mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2000797 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SCP CANIS LE VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 janvier et 11 septembre 2020, M. A B et Mme E C, représentés par Me Canis, demandent au tribunal :
1°) de leur accorder un crédit d'impôt modernisation du recouvrement pour l'intégralité des bénéfices non commerciaux réalisés en 2018 par M. B et de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de cette même année à hauteur de 333 788 euros ;
2°) de condamner l'État aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la possibilité d'arbitrer en faveur d'un niveau de revenu plus élevé en 2018 n'existe pas pour tous les titulaires de bénéfices non commerciaux ;
- les droits d'auteur perçus par M. B en 2018 doivent être considérés comme des revenus normaux et non comme des revenus exceptionnels ;
- la différence de traitement subie par les contribuables ayant opté pour l'imposition des droits d'auteurs dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, par rapport au traitement appliqué aux contribuable imposés dans la catégorie des traitements et salaires n'est pas conforme à l'objet de la loi et méconnaît les principes d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,
- les observations de Me Boulay, substituant Me Canis, représentant M. B et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme C ont notamment mentionné dans leur déclaration de revenus pour l'année 2018 un bénéfice non commercial de 1 796 717 euros et ont bénéficié d'un crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement d'un montant de 1 012 561 euros. Après le rejet de leur réclamation préalable, ils demandent au tribunal le bénéfice d'un crédit d'impôt supplémentaire égal à l'intégralité des bénéfices perçus par M. B et la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2018.
2. L'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017, modifié par l'ordonnance du 22 septembre 2017 relative au décalage d'un an de l'entrée en vigueur du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, instaure, à compter des revenus de l'année 2018 et pour ceux qui entrent dans son champ d'application, le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu. Ce prélèvement est opéré, pour les revenus salariaux et les revenus de remplacement, par l'employeur ou l'organisme versant. Pour les autres revenus, en particulier ceux correspondant à des bénéfices professionnels, ce prélèvement prend la forme du versement d'acomptes. Les dispositions du paragraphe I de l'article 60 déterminent les modalités de ce prélèvement. Les dispositions de son paragraphe II fixent les modalités de la transition entre les règles antérieures de paiement de l'impôt sur le revenu et le prélèvement à la source, afin que les contribuables ne paient pas, en 2019, l'impôt sur le revenu dû à la fois sur les revenus de l'année 2018 et sur ceux de l'année 2019, en instituant un crédit d'impôt dit de modernisation du recouvrement ayant pour objet d'effacer le montant de l'impôt dû au titre de 2018 correspondant aux revenus non exceptionnels de cette année.
3. Aux termes du E du II de cet article 60 : " 1. Le montant net imposable des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux à retenir au numérateur du rapport prévu au B du présent II pour le calcul du crédit d'impôt prévu au A est déterminé, pour chaque membre du foyer fiscal et pour chacune de ces catégories de revenus, dans les conditions prévues à l'article 204 G du code général des impôts, à l'exception du 6° du 2 et du 4 du même article 204 G. / 2. Le montant défini au 1 du présent E, le cas échéant après application des abattements prévus aux articles 44 sexies à 44 septdecies du code général des impôts, est retenu dans la limite du plus faible des deux montants suivants : 1° Le bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus aux mêmes articles 44 sexies à 44 septdecies ; 2° Le plus élevé des bénéfices imposables au titre des années 2015, 2016 ou 2017, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus audits articles 44 sexies à 44 septdecies. () / 3. En cas d'application du 2° du 2 du présent E, le contribuable peut obtenir un crédit d'impôt complémentaire dans les conditions suivantes : 1° Lorsque le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1, est supérieur ou égal au bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les mêmes règles, le contribuable bénéficie d'un crédit d'impôt complémentaire, lors de la liquidation du solde de l'impôt sur le revenu dû au titre de 2019, égal à la fraction du crédit d'impôt dont il n'a pas pu bénéficier en application du 2 ; 2° Lorsque le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1, est inférieur au bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les mêmes règles, mais supérieur au plus élevé des bénéfices imposables au titre des années 2015,2016 ou 2017 retenus