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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000893

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000893

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000893
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSAIGNE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 janvier 2020 et le 27 septembre 2022, la SELARL MMJ, représentée par Me Mandin, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société à actions simplifiées (SAS) CERP Bâtiment, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le décompte général relatif au lot n° 1 " Clos-couvert " du marché attribué par la commune de Nanterre (Hauts-de-Seine) à la SAS CERP Bâtiment, portant sur la construction d'un groupe scolaire et d'un centre de loisirs sur la zone d'activité commerciale des Provinces Françaises, secteur Buffon, daté du 22 juillet 2019, par lequel des pénalités de retard d'un montant de 564 330,31 euros ont été mises à sa charge ;

2°) d'annuler le décompte général relatif au lot n° 1, daté du 24 septembre 2021, par lequel le montant des pénalités de retard a été porté de 564 330,31 euros à 1 439 359,33 euros ;

3°) d'arrêter le solde du décompte général et définitif du lot n° 1 à la somme de 961 296,35 euros et de condamner la commune de Nanterre, dont la demande reconventionnelle n'est pas fondée, à lui verser cette somme, à assortir des intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2019 et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Nanterre la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle ne pouvait pas faire l'objet de pénalités de retard dès lors que, en application des articles L. 622-24 et L. 622-13 du code du commerce, la créance de la commune de Nanterre, antérieure à son jugement déclaratif de redressement judiciaire du tribunal de commerce de Pontoise du 8 septembre 2017, n'a pas été déclarée à son passif ;

- les pénalités de retard ne lui ont pas été préalablement notifiées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 novembre 2021, le 27 septembre 2022 et le 28 novembre 2022, la commune de Nanterre, représentée par Me Peru, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire et reconventionnel, à l'établissement du décompte général et définitif à la somme de 478 062,98 euros au débit de la SELARL MMJ, liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment ;

3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SELARL MMJ, liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les dispositions du code de commerce sont inopérantes ;

- elle n'était pas tenue de notifier les pénalités litigieuses ;

- le solde du décompte général et définitif doit être réévalué en tenant compte du montant modifié des pénalités de retard eu égard à la date de fin de réalisation du marché et aux erreurs matérielles ayant impacté sa précédente évaluation.

Par un courrier du 18 septembre 2021, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décomptes généraux établis par la commune de Nanterre le 22 juillet 2019 et le 24 septembre 2021, dès lors que le juge du contrat n'a pas le pouvoir de prononcer l'annulation de mesures prises par l'autre partie, lesquelles ne sont pas détachables de l'exécution du contrat.

Par un mémoire, enregistré 20 septembre 2023, la SELARL MMJ, liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment a répondu au moyen relevé d'office communiqué par le tribunal et confirmé les conclusions de sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Pasquio, représentant la commune de Nanterre.

Une note en délibéré a été produite pour la commune de Nanterre par Me Peru, le 27 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 25 janvier 2016, la commune de Nanterre (Hauts-de-Seine) a attribué à la société par actions simplifiées (SAS) CERP le lot n° 1 " Clos-couvert " du marché de construction d'un groupe scolaire et d'un centre de loisirs sur la zone d'activité commerciale des Provinces Françaises, secteur Buffon, pour un montant de 7 593 221,75 euros toutes taxes comprises (TTC). Par un avenant du 12 avril 2016, les droits et obligations de ce marché ont été transférés à la SAS CERP Bâtiment, ayant racheté le fonds de commerce de la SAS CERP. Par un jugement du 8 septembre 2017, le tribunal de commerce de Pontoise a prononcé la liquidation judiciaire de la SAS CERP Bâtiment et désigné la SELARL MMJ en qualité de liquidateur judiciaire. Celle-ci, par courrier du 21 septembre 2017, a informé la commune de la cessation immédiate de l'activité de la société. Par un courrier du 3 novembre 2017, la commune de Nanterre a donc résilié le marché conclu avec la SAS CERP Bâtiment à compter du 25 septembre 2017, puis, par un courrier du 22 juillet 2019, a adressé un décompte de liquidation à Me Mandin d'un montant de 388 905,74 euros au crédit de la SAS CERP Bâtiment, faisant état de pénalités de retard d'un montant de 564 330,31 euros. Par un courrier du 24 novembre 2021, la commune de Nanterre a adressé un nouveau décompte de liquidation à Me Mandin d'un montant de 478 062,98 euros au débit de la SAS CERP Bâtiment, en retenant notamment un montant de pénalités de retard porté à 1 439 359,33 euros. Par la présente requête, la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'arrêter le solde du décompte général et définitif du lot n° 1 à la somme de 961 296,35 euros à son crédit et de rejeter les conclusions reconventionnelles de la commune de Nanterre tendant à ce qu'il soit tenu compte de son second décompte de liquidation.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décomptes généraux :

