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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1916267

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1916267

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1916267
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance n° 1908888 en date du 18 décembre 2019, enregistrée au greffe du tribunal le 27 décembre 2019 sous le n° 1916267, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. B C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 25 novembre 2019, et un mémoire, enregistré le 23 juin 2020, M. C, représenté par Me Sanchez, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2007 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 14 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le pôle de contrôle des revenus et du patrimoine (PCRP) de Sceaux n'était pas compétent pour lui adresser une proposition interruptive de prescription dès lors que, le 31 mars 2015, il a déposé un dossier de régularisation des avoirs détenus à l'étranger, dans le cadre de la procédure prévue par la circulaire du 21 juin 2013 du ministre délégué chargé du budget, et que le pôle de régularisation déconcentré (PRD) de Vanves avait la charge exclusive de la régularisation et de l'appréciation en fait et en droit des données transmises dans le cadre de cette procédure de régularisation ;

- la proposition de rectification du 7 juin 2018, qui ne mentionne pas l'ensemble des faits constatés par le service s'agissant notamment du virement d'un montant de 454 054 euros qualifié de cession de valeurs mobilières, est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la prescription décennale, prévue par le quatrième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales n'est pas applicable dès lors que l'administration n'a pas procédé à des recherches complémentaires pour établir les impositions en litige, les informations fondant celles-ci ayant été communiquées dans le cadre de la procédure de régularisation ; la prescription décennale n'est pas applicable dès lors qu'à la date du dépôt de leur demande de régularisation, soit le 31 mars 2015, le Luxembourg avait conclu une convention d'assistance administrative avec la France ; le refus de tenir compte de l'existence de cette convention d'assistance administrative rend impossible toute procédure de régularisation, ce qui est contraire au principe de confiance légitime et institue une discrimination entre États membres de l'Union européenne contraire au traité instituant la communauté européenne ; l'administration ne démontre pas que pour l'année 2007, ou pour les années postérieures, le Luxembourg se soit refusé à toute assistance administrative ; l'administration fiscale ayant abandonné l'application de l'amende prévue par les dispositions du IV de l'article 1736 du code général des impôts pour absence de déclaration des comptes détenus à l'étranger, elle ne peut appliquer la prescription décennale ;

- le Luxembourg étant un État membre de l'Union européenne, l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, en tant qu'il prévoit l'application d'une prescription décennale pour les États n'ayant pas conclu de convention d'assistance administrative avec la France, et l'article 238-O A du code général des impôts, en tant qu'il prévoit la fixation d'une liste d'États non coopératifs, sont contraires au traité instituant la communauté européenne, qui instaure une absence de discrimination entre les États membres de l'Union au regard des délais de prescription applicables ;

- les versions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, mentionnées dans la proposition de rectification du 7 juin 2018, sont postérieures au 31 décembre 2017, date du fait générateur des impositions en litige, et ne sont pas applicables à sa situation ; en appliquant ces dispositions de manière rétroactive, l'administration a méconnu le principe de non rétroactivité, garanti par les articles 6 et suivants de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la prescription des impositions de l'année 2007 était acquise soit au 31 décembre 2010, soit au 31 décembre 2013 ; l'administration fiscale ayant abandonné l'application de l'amende prévue par les dispositions de l'article 1736 du code général des impôts pour absence de déclaration des comptes détenus à l'étranger, seule la prescription triennale est applicable ;

- en se fondant sur le dossier de régularisation déposé auprès du PRD de Vanves pour établir les impositions en litige, l'administration fiscale a méconnu le principe de confiance légitime ;

- c'est à tort qu'il a été regardé comme le redevable des impositions découlant de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse dont son frère, M. A C, était seul titulaire ; la somme de 454 054 euros, correspondant à la plus-value de cession des titres de cette société, a été virée le 3 avril 2017 sur le compte bancaire n° 7026.7533 ouvert au nom de son frère ; la circonstance que son frère lui ait viré, le 25 mars 2018, une somme de 410 959,61 euros sur le compte bancaire n° 7000.3797 ouvert à son nom, ne permet pas de le regarder comme bénéficiaire de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse ;

- les pénalités appliquées ne sont pas fondées dès lors notamment qu'elles ne pouvaient viser que son frère.

II. Par une ordonnance n° 1909718 en date du 31 janvier 2020, enregistrée au greffe du tribunal le même jour sous le n° 2001248, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour M. C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 23 décembre 2019, et un mémoire, enregistré le 29 juin 2020, M. C, représenté par Me Sanchez, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que la requête n° 1916267, par les mêmes moyens.

