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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000287

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000287

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000287
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLECOMTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 janvier 2020, 31 juillet 2020 et 19 février 2021, M. D B, représenté par Me Lecomte, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la méthode de reconstitution des bénéfices la SARL Formen est radicalement viciée ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve du désinvestissement des sommes encaissées par la société ni qu'il était maître de l'affaire de la SARL Formen ; l'administration ne peut donc se prévaloir de la présomption d'appréhension des bénéfices reconstitués ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve qu'il aurait appréhendé les retraits effectués sur les comptes bancaires de la société Formen pour un montant total de 43 313 euros en 2013 et de 13 890 euros en 2014 ; en outre, en ce qui concerne le compte BNP, ces retraits doivent être ramenés à un montant hors taxes.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par ordonnance du 1er mars 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2021.

Par un courrier du 11 septembre 2023, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application des dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts, en ce que la seule circonstance que la reconstitution du chiffre d'affaires d'une société a conduit à mettre en évidence une insuffisance des bénéfices déclarés ne suffit pas à qualifier les bénéfices non déclarés comme constituant par nature des avantages ou rémunérations occultes pour le maître de l'affaire.

Par un courrier en date du 12 septembre 2023, M. B a répondu à ce moyen. Il persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.

Par un courrier du 15 septembre 2023, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France a répondu à ce moyen. Il sollicite une substitution de base légale par remplacement des dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts par les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du même code.

Un mémoire récapitulatif a été produit pour M. B le 21 septembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'occasion d'une vérification de comptabilité de la SARL Formen, qui exploite une activité de travaux et dont M. D B détenait 50 % des parts, l'administration a, selon la procédure prévue par l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, reconstitué le chiffre d'affaires des exercices clos en 2013 et 2014 par la société, faisant apparaître un bénéfice non déclaré s'élevant respectivement à 287 689 € et 78 168 €. De surcroît, elle a constaté des retraits d'espèces injustifiés sur les comptes bancaires de la société, d'un montant 43 313 € pour 2013 et 13 890 € pour 2014. Aux termes d'une proposition de rectification du 1er août 2016, le service, considérant que M. B était maître de l'affaire, a regardé l'ensemble de ces sommes comme lui ayant été distribuées sur le fondement de l'article 111-c du code général des impôts et les a taxées entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. M. B sollicite la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti par voie de conséquence au titre des années 2013 et 2014.

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; (). ". En cas de refus des rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve, d'une part, de l'existence et du montant des revenus distribués et, d'autre part, de leur appréhension par le contribuable. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

Sur les rehaussements afférents aux bénéfices reconstitués de la société Formen :

En ce qui concerne la base légale des rehaussements :

3. Les bénéfices reconstitués à raison de l'activité d'une société ne peuvent, de ce seul fait, être regardés comme distribués au maître de l'affaire sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts, en l'absence d'opérations individualisées et identifiables en comptabilité à même d'établir l'existence d'une rémunération ou d'un avantage occulte. Ainsi, la seule circonstance que la reconstitution du chiffre d'affaires d'une société a conduit l'administration à mettre en évidence une insuffisance des bénéfices déclarés ne suffit pas à qualifier les bénéfices non déclarés comme constituant par nature des avantages ou rémunérations occultes pour le maître de l'affaire sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts.

4. Toutefois, l'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier du bien-fondé de l'imposition en modifiant le fondement juridique, à la condition que la substitution ainsi opérée ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi.

5. En l'espèce, l'administration demande le maintien de l'imposition de ces sommes entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers par substitution aux dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts, initialement retenues, celles du 1° de l'article 109-1 du même code.