2. Il n'appartient pas au juge du contrat de prononcer l'annulation du décompte général d'un marché public, qui n'est pas détachable de l'exécution de ce marché, mais seulement de rechercher, lorsqu'il est saisi de conclusions dûment chiffrées tendant à la condamnation de l'administration contractante ou des titulaires, si ce décompte a été établi en prenant en considération l'ensemble des droits et obligations respectifs des parties et, le cas échéant, d'en corriger le solde de manière à déterminer la créance éventuelle de l'une d'entre elles. Ainsi, les conclusions de la société requérante tendant à l'annulation des décomptes généraux établis par la commune de Nanterre le 22 juillet 2019 et le 24 septembre 2021 doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur l'établissement du décompte :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 622-21 du code de commerce, dans sa rédaction applicable : " I.- Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance n'est pas mentionnée au I de l'article L. 622-17 et tendant : / 1° A la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent ; / 2° A la résolution d'un contrat pour défaut de paiement d'une somme d'argent () ". Selon l'article L. 622-22 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 625-3, les instances en cours sont interrompues jusqu'à ce que le créancier poursuivant ait procédé à la déclaration de sa créance. Elles sont alors reprises de plein droit, le mandataire judiciaire et, le cas échéant, l'administrateur ou le commissaire à l'exécution du plan nommé en application de l'article L. 626-25 dûment appelés, mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation de leur montant. /Le débiteur, partie à l'instance, informe le créancier poursuivant de l'ouverture de la procédure dans les dix jours de celle-ci ". Selon l'article L. 622-24 du code précité, dans sa rédaction applicable : " A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Enfin, aux termes de l'article L. 622-26 du même code, dans sa rédaction applicable : " A défaut de déclaration dans les délais prévus à l'article L. 622-24, les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes à moins que le juge-commissaire ne les relève de leur forclusion s'ils établissent que leur défaillance n'est pas due à leur fait ou qu'elle est due à une omission du débiteur lors de l'établissement de la liste prévue au deuxième alinéa de l'article L. 622-6. Ils ne peuvent alors concourir que pour les distributions postérieures à leur demande. / Les créances non déclarées régulièrement dans ces délais sont inopposables au débiteur pendant l'exécution du plan et après cette exécution lorsque les engagements énoncés dans le plan ou décidés par le tribunal ont été tenus. Pendant l'exécution du plan, elles sont également inopposables aux personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie. () ".

4. Si les dispositions citées au point précédent fixent le principe de la suspension ou de l'interdiction, à compter du jugement d'ouverture de la procédure de sauvegarde, de toute action en justice tendant au paiement d'une somme d'argent de la part de tous les créanciers autres que ceux détenteurs d'une créance postérieure privilégiée, elles ne comportent aucune dérogation aux dispositions régissant les compétences respectives des juridictions administratives et judiciaires. La circonstance que la collectivité publique dont l'action devant le juge administratif tend à faire reconnaître et évaluer ses droits à la suite des désordres constatés dans un ouvrage construit pour elle par une entreprise admise ultérieurement à la procédure de redressement, puis de liquidation judiciaire, n'aurait pas déclaré sa créance éventuelle dans le délai fixé par la loi et n'aurait pas demandé à être relevée de la forclusion est sans influence sur la compétence du juge administratif pour se prononcer sur ces conclusions dès lors qu'elles ne sont elles-mêmes entachées d'aucune irrecevabilité au regard des dispositions dont l'appréciation relève de la juridiction administrative, et ce, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur l'extinction de cette créance. Il résulte également de ce qui précède que si les dispositions législatives précitées réservent à l'autorité judiciaire la détermination des modalités de règlement des créances sur les entreprises en état de liquidation judiciaire, il appartient au juge administratif d'examiner si la collectivité publique a droit à réparation et de fixer le montant des indemnités qui lui sont dues à ce titre par l'entreprise défaillante ou son liquidateur, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur le recouvrement de cette créance.

