mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2000393 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BOQUET NICLET-LAGEAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2020, M. A de Brito et Mme B de Freitas, représentés par Me Niclet, avocate, demandent au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012, 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
M. de Brito et Mme de Freitas soutiennent que :
- ils ne pouvaient pas être soumis à une imposition commune, dès lors que M. de Brito, vivant au Portugal, avait quitté le domicile conjugal ;
- ils ne pouvaient pas être regardés comme domiciliés fiscalement en France en application de la convention fiscale franco-portugaise ;
- la qualification d'activité occulte ne pouvant être retenue, dès lors que la société de Brito et Freitas était immatriculée au Portugal, les impositions devaient être limitées par la prescription triennale ;
- l'administration fiscale n'a pas adressé la proposition de rectification au siège social de la société au Portugal, en méconnaissance des articles L. 48 et L. 49 du livre des procédures fiscales ;
- la société de Brito et Freitas ne disposait pas d'établissement stable en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. de Brito et Mme de Freitas ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 14 janvier 1971 entre la France et le Portugal tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d'assistance administrative réciproque en matière d'impôts sur le revenu ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. de Brito et Mme de Freitas ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2012, 2013 et 2014. À la suite de ce contrôle, l'administration fiscale a notifié aux intéressés, par deux propositions de rectification datées du 1er décembre 2015, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, au titre des années 2012 à 2014, assorties des pénalités correspondantes. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 31 mai 2016. La réclamation du 1er juin 2017, présentée par les requérants en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires, a fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, le 13 novembre 2019. Par cette requête, M. de Brito et Mme de Freitas demandent au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions restant en litige, d'un montant global de 338 156 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " () Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles et ceux de leurs enfants et des personnes à charge mentionnés au premier alinéa () 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : / a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; / b. Lorsqu'étant en instance de séparation de corps ou de divorce, ils ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; / c. Lorsqu'en cas d'abandon du domicile conjugal par l'un ou l'autre des époux, chacun dispose de revenus distincts. () ".
3. En se bornant à faire valoir que Mme de Freitas avait procédé à une déclaration de ses revenus en qualité de célibataire au titre des années d'imposition en litige, et que M. de Brito avait déclaré des salaires au Portugal au titre des années 2012 et 2013, sans produire le moindre élément de preuve à l'appui de ces allégations, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, que l'un d'eux avait quitté le domicile conjugal et qu'ils disposaient chacun de revenus distincts au sens du c. du 4. de l'article 6 du code général des impôts. Par suite, M. de Brito et Mme de Freitas ne sont pas fondés à soutenir qu'ils auraient dû faire l'objet, sur ce fondement, d'une imposition séparée.
4. La circonstance que les rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés dont aurait fait l'objet la société de Brito et Freitas auraient été pris à l'issue d'une procédure irrégulière est sans incidence sur la légalité des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu dont ont fait l'objet M. de Brito et Mme de Freitas. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la proposition de rectification concernant la société de Brito et Freitas ne lui aurait pas été notifiée à son siège, au Portugal.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
6. D'une part, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques () ". Les conditions posées au a, b et c du 1 de l'article 4 B sont alternatives et permettent chacune de déterminer la domiciliation fiscale en France.
7. Il est constant que Mme de Freitas, épouse de M. de Brito, résidait en France avec leur fille lors des années d'imposition en litige. Dès lors, M. de Brito et Mme de Freitas disposaient d'un foyer en France, au sens du a. du 1. de l'article 4 B du code général des impôts, et y étaient imposables en raison de l'ensemble de leurs revenus.
8. D'autre part, aux termes de l'article 4 de la convention fiscale franco-portugaise du 14 janvier 1971 : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un État contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation dudit État, est assujettie à l'impôt dans cet État, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. () ". Aux termes de l'article 11 de la même convention : " 1. Les dividendes payés par une société qui est un résident d'un État contractant à un résident de l'autre État contractant sont imposables dans cet autre État. () ". Aux termes de l'article 23 de cette convention : " Les éléments du revenu d'un résident d'un État contractant qui ne sont pas expressément mentionnés dans les articles précédents de la présente Convention ne sont imposables que dans cet État, à condition qu'ils y soient assujettis à l'impôt, selon la législation fiscale de cet État. ".
9. Il ne résulte pas de l'instruction, ni même n'est soutenu, que M. de Brito et Mme de Freitas seraient assujettis à l'impôt sur le revenu au Portugal et seraient, dès lors, résidents de cet État au sens des stipulations de l'article 4 de la convention susvisée. Par suite, les requérants ne sauraient se prévaloir utilement des stipulations de la convention fiscale franco-portugaise du 14 janvier 1971.
10. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application () d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ou, s'agissant de la taxe d'aménagement prévue à l'article 1635 quater A, en cas de construction ou d'aménagement sans autorisation. ".
11. À supposer que la société de Brito et Freitas se soit vu appliquer, au titre des rehaussements à l'impôt sur les sociétés dont elle aurait fait l'objet au titre des années en litige, une majoration de 80% pour activité occulte sur le fondement du c. de l'article 1728 du code général des impôts, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu dont ont fait l'objet M. de Brito et Mme de Freitas. Dès lors, le moyen tiré de ce que la société de Brito et Freitas ne pouvait faire l'objet d'une pénalité de 80 %, en ce qu'elle n'exerçait pas d'activité occulte, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
12. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ".
13. Il ne résulte pas de l'instruction que la société de Brito et Freitas ait fait l'objet de quelconques rehaussements à l'impôt sur les sociétés au titre des années en litige. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'administration fiscale aurait procédé au recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012 à 2014 mises à la charge M. de Brito et Mme de Freitas, postérieurement à son droit de reprise de trois ans, dès lors que les requérants se sont vu adresser deux propositions de rectification, datées du 1er décembre 2015, et qu'il n'est pas soutenu que ces dernières n'auraient pas été notifiées avant le 31 décembre 2015. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que ces impositions devraient être limitées par la prescription triennale.
14. La circonstance que la société de Brito et Freitas dispose, ou non, d'un établissement stable sur le territoire français est sans incidence sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dont les requérants ont fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de ce que la société de Brito et Freitas ne disposerait pas en France d'un établissement stable, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. de Brito et Mme de Freitas doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :
16. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de M. de Brito et Mme de Freitas présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. de Brito et Mme de Freitas est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A de Brito et à Mme B de Freitas, et au directeur départemental par intérim des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026