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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000924

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000924

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000924
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantPIERRE CARMOUZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) SOTIM, représentée par Me Carmouze, demande au tribunal :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la formation professionnelle continue auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos respectivement de 2014 et 2016 et de 2014 à 2015, ainsi que des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les justificatifs établissant qu'il n'y a pas de doublon de facture " TPMC CLIM " ont été produits ;

- le rehaussement maintenu à hauteur de 3 200 euros au titre de la créance de 28 700 euros détenue à l'encontre de la société ICE en liquidation judiciaire doit être abandonné ;

- les dépenses relatives aux loyers de la maison située à Houilles entre le 30 novembre 2012 et le 30 juin 2013, aux frais de voyages au Sénégal du 13 au 20 avril 2014 et aux frais de déplacement de la société sous-traitante " AILIESEI INSCAL COM " et figurant sur la facture " TIVOLI INITIATIVE ", ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et ne constituent pas des revenus distribués occultes ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée découlant du doublon de facture " TPMC CLIM " doivent être abandonnés dès lors que ce doublon n'existe pas ;

- l'obligation de cotisation de la formation professionnelle continue ayant été satisfaite, le rappel de taxe sur la formation professionnelle continue doit être abandonné ;

- le rejet des charges n'étant pas fondé, les distributions de revenus en découlant doivent être abandonnées ;

- les amendes pour distributions occultes ont été abandonnées par le courrier du 14 mai 2018, de sorte que ces amendes qui figurent sur l'avis de mise en recouvrement ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) SOTIM a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 11 juillet 2017, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, de taxe sur la formation professionnelle continue pour les exercices 2014 et 2015 et des amendes appliquées au titre des années 2014, 2015 et 2016. La réclamation préalable de la société requérante a été rejetée par une décision du 27 novembre 2019. Par la présente requête, la SARL SOTIM demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment :/ 1o Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a) Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b) Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes ; / () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise. " En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a relevé lors des opérations de contrôle, cinq écritures comptables faisant ressortir que la facture émise par la société " TPMC CLIM " n°SOT/PONT 015 du 16 décembre 2013 avait été comptabilisée à tort à deux reprises à la date du 16 décembre 2023, dans le compte fournisseur " TPMC CLIM " alors que la facture émise par la même société " TPMC CLIM " n°SOT/RSI du 30 novembre 2013 se trouvait comptabilisée dans le compte fournisseur " CLIM ET GAINE ". Si la société requérante a produit deux factures émises par la société " CLIM ET GAINE " le 31 octobre 2013 et le 20 juin 2013 et deux factures émises par la société " TPMC CLIM ", le 30 novembre 2013 et le 16 décembre 2013 ainsi que la copie de quatre chèques en règlement de ces quatre factures, elle ne justifie pas la cinquième écriture comptable. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la facture TPMC CLIM n°SOT/PONT 015 du 16 décembre 2013 a été comptabilisée à tort à deux reprises.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a maintenu la réintégration dans les résultats imposables, à hauteur de 3 200 euros, d'une créance irrecouvrable détenue sur la société ICE en liquidation judiciaire, notamment à la suite de l'avis de la commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires préconisant l'abandon partiel de la rectification à hauteur de 25 500 euros. Si la société requérante conteste le maintien partiel de la rectification, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir l'irrecouvrabilité des 3 200 euros demeurant en litige à l'appui de ses allégations. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a maintenu la rectification.

5. En outre, l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité des dépenses relatives aux loyers d'une maison située à Houilles pour un montant de 14 000 euros. La société requérante soutient que ces dépenses ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise pour loger les salariés de son sous-traitant, la société " TPMC CLIM ", à sa demande, pendant le chantier effectué dans cette ville entre le 30 novembre 2012 et le 30 juin 2013. Toutefois, la SARL Sotim ne produit aucun document, contrat ou convention permettant de justifier la demande de son sous-traitant en ce sens, ni aucun élément permettant d'établir la refacturation de ces dépenses à son sous-traitant. Par suite, ces dépenses sont étrangères à l'activité de la société requérante et ne constituent pas des charges déductibles au sens de l'article 39 du code général des impôts précité.