5. Il résulte de ce qui précède que la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, n'est pas fondée à soutenir que les pénalités de retard qui lui ont été infligées par la commune de Nanterre dans le cadre des décomptes généraux contestés sont irrecevables au motif que cette dernière n'a pas déclaré sa créance dans le délai de deux mois ouvert par la publication, au Bulletin des annonces civiles et commerciales (Bodacc), du jugement du 8 septembre 2017 par lequel le tribunal de commerce de Pontoise a prononcé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire la concernant.

6. En second lieu, aux termes de l'article 20 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, dans sa rédaction applicable : " () 20.1.1. Les pénalités sont encourues du simple fait de la constatation du retard par le maître d'œuvre. () ". Selon l'article 12 du cahier des clauses administratives particulières du marché : " En cas de défaillance constatée dans quelques domaines que ce soit, le maitre d'œuvre ou le maitre d'ouvrage notifiera les défaillances constatées et les pénalités correspondantes par tous moyens à sa disposition, à savoir courrier simple ou recommandé avec AR, courrier électronique, télécopie, et par voie de compte de rendu de chantier. La date de constat emportera date de début de comptabilité des pénalités. () ".

En ce qui concerne les conclusions de la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment :

7. Il résulte de l'instruction que les comptes rendus de chantier versés à l'instance, dont la réception par la société requérante n'est pas contestée, mentionnent le nombre de jours de retard cumulés par la SAS CERP Bâtiment, ainsi que les montants des pénalités correspondantes. Si la SELARL MMJ, qui ne fait pas valoir que les retards en cause ne seraient pas imputables à la SAS CERP Bâtiment, soutient en revanche que l'imputabilité de ces pénalités ne serait " pas articulée ", aucune stipulation contractuelle n'imposait au pouvoir adjudicateur de détailler davantage les pénalités en cause. Ainsi, la SAS CERP Bâtiment a été préalablement informée des pénalités infligées par la commune de Nanterre. Par suite, la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, n'est pas fondée à soutenir que ces pénalités seraient irrégulières.

En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles de la commune de Nanterre :

8. La commune de Nanterre a formé une demande reconventionnelle tendant à ce que le montant de 564 330,31 euros de pénalités infligé à la SAS CERP Bâtiment dans le cadre du décompte du 22 juillet 2019 soit porté à 1 439 359,33 euros, tel qu'il ressort du second décompte établi le 24 novembre 2021. Toutefois, contrairement à ce qui avait été le cas dans le cadre du premier décompte, elle ne justifie pas, en méconnaissance des stipulations contractuelles citées au point 6 du présent jugement, en se bornant à produire le courrier du 24 novembre 2021, qu'elle a préalablement informé la société des défaillances constatées justifiant du montant modifié des pénalités infligées dans le cadre de ce second décompte. Par suite, elle n'est pas fondée à en solliciter l'inscription dans le décompte général et définitif.

En ce qui concerne le solde du marché :

9. Il résulte de ce qui précède que la somme due par la commune de Nanterre au titre du solde du marché s'élève à la somme de 388 905,74 euros TTC à verser à la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment,

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, tendant à la fixation du solde du décompte général et définitif du marché à la somme 961 296,35 euros, à la condamnation de la commune de Nanterre à lui verser cette somme, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juillet 2019 et de leur capitalisation, doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions reconventionnelles de la commune de Nanterre.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la commune de Nanterre sont rejetées.

Article 3 : La commune de Nanterre versera à la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, la somme de 388 905,74 euros au titre du solde du marché.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Nanterre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL MMJ, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS CERP Bâtiment, et au maire de la commune de Nanterre.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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