Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001292
mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2001292 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | BENSAOULA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2020, M. B A, représenté par Me Bensaoula, demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer résultant de la notification d'une mise en demeure de payer décernée le 25 juin 2019 par le comptable public près le service des impôts des particuliers de Levallois-Perret pour le recouvrement des cotisations à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités y afférentes, au titre des années 1995 et 1996, pour un montant total de 52 766,75 euros.
Il soutient que :
- non résident français, il n'est pas assujetti aux contributions sociales en application de la convention fiscale franco-algérienne du 6 août 1992 ;
- les créances en litiges sont prescrites.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2020, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 17 octobre 1999, conclue entre la France et l'Algérie en vue d'éliminer les doubles impositions ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande la décharge de l'obligation de payer résultant de la notification d'une mise en demeure de payer décernée le 25 juin 2019 par le comptable public près le service des impôts des particuliers de Levallois-Perret pour le recouvrement des cotisations à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités y afférentes, au titre des années 1995 et 1996, pour un montant total de 52 766,75 euros.
2. En premier lieu, l'article L. 281 du livre des procédures fiscales dispose que : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts () ne peuvent porter que : 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt () ".
3. Le moyen par lequel un contribuable à l'encontre duquel le comptable public a poursuivi le recouvrement d'impositions établies à son nom soutient qu'il n'est pas le redevable légal de ces impositions ou qu'il ne saurait y être assujetti, ou encore qu'il devrait en être exonéré en application, notamment, d'une convention fiscale établie en vue d'éliminer les doubles impositions, sont relatifs au contentieux de l'assiette. Ils ne peuvent dès lors pas utilement être présentés à l'appui d'une demande de décharge de l'obligation de payer. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas dû être assujetti aux impositions litigieuses en application de la convention du 17 octobre 1999, conclue entre la France et l'Algérie, en vue d'éliminer les doubles impositions, ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable, dispose que les comptables du trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle, perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. Le délai de prescription est interrompu dans les conditions de droit commun fixées par le code civil dans les conditions fixées par ses articles 2224 et suivants. Aux termes de l'article 2231 du code civil : " L'interruption efface le délai de prescription acquis. Elle fait courir un nouveau délai de même durée que l'ancien ". Aux termes de l'article 2240 du même code : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ". À cet égard, la reconnaissance, par le redevable de l'impôt, de l'exigibilité de sa dette s'entend de tout acte ou de toute démarche par lesquels celui-ci admet son obligation de payer une créance définie par sa nature, son montant et l'identité de son titulaire. En vertu de l'article 2244 du code civil, le délai de prescription est également interrompu, notamment, par un acte d'exécution forcée, au nombre desquels sont les avis à tiers détenteurs.
5. Aux termes de l'article R 281-1 du même livre dans sa rédaction applicable au litige : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite () ". Aux termes de l'article R 281-3-1 du même livre dans sa rédaction applicable au litige : " La demande prévue à l'article R 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée () dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée'; / b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette'; / c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R 281-5 du même livre : " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires. ".
6. Lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir. Lorsqu'une réclamation a été présentée à l'administration à l'encontre de ce premier acte de poursuite sans invoquer un tel motif, le contribuable, s'il conteste devant le juge le rejet de cette réclamation, peut néanmoins invoquer devant ce juge, eu égard au premier alinéa de l'article R 281-5 du même livre, la prescription de l'action en recouvrement à la condition que celle-ci n'implique l'appréciation d'aucune autre pièce justificative ou circonstance de fait que celles qu'il a produites ou exposées dans sa réclamation.
7. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas contesté dans le délai de deux mois prévu par le c de l'article R 281-3-1 du livre des procédures fiscales l'avis à tiers détenteur du13 février 2013, qui lui a été régulièrement notifié le 19 mars suivant, premier acte de poursuite dont l'administration justifie de la notification régulière, accompagnée des voies et délais de recours, permettant de se prévaloir de la prescription des impositions litigieuses qui ont été mises en recouvrement les 31 octobre et 15 décembre 2001. Par suite, eu égard à ce qui a été dit aux points 5 et 6 ci-dessus, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement diligentée à l'encontre de M. A ne peut plus être invoqué à l'occasion de la contestation de la mise en demeure de payer décernée à son encontre le 25 juin 2019. Il suit de là que le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement diligentée à l'encontre de M. A pour avoir paiement des impositions en litige ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques du département des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Amazouz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2001292
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