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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2000962

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2000962

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2000962
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantDIZIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2020, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 août 2019 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de Seine lui notifie un indu d'allocations familiales, de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant de 8 863,12 euros et de le décharger de l'obligation de payer les sommes dues ;

2°) de le rétablir dans ses différentes prestations sociales ainsi que dans l'aide de rentrée scolaire.

Il soutient que :

- sa déclaration sur ses ressources est de bonne foi et a été mal interprétée par le contrôleur de la CAF des Hauts-de-Seine ;

- les sommes qu'il a reçues sur la période en litige ne constituent pas exclusivement des dons mais aussi des indemnisations issues de procédures judiciaires et de prêts consentis par des proches, attestés par des reconnaissances de dette ;

- ces sommes ne sauraient être assimilables à des revenus et entrer dans le calcul de ses droits à la perception du revenu de solidarité active ;

- la précarité de sa situation lui interdit de rembourser la créance en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions du requérant relatives aux indus et au rétablissement de ses droits au titre des prestations autres que le revenu de solidarité active et la prime d'activité ne relèvent pas de la compétence du juge administratif mais du juge judicaire ;

- les moyens concernant les indus et le rétablissement des droits de prestations relevant de la compétence du juge administratif ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 16 septembre 2022, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut à sa mise hors de cause concernant les prestations familiales et au rejet de la requête pour ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur proposition du président de la chambre de jugement, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de sa situation, M. C s'est vu réclamer, par une décision du 9 août 2019 de la CAF des Hauts-de Seine, un indu d'allocations familiales d'un montant de 3 663,80 € pour la période de janvier à juillet 2019, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 710,12 € pour la période d'octobre 2017 à mars 2018 et un indu de prime d'activité d'un montant de 1 729,56 euros pour les périodes d'avril 2018 à juin 2018 et de janvier 2019 à mars 2019. L'intéressé a contesté cette décision par un recours préalable le 19 septembre 2019 qui a été rejeté par le silence gardé sur cette demande. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a implicitement rejeté ce recours et qui s'y est substituée.

Sur les conclusions relatives aux indus d'allocations familiales et d'allocation de rentrée scolaire et au rétablissement dans leur versement :

2. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; () 7°) l'allocation de rentrée scolaire () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les conclusions de la requête, tendant à ce que soit prononcée l'annulation des indus d'allocations familiales et d'allocation de rentrée scolaire et à ce que le requérant soit, ce faisant, rétabli dans ses droits à leur versement, sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître et, par suite, irrecevables.

Sur les indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité :

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article L. 262-3 de ce code dispose que : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : / () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-11 de ce code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : / () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". L'article L. 842-4 du même code dispose : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ".

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. Pour établir les indus contestés, le rapport d'enquête commandé par la CAF des Hauts-de-Seine évalue les revenus du requérant à 88 286 euros durant l'année 2017, alors que ce dernier n'avait déclaré aucune ressource lors de ses déclarations trimestrielles. M. C fait valoir que les sommes non déclarées durant la période en litige ne correspondent pas exclusivement à des dons mais également à des prêts et à des indemnités résultant d'une procédure judiciaire, et cela pour un montant de 11 561, 28 euros. Il soutient que ces sommes, qui ne constituent pas des revenus, ne sauraient concourir au calcul de ses droits au regard du revenu de solidarité active et de la prime pour l'activité. Toutefois, il résulte des dispositions législatives et réglementaires, citées aux points 4 et 5 ci-dessus, que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code précité, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière. De même, ces aides ainsi qualifiées, constituent des revenus au sens de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale. Si M. C affirme, en outre, qu'il a contracté plusieurs prêts auprès de proches afin de subvenir à ses besoins et à ses frais de justice, pour un montant d'au moins 70 000 euros en 2017, à l'exception d'une reconnaissance de dette à l'égard de M. A, couverte par l'hypothèque d'un appartement, il ne justifie d'aucun contrat de prêt ni de remboursement ou d'échéancier de remboursement de ces prêts. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la CAF des Hauts-de-Seine a estimé que ces versements litigieux devaient être pris en compte dans le calcul de ses ressources pour la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité activité et de prime pour l'activité.

8. Si M. C fait valoir qu'il n'a pas les moyens financiers de s'acquitter des sommes qui lui sont réclamées, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur le bien-fondé des indus en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui réclamant des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité, ni à être rétabli dans le versement de ces prestations.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au département des Hauts-de-Seine et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. Bertoncini

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui les concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°200096

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