Il soutient, en outre, que :

- les prélèvements sociaux appliqués à la plus-value de cession des titres de la société Cambyse, qui concerne une société luxembourgeoise et qui vise une cession d'actions réalisée au Luxembourg, ne sont pas fondés dès lors que le fait générateur de l'imposition s'est produit au Luxembourg ;

- s'agissant de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse, il est fondé à se prévaloir des stipulations de la convention franco-luxembourgeoise qui attribue le droit d'imposition des valeurs mobilières au pays du lieu de cession, soit le Luxembourg.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2001383 les 4 février et 29 juin 2020, M. C, représenté par Me Sanchez, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que la requête n° 2001248, par les mêmes moyens.

IV. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2002016 les 18 février et 23 juin 2020, M. C, représenté par Me Sanchez, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que la requête n° 1916267 par les mêmes moyens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de ces quatre requêtes.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2008-1443 du 30 décembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les observations de Me Sanchez, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 1916267, 2001248, 2001383, 2002016, présentées pour M. C, concernent la situation d'un même contribuable et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme C ont déposé le 31 mars 2015 un dossier de régularisation de leurs avoirs détenus à l'étranger auprès du service de traitement des déclarations rectificatives relevant de la direction générale des finances publiques, lequel a été complété le 9 octobre 2015. Au regard des éléments figurant dans leur dossier de régularisation, par une proposition de rectification du 7 juin 2018, se substituant à une précédente proposition de rectification du 20 novembre 2017, l'administration fiscale leur a notifié différentes rectifications, au titre des années 2007 à 2013, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et des plus-values de cessions de valeurs mobilières, générant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assortis de pénalités. Les impositions correspondantes, à l'exception de celles de l'année 2012, ont été mises en recouvrement le 30 avril 2019. Par une réclamation du 20 mai 2019, M. C a contesté ces impositions. Par deux décisions du 20 décembre 2019, l'administration fiscale a, d'une part, prononcé le dégrèvement des pénalités appliqués aux cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux, d'autre part, substitué la pénalité de 10 % prévue par l'article 1758 A du code général des impôts à la pénalité de 40 % prévue par l'article 1729 de ce code appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, et rejeté sa réclamation pour le surplus. En outre, la réclamation de l'intéressé en date du 3 juin 2019, portant sur l'amende prononcée en application de l'article de l'article 1736 du code général des impôts au titre des années 2012 et 2013, a fait l'objet d'une décision d'admission totale en date du 23 décembre 2019. A l'appui des requêtes visées ci-dessus, M. C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2007.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, la circulaire n° 672 du 21 juin 2013 du ministre délégué chargé du budget, dite " circulaire Cazeneuve ", fixe les conditions de traitement des déclarations rectificatives des contribuables détenant des avoirs à l'étranger, selon ses propres termes, " dans le strict respect du droit en vigueur ". À cet égard, la circulaire précise que le calcul des impôts dus, les règles en matière de prescription ainsi que les pénalités et amendes seront celles du droit commun, mais que, " afin de tenir compte de la démarche spontanée du contribuable, la majoration pour manquement délibéré et l'amende pour défaut de déclaration des avoirs à l'étranger seront réduites, dans le cadre des dispositions du 3° de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, dans les conditions () conformes au droit commun " à des taux inférieurs à ceux prévus par les textes en vigueur. Il en résulte que la circulaire du 21 juin 2013 se borne à déterminer les modalités pratiques des déclarations rectificatives des contribuables détenant des avoirs à l'étranger dans le cadre du droit commun tout en fixant les taux de la majoration pour manquement délibéré et de l'amende pour défaut de déclaration des avoirs à l'étranger dans le cadre des transactions accordées à titre gracieux en application du 3° de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales. Ainsi, la demande de régularisation de M. et Mme C ne pouvait avoir pour objet et pour effet que de tenter d'obtenir à titre gracieux, après l'éventuel établissement des impositions supplémentaires procédant de leurs déclarations rectificatives, une transaction atténuant les pénalités correspondantes. Il s'ensuit que le refus d'accueillir leur demande de régularisation est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie pour l'imposition de leurs revenus provenant de l'étranger qui est entièrement distincte de la procédure gracieuse ouverte par la circulaire du 21 juin 2013. Par voie de conséquence, le moyen tiré de l'incompétence du pôle de contrôle des revenus et du patrimoine de Sceaux de la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine pour établir les impositions correspondantes ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

