jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2000614 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LYON-CAEN & THIRIEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2020 et le 10 novembre 2020, M. C D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les avis des sommes à payer d'un montant de 34 920,88 euros et 2 150 euros émis à son encontre le 26 novembre 2019 par l'Agence de l'eau Seine-Normandie ;
2°) d'enjoindre à la directrice de l'Agence de l'eau Seine-Normandie, à titre principal, d'émettre un titre d'annulation totale des sommes réclamées, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de le décharger de son obligation de payer les sommes réclamées par les avis des somme à payer du 26 novembre 2019 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable car aucune réclamation préalable n'est nécessaire pour contester un titre émis par un établissement public de l'Etat ;
- les avis des sommes à payer en litige sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- ils sont entachés de vices de forme dès lors qu'ils ne mentionnent pas les bases de liquidation des sommes réclamées ;
- il n'est pas justifié de l'existence, du montant et de l'exigibilité de la créance en litige, ni du fondement juridique permettant de la réclamer ;
- la créance est mal fondée dès lors qu'elle trouve son origine dans des dispositions règlementaires, le décret n° 2018-119 du 10 décembre 2018 et l'arrêté du 10 décembre 2018, modifiant l'arrêté du 27 décembre 2016 pris en application de l'article 7 du décret 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), qui sont illégales en tant qu'elles comportent des effets rétroactifs et remettent en cause sa situation financière définitivement acquise, en méconnaissance du principe de non rétroactivité des actes administratifs, et omettent de prévoir des dispositions transitoires ;
- les avis de sommes à payer sont entachés d'une erreur de droit dès lors que les sommes qui lui sont réclamées, non exigibles puisque contestées, ne peuvent légalement être compensées avec les créances que l'Agence de l'eau détient sur elle ;
- ils sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des faits et d'une erreur de droit au regard de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 28 du décret du 7 octobre 1994 dès lors qu'il ne pouvait légalement percevoir, en qualité de fonctionnaire stagiaire, une rémunération inférieure à celle qu'il percevait en qualité de contractuel en exerçant les mêmes fonctions, sauf à subir une discrimination au regard des dispositions de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- les avis de sommes à payer sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du principe de continuité des carrières des agents dès lors qu'un indu est réclamé à l'issue d'un stage avant titularisation alors même qu'il exerce les mêmes fonctions qu'auparavant ;
- la créance qui lui est réclamée trouve exclusivement sa cause dans une carence de l'Agence de l'eau Seine-Normandie, dès lors qu'elle a continué à le rémunérer en tant que contractuel alors qu'il était fonctionnaire stagiaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2020, le 17 septembre 2020 et le 10 février 2021, l'Agence de l'eau Seine-Normandie, représentée par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- le décret n° 2018-119 du 10 décembre 2018 ;
- l'arrêté du 10 décembre 2018 pris en application de l'article 7 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère ;
- les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public ;
- et les observations de Me Brecq-Coutant, représentant l'Agence de l'eau Seine-Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été recruté le 1er octobre 2004 par l'Agence de l'eau Seine-Normandie en tant qu'agent contractuel. A la suite de sa réussite au concours organisé en application de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, dite " de déprécarisation " il a été nommé en qualité de fonctionnaire stagiaire dans le corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat à compter du 29 septembre 2018 en vue de sa titularisation à l'issue d'une période probatoire d'au moins un an. Le 26 novembre 2019, l'Agence de l'eau Seine-Normandie a émis à l'encontre de M. D deux avis valant titres exécutoires pour le paiement des sommes de 34 920,88 euros et 2 150 euros indûment perçues à titre de rémunérations. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de ces deux titres.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les fonctions d'ordonnateur et de comptable public sont incompatibles. / () ". Selon l'article 10 du même décret : " Les ordonnateurs peuvent déléguer leur signature et se faire suppléer en cas d'absence ou d'empêchement. / Les ordonnateurs, leurs suppléants ainsi que les personnes auxquelles ils ont délégué leur signature sont accrédités auprès des comptables publics assignataires relevant de leur compétence, selon les modalités fixées par arrêté du ministre chargé du budget. ". En vertu de l'article 11 du même décret : " Les ordonnateurs constatent les droits et les obligations, liquident les recettes et émettent les ordres de recouvrer. Ils engagent, liquident et ordonnancent les dépenses. Le cas échéant, ils assurent la programmation, la répartition et la mise à disposition des crédits. Ils transmettent au comptable public compétent les ordres de recouvrer et de payer assortis des pièces justificatives requises, ainsi que les certifications qu'ils délivrent ".
