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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001242

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001242

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001242
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2020, la SCP Canet, liquidateur judiciaire de la SAS Promoparkroissy, représentée par Me Cohen, demande au tribunal la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a remis en cause le caractère sincère et probant de sa comptabilité ;

- ses prestations de location d'emplacements de stationnement et de transport de personnes ne constituent pas une prestation complexe unique au sens de la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne (CJUE), de sorte que ses prestations de transport relèvent non pas du taux normal, mais du taux réduit de 10 % ;

- l'administration fiscale n'établit pas son intention délibérée d'éluder l'impôt et, partant, l'applicabilité des pénalités de 40 % de l'article 1729 du code général des impôts.

.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Promoparkroissy, qui exploitait une activité commerciale de services de stationnement automobile et de transport de voyageurs par navettes entre ses aires de stationnement et les aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et de Paris-Orly, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a estimé que la prestation offerte était une prestation complexe unique composée d'une prestation principale de stationnement de véhicule et d'une prestation accessoire de transport de voyageurs et, en conséquence, a notamment remis en cause le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée que la société avait appliqué aux prestations de transport de voyageurs par navettes sur le fondement du b quater de l'article 279 du code général des impôts. Elle a alors, par une proposition de rectification du 18 octobre 2017, mis à la charge de la SAS Promoparkroissy des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2017 dont elle demande la décharge après le rejet de sa réclamation préalable.

Sur le bien fondé des impositions en litige :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SAS Promoparkroissy à l'issue des opérations de vérifications dont elle a fait l'objet, et qu'elle conteste dans la présente instance, trouvent exclusivement leur source dans la substitution par la requérante du taux normal de taxe sur la valeur ajoutée à celui de 10 % qu'elle avait spontanément appliqué aux prestations de transport de voyageurs. Dans ces conditions, la circonstance que l'administration fiscale ait, dans la proposition de rectification du 18 octobre 2017, écarté la comptabilité qui lui était présentée pour irrégulière et non probante est sans incidence sur les impositions en litige.

3. En second lieu, aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Selon l'article 269 du même code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectuée () / 2. La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération () ". En outre, l'article 278 du code précité, dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige, dispose que : " Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 %. ". Enfin, aux termes de l'article 279 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : () / b quater. les transports de voyageurs (). ".

4. Il résulte des dispositions de la directive 2006/112/CE relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que, lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou d'une livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients, compte-tenu notamment de la valeur respective de chacune des prestations composant l'opération, une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.

5. Dans le cadre de l'exécution de sa prestation de location d'emplacements de stationnement, la SAS Promoparkroissy met à disposition de ses clients une prestation connexe de transport afin de leur permettre de rejoindre l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, dont, selon l'aire de stationnement, elle est distante de 3,5 ou 8,5 kilomètres, ou l'aéroport de Paris-Orly. D'une part, l'administration fiscale établit que cette société propose à ses clients une prestation globale incluant le stationnement et le transfert entre les parkings et l'aéroport, cette prestation étant facturée au consommateur en fonction, pour l'essentiel, de la durée de stationnement choisie et de ses conditions, que le parking soit couvert ou non, le coût pouvant augmenter marginalement en fonction du transport, ainsi que l'allègue la requérante, au-delà du cinquième voyageur. D'autre part, ces prestations, qui ne font pas l'objet d'une facturation distincte, ne présentent pas de caractère facultatif l'une pour l'autre, le transport étant destiné exclusivement aux clients stationnant dans les aires de stationnement de la société requérante, et cette dernière n'établissant pas que ces derniers pouvaient bénéficier du service de transport d'un tiers ou obtenir une réduction de tarif en cas de transfert aux aéroports par leurs propres moyens. Ainsi, il résulte de l'instruction que, du point de vue du consommateur moyen, qui pourrait atteindre sa destination depuis son domicile par les transports en commun ou par taxi notamment, l'utilisation de la navette proposée par SAS Promoparkroissy ne constitue pas une fin en soi, mais le moyen de bénéficier dans les meilleures conditions, eu égard à l'éloignement important entre les aires de stationnement et les aérogares, du stationnement de son véhicule sur un parking sécurisé et plus économique que ceux situés dans la zone aéroportuaire.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux prestations fournies par la requérante forment, objectivement, une seule opération économique indissociable dont la principale est le stationnement et l'accessoire le transfert par navettes. Par suite, les services de stationnement d'un véhicule dans un parking situé en dehors de cet aéroport et de transport des passagers du véhicule entre ce parking et le terminal de l'aéroport concerné doivent, dans des circonstances de l'espèce, être considérés comme une prestation complexe unique dans laquelle le service de stationnement est prédominant sur le service de transfert. Dès lors, le sort fiscal de cette dernière prestation doit être déterminé par celui de la prestation prédominante, à savoir celle de stationnement. Ainsi, en application des dispositions précitées, c'est à bon droit que l'administration a soumis le chiffre d'affaires résultant de la prestation de transport par navettes entre le parking et l'aéroport au taux normal de taxe sur la valeur ajoutée applicable à l'activité principale de stationnement, à savoir le taux de 20 %.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. L'administration fiscale fait valoir, sans être sérieusement contredite, que la SAS Promoparkroissy se présentait à sa clientèle comme exerçant de manière prépondérante une activité de stationnement automobile et que ses partenaires commerciaux, gérant les plateformes de réservation sur internet de ses places de stationnement lui adressaient des états mensuels récapitulatifs de taxe sur la valeur ajoutée faisant apparaitre, pour le transport, un taux normal de taxe sur la valeur ajoutée. Ainsi, lorsqu'elle a souscrit, parfois tardivement, ses déclarations de chiffre d'affaires, cette société détenaient les éléments permettant de considérer que le taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable était de 20% qu'elle a pourtant volontairement ramené à 5,5 %. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de la SAS Promoparkroissy d'éluder l'impôt. C'est donc à bon droit qu'elle a appliqué aux redressements litigieux la pénalité de 40 % du a de l'article 1729 du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Promoparkroissy doit être rejetée, y compris sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Promoparkroissy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Promoparkroissy, la SCP Canet et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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