5. En l'espèce, la proposition de rectification du 7 juin 2018 indique les impôts concernés, en l'occurrence l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, les années d'imposition, à savoir les années 2007 à 2013, ainsi que les conséquences financières du contrôle. Elle précise les références des comptes bancaires à l'origine des revenus soumis à imposition ainsi que l'ensemble des motifs de droit et de fait sur lesquels le service s'est fondé pour procéder aux rectifications opérées dans les catégories des revenus de capitaux mobiliers et des plus-values de cession mobilières. S'agissant de la cession des titres de la société Cambyse, la proposition de rectification mentionne que si l'attestation de la Société générale du 2 mars 2017 indique que M. A C, frère de M. B C, détient 28 % du capital de cette société, le requérant a déclaré, dans un courrier du 12 mai 2017, que son frère lui avait servi de prête-nom lors de la constitution de cette société et de l'ouverture du compte n° 7026.533 auprès de la Société générale, pour lequel il disposait d'une procuration. Elle énonce également que les éléments produits par le requérant, en particulier la convention de séquestre du 30 mars 2017, permettaient d'établir que les titres de la société Cambyse avaient été vendus le 30 mars 2017 et que la somme de 454 054 euros versée sur le compte bancaire n° 7026.533 correspondait à une cession de valeurs mobilières de cette société, imposable entre ses mains. Dans ces conditions, la proposition de rectification du 7 juin 2018 était suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, pour permettre au requérant de contester utilement les rectifications proposées.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le délai de reprise :

6. D'une part, aux termes de l'article 1649 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () / Les personnes physiques () domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. () / Les sommes, titres ou valeurs transférés à l'étranger ou en provenance de l'étranger par l'intermédiaire de comptes non déclarés dans les conditions prévues au deuxième alinéa constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables ". Aux termes de l'article 344 A de l'annexe III au même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Les comptes à déclarer en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts sont ceux ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces. / II. - Les personnes physiques joignent la déclaration de compte à la déclaration annuelle de leurs revenus. Chaque compte à usage privé, professionnel ou à usage privé et professionnel doit être mentionné distinctement. / () III. - La déclaration de compte mentionnée au II porte sur le ou les comptes ouverts, utilisés ou clos, au cours de l'année ou de l'exercice par le déclarant, l'un des membres de son foyer fiscal ou une personne rattachée à ce foyer. / Un compte est réputé avoir été utilisé par l'une des personnes visées au premier alinéa dès lors que celle-ci a effectué au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période visée par la déclaration, qu'elle soit titulaire du compte ou qu'elle ait agi par procuration, soit pour elle-même, soit au profit d'une personne ayant la qualité de résident. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu (), le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / () Le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque les obligations déclaratives prévues aux articles 123 bis, 209 B, 1649 A et 1649 AA du même code n'ont pas été respectées et concernent un État ou un territoire qui n'a pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. Ce droit de reprise concerne les seuls revenus ou bénéfices afférents aux obligations déclaratives qui n'ont pas été respectées. / () ". En vertu du VI de l'article 52 de la loi du 30 décembre 2008 visée ci-dessus, ces dispositions s'appliquent aux délais venant à expiration postérieurement au 31 décembre 2008.

8. D'une part, il est constant que M. C a, dans le cadre de sa demande de régularisation, déclaré, le 31 mars 2015, un compte bancaire n° 7000.3797 ouvert le 20 mars 2008 auprès de la Société générale au Luxembourg et, le 9 octobre 2015, un compte bancaire n° 7026.7533 ouvert le 16 février 2007 et clôturé le 14 mai 2008 auprès du même établissement bancaire. Il est également constant qu'au titre de l'année 2007, le requérant n'a pas déclaré le compte bancaire n° 7026.7533 ouvert le 16 février 2007 et qu'il n'a ainsi pas respecté l'obligation déclarative prévue par les dispositions précitées de l'article 1649 A du code général des impôts. En outre, contrairement à ce que fait valoir M. C, la condition prévue par le quatrième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales pour justifier l'application d'un délai de reprise de dix ans, tenant à l'absence de convention administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires, s'apprécie non pas à la date du dépôt de sa demande de régularisation mais à celle du fait générateur des impositions, soit en l'occurrence, pour les impositions en litige relative à l'année 2007, du 1er janvier au 31 décembre 2007. Or, il n'est pas contesté qu'à cette période, le Luxembourg, pays dans lequel le compte n° 7026.7533 était domicilié, n'avait pas conclu avec la France de convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. À cet égard, la convention franco-luxembourgeoise du 1er avril 1958 tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d'assistance administrative et juridique réciproque en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune, dans sa version applicable en 2007, ne peut être regardé comme constituant une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires faute pour cette convention, de comporter, en particulier, des stipulations posant le principe de l'inopposabilité du secret bancaire. Dans ces conditions, alors même que les informations fondant les impositions en litige ont été communiquées à l'administration fiscale dans le cadre de la procédure de régularisation, M. C n'est pas fondé à soutenir que le délai de reprise de dix ans, prévu au quatrième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, n'était pas applicable aux rectifications portant sur l'année 2007.