3. Il résulte de ces dispositions que les titres exécutoires émis par une agence de l'eau doivent être signés par son directeur ou une personne bénéficiant d'une délégation à cet effet. Il résulte également de ces dispositions précitées du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique que les fonctions d'ordonnateur et de comptable sont incompatibles. Par voie de conséquence, l'ordonnateur ne peut régulièrement déléguer sa signature à un agent comptable en vue de signer un titre exécutoire.
4. En l'espèce, les avis des sommes à payer contestés, émis par l'Agence de l'eau Seine-Normandie le 26 novembre 2019, qui portent la mention " pour valoir titre exécutoire conformément aux dispositions du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ", ont vocation à recouvrer des sommes indues. Or, ils ont été émis non pas par l'ordonnateur de l'Agence de l'eau Seine-Normandie, mais par M. E A, agent comptable de l'établissement, qui ne pouvait bénéficier d'une délégation de signature à cet effet. Par suite, M. D est fondé à soutenir que les avis des sommes à payer litigieux sont entachés d'un vice d'incompétence.
5. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
6. Il résulte de l'instruction que les titres exécutoires contestés n'indiquent pas leurs bases de liquidation. Si la lettre d'accompagnement de ces titres, daté du même jour, précise les motifs ayant conduit à leur émission et indique notamment qu'ils correspondent à la régularisation d'un trop perçu entre la situation de M. D en sa qualité de fonctionnaire titulaire et celle de contractuel de droit public, cette lettre ne contient pas d'indications précises et détaillées quant aux sommes réclamées et ne permettait donc pas au requérant de connaître les bases et les éléments de calcul ayant motivé qu'elles fussent mises à sa charge. Par ailleurs, si l'Agence de l'eau Seine-Normandie se prévaut des courriers d'information et d'une simulation financière adressés antérieurement à M. D, ainsi que du bulletin de salaire détaillé de novembre 2019, les titres contestés ne font pas référence à ces documents. Au surplus, la simulation financière portait sur des montants bruts tandis que le bulletin de novembre 2019, faisant certes apparaître les sommes créditées et les sommes déduites, est, en dépit de sa notice, d'une appréhension malaisée en l'absence de présentation synthétique des montants en litige. Par suite, M. D est fondé à soutenir que les titres exécutoires qu'il conteste sont entachés d'une insuffisance de motivation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les avis des sommes à payer émis par l'Agence de l'eau Seine-Normandie le 26 novembre 2019 doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction et de décharge :
8. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
9. L'annulation des avis des sommes à payer du 26 novembre 2019 résultant seulement de vices de forme, n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que M. D soit déchargé de l'obligation de payer les sommes dont les titres de perception en litige l'ont constitué débiteur. Pour ce même motif, elle n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. D aux fins de décharge de l'obligation de payer et d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Agence de l'eau Seine-Normandie la somme que M. D, qui n'a au demeurant pas d'avocat, sollicite sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1 : Les avis des sommes à payer d'un montant respectif de 34 920,88 euros et de 2 150 euros émis à l'encontre de M. D le 26 novembre 2019 par l'Agence de l'eau Seine-Normandie sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la ministre de la transition écologique et à l'Agence de l'eau Seine-Normandie.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente,
Mmes F et Gay-Heuzey, conseillères,
Assistées de Mme Vivet, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
La rapporteure,
Signé
L. F
La présidente,
Signé
C. OriolLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026