en application du 2° du 2, le contribuable bénéficie, lors de la liquidation du solde de l'impôt sur le revenu au titre de 2019, d'un crédit d'impôt complémentaire égal à la différence entre : / a) Le crédit d'impôt calculé en retenant au numérateur du rapport prévu au B du présent II le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E ; / b) Et le crédit d'impôt déjà obtenu en application du 2 du présent E. / 3° Lorsque le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1, est inférieur au bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les mêmes règles, le contribuable peut bénéficier, par voie de réclamation, d'un crédit d'impôt complémentaire égal à la fraction du crédit d'impôt dont il n'a pas pu bénéficier en application du 2 ou du 2° du présent 3, s'il justifie que la hausse de son bénéfice déclaré en 2018 par rapport aux trois années précédentes et à l'année 2019 résulte uniquement d'un surcroît d'activité en 2018. () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point 3 ci-dessus, éclairées par leurs travaux préparatoires, que pour tenir compte de la possibilité qu'ont les travailleurs indépendants de procéder à des arbitrages sur les recettes et les charges servant à la détermination de leur bénéfice et ainsi maximiser leur bénéfice en 2018, le caractère non exceptionnel du bénéfice de 2018 est apprécié sur une période pluriannuelle. Ainsi, si un contribuable imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégories des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles ou des bénéfices non commerciaux réalise, au titre de l'année 2018 et pour une même catégorie de revenus, un bénéfice supérieur au plus élevé des montants de ses bénéfices de 2015, 2016 ou 2017, le crédit d'impôt de modernisation du recouvrement dont il peut bénéficier est calculé sur la base du bénéfice le plus élevé de ces trois années, la différence étant réputée constituer un revenu exceptionnel. Si son bénéfice au titre de 2019 est plus élevé que celui de 2018, le bénéfice de 2018 est réputé ne plus être exceptionnel de sorte qu'il est octroyé de plein droit au contribuable un crédit d'impôt complémentaire effaçant l'intégralité de l'impôt qu'il a acquitté au titre de 2018 sur ce bénéfice. Si son bénéfice de 2019 est inférieur à son bénéfice de 2018 mais supérieur au plus élevé des bénéfices réalisés en 2015, 2016 et 2017, il lui est également octroyé de plein droit un crédit d'impôt complémentaire, limité à la différence entre le bénéfice le plus élevé des trois années de référence et le bénéfice réalisé en 2019. Il peut en outre, dans tous les cas où le bénéfice imposable dans une catégorie de revenus donnée est, en 2019, inférieur à celui de 2018, y compris lorsqu'il est nul, former auprès de l'administration fiscale une réclamation tendant au bénéfice d'un complément de crédit d'impôt permettant d'éliminer la totalité de l'impôt sur le revenu dû au titre de 2018 à raison de cette catégorie de revenus, sous réserve qu'il établisse que la part du bénéfice de cette année excédant celui des quatre années de référence correspond à un surcroît d'activité de 2018 et non, notamment, à un report ou une anticipation de bénéfices afférents à une activité réalisée en 2017 ou 2019.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. B, qui exerce l'activité de réalisateur de films d'animation, a perçu au titre des années en litige des droits d'auteur à raison desquels il a opté pour son assujettissement à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Il a déclaré avec Mme C un bénéfice non commercial au titre des années 2015, 2016 et 2017, s'élevant respectivement à 0 euro, 159 933 euros et 1 012 561 euros. Ces bénéfices étant tous inférieurs à celui déclaré en 2018, établi à 1 796 717 euros, en application du dispositif décrit aux points précédents, son foyer fiscal a bénéficié d'un crédit d'impôt limité à 1 012 561 euros, montant le plus élevé des trois années précédentes, la différence étant réputée constituer un revenu exceptionnel qui à été soumis en 2018 à l'impôt sur le revenu et à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. La circonstance que les bénéfices litigieux constituent des droits d'auteur perçus de la part des sociétés de droit américain Universal Animation Studios et Img-LA Productions, en fonction de contrats et d'avenants signés respectivement les 28 février 2014, 9 septembre 2017, 21 juillet 2014, 28 novembre 2018 et 9 septembre 2017, pour certains avant l'entrée en vigueur de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016, dont le montant varie chaque année en fonction du succès commercial des films d'animation, est sans incidence sur la qualification de revenu exceptionnel, fixée par la loi fiscale, de tout bénéfice non commercial supérieur aux bénéfices perçus pendant les années précédentes, peu important le fait que ledit bénéfice n'ait pas été qualifié d'exceptionnel lors de son versement.
