qu'ils ont été engagés dans l'intérêt de la SARL A Judo Connection.
11. Concernant les frais de voyage, il résulte de l'instruction que certains voyages présentaient un caractère privé et familial ou ne pouvait se rattacher à l'objet social de la société. Aucun document attestant de réunions effectives dans le cadre de la gestion d'actifs immobiliers ou de négociations de contrat avec la banque des Antilles françaises lors du déplacement de M. A aux Antilles n'a été produit. Le caractère professionnel des déplacements de M. A aux Etats Unis en 2015 et 2016, qui auraient permis la signature d'un contrat en 2017, n'est pas davantage démontré.
12. Concernant les frais de location d'un véhicule de la marque Ferrari ayant pour seul conducteur M. A, les requérants se bornent à soutenir qu'eu égard au prestige de M. A, il devait en toute circonstance présenter une image conforme à son statut. Toutefois, alors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment la SARL A Judo Connection prenait en charge des déplacements de M. A par le biais de nombreux véhicules loués ou dont elle est propriétaire, l'utilité de prendre en charge la location de ce véhicule, eu égard à son objet social, n'est pas établi comme étant exposé dans l'intérêt de l'entreprise.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 12 ci-dessus que l'administration fiscale doit être regardée comme établissant l'existence et le montant des revenus distribués imposés entre les mains de M. A et Mme D. En outre, l'administration démontrant que M. A exerce seul la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la SARL A Judo Connection et dispose sans contrôle de ses fonds, l'intéressé n'établissant pas qu'il ne disposait pas seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, et qu'il n'était pas en mesure d'user sans contrôle des biens de celle-ci, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a imposé les sommes en litige entre les mains de M. A en application du 1° du 1 de l'article 109 code général des impôts.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C D et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'île de France.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1916041
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026