9. D'autre part, M. C soutient que le Luxembourg étant un État membre de l'Union européenne, l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, en tant qu'il prévoit l'application d'une prescription décennale pour les États n'ayant pas conclu de convention d'assistance administrative avec la France, et l'article 238-O A du code général des impôts, en tant qu'il prévoit la fixation d'une liste d'États non coopératifs, sont contraires au traité instituant la communauté européenne, qui instaure une absence de discrimination entre les États membres de l'Union au regard des délais de prescription applicables. Toutefois, la situation des autres États membres de l'Union européenne n'était pas comparable à celle du Luxembourg, qui en 2007, faisait partie des seuls États membres de l'Union, avec l'Autriche et la Belgique, à ne pas avoir conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'article L. 169 du livre des procédures fiscales serait contraire au traité instituant la communauté européenne en tant qu'il instaure une discrimination injustifiée entre États membres de l'Union européenne.

10. Enfin, si M. C soutient que les versions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, mentionnées dans la proposition de rectification du 7 juin 2018, sont postérieures au 31 décembre 2017, date du fait générateur des impositions en litige, et ne sont pas applicables aux impositions de l'année 2007, il résulte des dispositions du VI de l'article 52 de la loi n° 2008-1443 du 30 décembre 2008 que les dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans leur rédaction résultant de cette loi, s'appliquent aux délais venant à expiration postérieurement au 31 décembre 2008, ce qui est le cas des impositions en litige. Ainsi, ces dispositions ayant été appliquées en l'espèce, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale aurait fait une application rétroactive des dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En troisième lieu, M. C soutient qu'en se fondant sur le dossier de régularisation déposé auprès du PRD de Vanves pour établir les impositions en litige, l'administration fiscale a méconnu le principe de confiance légitime. Toutefois, le principe de confiance légitime qui fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit de l'Union européenne, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de confiance légitime ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, M. C soutient que c'est à tort qu'il a été regardé comme le redevable des impositions découlant de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse dont son frère, M. A C, était seul titulaire. Il fait valoir que la somme de 454 054 euros, correspondant à la plus-value de cession des titres de cette société, a été virée le 3 avril 2017 sur le compte bancaire n° 7026.7533 ouvert au nom de son frère et que la circonstance que ce dernier lui ait viré, le 25 mars 2018, une somme de 410 959,61 euros sur le compte bancaire n° 7000.3797 ouvert à son nom, ne permet pas de le regarder comme bénéficiaire de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse. Toutefois, par un courrier du 12 mai 2017, le requérant a attesté que, lors de la constitution de la société Cambyse et de l'ouverture du compte bancaire n° 7026.7533, son frère, A C, agissait en tant que prête-nom, et qu'il a toujours été le seul à faire fonctionner ce compte dont il a eu la procuration dès son ouverture. Il a également déclaré que, lors de la constitution de cette société, son frère n'a jamais agi en son nom propre, ni retiré d'argent sur le compte bancaire dont il était titulaire. Par un courrier du 5 mai 2007, le frère de l'intéressé a confirmé que, tant lors de la constitution de la société Cambyse que pour l'ouverture du compte bancaire n° 7026.7533, il avait agi à la demande du requérant en tant que prête-nom. En outre, M. C ne conteste pas qu'il a spontanément déclaré le compte bancaire n° 7026.7533 dans la cadre de la demande de régularisation qu'il a déposée. Dans ces conditions, au regard des éléments produits par le requérant, c'est à bon droit que l'administration fiscale l'a regardé comme bénéficiaire de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse perçue au cours de l'année 2007. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort qu'il a été regardé comme le redevable des impositions découlant de cette plus-value.

13. En cinquième lieu, si M. C soutient que les prélèvements sociaux appliqués à la plus-value de cession des titres de la société Cambyse ne sont pas fondés dès lors que le fait générateur de l'imposition s'est produit au Luxembourg, il n'assortit pas le moyen soulevé en ce sens des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé en se bornant à se prévaloir sans autre précision de la jurisprudence de Ruyter de la Cour de justice de l'Union européenne. De même, si le requérant fait valoir que, s'agissant de cette plus-value, il est fondé à se prévaloir des stipulations de la convention franco-luxembourgeoise qui attribue le droit d'imposition des valeurs mobilières au pays du lieu de cession, soit le Luxembourg, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur les pénalités :

14. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue. / () ".

15. M. C ne conteste pas qu'au titre de l'année 2007, il n'a pas déclaré différentes plus-value de cession de valeurs mobilières. D'une part, si le requérant soutient que les pénalités appliquées ne sont pas fondées dès lors qu'elles ne pouvaient viser que son frère, qui est redevable de l'imposition de la plus-value de cession des titres de la société Cambyse, il résulte de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement que ce moyen doit être écarté. D'autre part, les droits en litige étant fondés, M. C n'est pas fondé à demander la décharge par voie de conséquence des pénalités correspondantes.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 1916267, 2001248, 2001383 et 2002016 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. AmazouzLe président,

T. Bertoncini

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

2, 2001248, 2001383, 2002016

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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