6. D'autre part, il est néanmoins toujours loisible au contribuable ayant librement opté pour l'imposition de ses droits d'auteurs dans la catégorie des bénéfices non commerciaux de démontrer, en application des dispositions précitées, éclairées par leurs travaux préparatoires, que les sommes qu'il a reçues en 2018 ne constituaient pas un revenu exceptionnel dès lors qu'elles résultaient d'un surcroît d'activité. Or, les requérants se bornent à soutenir que la possibilité d'arbitrer en faveur d'un niveau de revenu plus élevé en 2018 n'existe pas pour tous les titulaires de bénéfices non commerciaux et que les droits d'auteur perçus par M. B en 2018 constituaient des revenus normaux, sans invoquer l'existence d'un surcroît d'activité en 2018. A cet égard, les bénéfices litigieux sont en tout état de cause fonction de l'exploitation du film d'animation et non de sa réalisation, et trouvent leur fait générateur à la date de sortie du film, de telle sorte que, indépendamment de l'année de réalisation du film, les bénéfices perçus en 2018 ne sauraient être regardés comme résultant d'une activité effectuée par le réalisateur lui-même au titre de cette année-là.
7. Enfin les requérants soutiennent que la différence de traitement subie par les contribuables ayant opté pour l'imposition des droits d'auteur dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, par rapport au traitement appliqué aux contribuables imposés dans la catégorie des traitements et salaires, méconnaît les principes d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en créant une différence de traitement entre les contribuables ayant déclaré leurs droits d'auteur dans la catégorie des traitements et salaires et ceux, comme eux, qui les ont déclarés, sur option, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Toutefois, à l'exception des cas où, en application de l'article 61-1 de la Constitution, une question prioritaire de constitutionnalité est présentée par mémoire distinct, il n'appartient pas au juge administratif de connaître de la question de la conformité d'une loi à la Constitution ou à des principes à valeur constitutionnelle. Par suite le moyen tiré de l'atteinte portée aux principes d'égalité devant les charges publiques et d'égalité devant l'impôt par l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 doit être écarté. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le crédit de modernisation du recouvrement tend à éliminer l'impôt dû sur les revenus non exceptionnels de 2018. En se fondant sur la comparaison du bénéfice de quatre années de référence, le législateur s'est fondé sur un critère objectif et rationnel en rapport avec l'objet de la loi. Si M. B soutient que ces modalités de détermination sont défavorables aux contribuables ayant opté pour l'imposition des droits d'auteur qu'il perçoivent dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, par rapport à la situation des contribuables imposés dans la catégorie des traitement et salaires, il est constant, outre le fait que cette différence de traitement ne résulte, en tout état de cause, que de l'option librement exercée par le contribuable et vise à prévenir un arbitrage en faveur d'une maximisation du bénéfice de l'année 2018 pour l'octroi du crédit d'impôt, que les travailleurs indépendants ne se trouvent pas, pour la détermination du montant de ce crédit d'impôt, dans une situation identique à celle des salariés qui ne peuvent pas arbitrer en faveur d'un niveau de revenu plus élevé en 2018. Par ailleurs, le contribuable ayant opté pour l'imposition de ses droits d'auteur dans la catégorie des bénéfices non commerciaux conserve la possibilité d'obtenir un complément de crédit d'impôt effaçant tout impôt sur le bénéfice de 2018 s'il établit l'existence d'un surcroît d'activité permettant en toute hypothèse de démontrer le caractère non exceptionnel du bénéfice non commercial de 2018, même s'il est apprécié rétrospectivement.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. B et Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux titre des frais liés aux litige comme aux dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la M. B et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme E C et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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