6. Par ailleurs, la société requérante conteste la remise en cause par l'administration fiscale de la déductibilité des frais de voyage au Sénégal entre le 13 et le 20 avril 2014. Toutefois, il résulte de l'instruction que sur les trois personnes bénéficiaires de ces dépenses, deux n'étaient pas salariés de la SARL Sotim. En outre, aucune pièce justificative n'a été produite pour établir les missions de ces personnes lors de leur séjour au Sénégal au regard de leurs compétences et qualifications professionnelles ni les entreprises démarchées, ni les rendez-vous honorés, ni les contacts professionnels pris. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré ces dépenses comme étant étrangères à l'activité de la société requérante et ne constituant pas des charges déductibles au sens de l'article 39 du code général des impôts précité.

7. Enfin, l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité des frais de déplacement de salariés de la société " AILIESEI INSTAL COM ", sous-traitant de la société requérante, à Bourges, mentionnés sur la facture " TIVOLI INITIATIVE " du 25 novembre 2014. La société requérante soutient que ces dépenses ont été engagées dans son intérêt direct. Toutefois, la SARL Sotim ne produit aucune pièce justifiant le caractère déductible de ces dépenses, aucune convention la liant à son sous-traitant ni aucun élément permettant d'établir la refacturation de ces dépenses à son sous-traitant. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de ces frais de déplacement.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

8. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 3 du présent jugement, la facture " TPMC CLIM " n°SOT/PONT 015 du 16 décembre 2013 a été comptabilisée à tort à deux reprises. Partant, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée y afférent.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la formation professionnelle continue :

9. Si la société requérante démontre, par la production de reçus libératoires, le paiement de sa taxe sur la formation professionnelle continue au titre des salaires versés en 2014 et 2015 pour respectivement 2 439,69 euros et 4 123,34 euros, il résulte de l'instruction que ces versements ont été pris en compte par l'administration fiscale, mais que, en application des dispositions de l'article 235 ter C du code général des impôts, elle demeurait néanmoins redevable pour les années 2014 et 2015 de respectivement 233 euros et 445 euros. Il s'ensuit que, faute de justifier du versement de ce reliquat, dont elle ne conteste pas le mode de détermination, elle n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires y afférentes demeurant en litige.

Sur les amendes :

10. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. " Ces dispositions ont pour objet, d'une part, de réparer le préjudice pécuniaire subi par le Trésor du fait du refus de désigner les personnes bénéficiaires des distributions occultes et, d'autre part, d'instituer une sanction destinée à lutter contre la fraude fiscale en incitant les personnes morales qu'elle vise à respecter leurs obligations déclaratives. Le fait générateur de la pénalité est l'expiration du délai imparti à la société, en vertu de l'article 117, pour indiquer les bénéficiaires de la distribution.

11. Ainsi qu'il a été dit aux points 5 à 7, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante les charges de location de la maison à Houilles, les frais de voyage au Sénégal et les frais de déplacement des salariés de la société sous-traitante " AILIESEI INSTAL COM " à Bourges. Les dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts instituent une présomption de distribution des sommes réintégrées dans les bénéfices taxés à l'impôt sur les sociétés. Cette présomption est opposable à la société elle-même, seule concernée par la pénalité de l'article 1759. Il résulte de l'instruction que dans la proposition de rectification du 11 juillet 2017, le vérificateur a demandé à la société requérante, en application de l'article 117 du code général des impôts précité, de lui faire connaître dans un délai de trente jours l'identité et l'adresse des bénéficiaires des sommes correspondant au montant des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés, regardées comme distribuées, en application du c de l'article 111 de ce code, en précisant que l'absence de réponse entraînerait l'application de l'amende prévue à l'article 1759 du même code. La société requérante n'ayant pas répondu, l'administration était en droit de lui appliquer l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts comme elle l'en a informé dans la réponse aux observations du contribuable du 4 octobre 2017.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL SOTIM n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, de taxe sur la formation professionnelle continue pour les exercices 2014 et 2015, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période 1er avril 2013 au 31 mars 2016, et des majorations et amendes appliquées au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SARL SOTIM et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL SOTIM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL SOTIM et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Eustache, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000924

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