6. Il résulte de l'instruction que le bénéfice imposable de la société Formen s'est élevé, après reconstitution des résultats par le vérificateur, à 287 689 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et à 78 168 euros au titre de l'exercice clos en 2013 du fait de la réintégration dans ses bases imposables à l'impôt sur les sociétés des omissions de recettes regardées comme des revenus distribués à M. B. En l'absence de toute comptabilité ou d'une délibération des associés de la société décidant de la mise en réserve ou de l'incorporation au capital des bénéfices en question, ces derniers doivent être regardés comme désinvestis et entrent, par suite, dans le champ d'application du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors que M. B n'a été privé d'aucune garantie de procédure, la substitution de base légale demandée par l'administration doit être accueillie.

En ce qui concerne l'existence et le quantum des distributions :

7. Afin de reconstituer les bénéfices de la société Formen, l'administration s'est fondée sur les encaissements constatés sur les relevés bancaires de la société et a, en l'absence de justification par la société d'un montant de charges déductibles, appliqué un pourcentage forfaitaire de charges fixé à 86 % du chiffre d'affaires obtenu à partir d'un panel de sociétés exploitant en Ile-de-France une activité comparable à celle de la société Formen. M. B, qui se borne à des allégations générales sur les règles de rattachement des produits et la faiblesse du taux de charges, ne conteste pas utilement les éléments retenus par le vérificateur et qui proviennent, en ce qui concerne les recettes, de données recueillies dans l'entreprise et, en ce qui concerne les charges, d'une estimation fondée sur des comparables - dont le choix n'est pas remis en cause - en l'absence de toute pièce comptable ou même tout document qui aurait permis de retracer les dépenses réelles liées à l'exploitation. Dans ces conditions, la méthode de reconstitution ne peut être regardée ni comme principalement viciée ni comme excessivement sommaire.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus réputés distribués :

8. Il résulte de l'instruction que M. B était gérant de droit de la société Formen, dont il est l'un des deux fondateurs, jusqu'au 10 septembre 2014, qu'il disposait seul de la signature sur les comptes bancaires de la société, y compris pour la période du 11 septembre au 31 décembre 2014, durant laquelle le nouveau gérant de droit ne détenait pas la signature bancaire, qu'il était le seul signataire des chèques émis par la société et qu'il était le seul signataire de l'endossement des chèques encaissés par la société. L'administration a également relevé qu'aucune assemblée générale ne s'est réunie afin d'approuver les comptes des exercices clos en 2013 et 2014 de sorte que M. B a assuré la gérance sans en rendre compte formellement aux autres associés. Le requérant, qui ne remet nullement en cause ces constatations, soutient qu'il n'était pas le seul maître de l'affaire dès lors que la convention de fonctionnement du compte bancaire de la société ouvert au CIC a été signée par un certain M. A C. Toutefois, en l'absence de tout élément et notamment de toute pièce révélant que M. C, qui est inconnu de l'administration et dont les fonctions et les tâches au sein de la société ne sont pas précisées, cette seule circonstance ne permet pas d'attester que ce dernier aurait disposé d'un quelconque pouvoir pour engager l'entreprise. Par suite, l'administration était fondée à considérer que M. B était le seul maître de l'affaire au titre des exercices 2013 et 2014. C'est dès lors à bon droit que l'administration a imposé les sommes litigieuses en tant que revenus distribués entre les mains de M. B sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

Sur les rehaussements afférents aux retraits d'espèces :

9. L'administration a constaté, lors de la vérification de comptabilité de la société Formen, de nombreux retraits d'espèces effectués depuis les deux comptes bancaires de la société pour un montant total de 43 313 euros en 2013 et de 13 890 euros en 2014. M. B, qui ne conteste pas l'existence de ces retraits, n'est pas fondé à demander que ceux opérés à partir du compte BNP soient ramenés à un montant hors taxes. Par ailleurs, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'intéressé a été regardé à juste titre comme étant maître de l'affaire. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts que le service a rapporté les sommes en cause au revenu imposable du contribuable des années 2013 et 2014 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président ;

- M. Viain, premier conseiller ;

- M. Dupin, conseiller.

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. Viain

Le président,

signé

C. Huon La greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000287

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