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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2001823

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2001823

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2001823
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARVIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 1908381 du 13 février 2020, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. C B, enregistrée le 4 novembre 2019.

Par cette requête, enregistrée sous le numéro 2001823, M. B, représenté par Me Arvis, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement rejeté sa demande de requalification de ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de modifier ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 000 euros, sauf à parfaire, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices nés des fautes commises par le rectorat ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions d'excès de pouvoir :

- la décision du 3 septembre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement rejeté sa demande de requalification de ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle était en situation de compétence liée eu égard aux fonctions qu'il a exercées pendant les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que la rectrice de l'académie de Versailles a commis une faute en l'engageant en qualité d'assistant d'éducation pour exercer des fonctions d'accompagnant d'élèves en situation de handicap ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que la rectrice de l'académie de Versailles a commis une faute en rejetant ses demandes de requalification de ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 ;

- les préjudices financier, de perte de chance et moral qu'il a subséquemment subis doivent être réparés.

Le rectorat de l'académie de Versailles, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure qui lui a été adressée le 8 octobre 2020.

La clôture d'instruction a été fixée au 30 avril 2021 par une ordonnance du 13 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 2014-724 du 27 juin 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- et les observations de Me Bourgeois, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par le rectorat de l'académie de Versailles en qualité d'assistant d'éducation (AED) au sein de l'internat de l'établissement régional d'enseignement adapté " La Tour du Mail " à Sannois (Val-d'Oise), par contrat à durée déterminée d'un an à compter du 1er septembre 2014, régulièrement renouvelé. Par un courrier du 1er juillet 2019, M. B a formé une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes du rectorat dans la gestion de sa carrière, à hauteur de 25 000 euros, et à la requalification de ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 en qualité d'accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH). Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 3 septembre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement rejeté sa demande de requalification de ses contrats de travail, d'enjoindre à la rectrice de procéder à cette requalification et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

4. En l'absence de production d'observations en réponse à la requête, malgré la mise en demeure dont elle a accusé réception le 9 octobre 2020, la rectrice de l'académie de Versailles est réputée avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures, sous réserve que leur inexactitude ne ressorte pas des pièces du dossier.

Sur les conclusions d'excès de pouvoir :

5. Aux termes de l'article L. 916-1 du code de l'éducation : " Des assistants d'éducation peuvent être recrutés par les établissements d'enseignements mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV pour exercer des fonctions d'assistance à l'équipe éducative en lien avec le projet d'établissement, notamment pour l'encadrement et la surveillance des élèves ". Selon l'article L. 917-1 du même code : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap sont recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. ". Enfin, l'article 2 du décret n° 2014-724 du 27 juin 2014 relatif aux conditions de recrutement et d'emploi des accompagnants des élèves en situation de handicap dispose que : " Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont recrutés parmi les candidats titulaires d'un diplôme professionnel dans le domaine de l'aide à la personne. Sont dispensés de la condition de diplôme les candidats qui justifient d'une expérience professionnelle de deux années dans le domaine de l'aide à l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap ou de l'accompagnement des étudiants en situation de handicap accomplies, notamment dans le cadre d'un contrat conclu sur le fondement de l'article L. 5134-19-1 du code du travail susvisé ".

6. M. B soutient qu'il justifie d'une expérience professionnelle de deux années, du 1er septembre 2014 au 31 août 2016, dans le domaine de l'aide à l'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap au sein de son établissement d'affectation. Dès lors que cette allégation, à laquelle est réputée acquiescer la rectrice de l'académie de Versailles, n'est pas contredite par les pièces du dossier et est, au demeurant, établie par l'attestation du 27 avril 2017 par laquelle M. A, directeur de l'établissement, indique que l'intéressé " a assuré la fonction d'éducateur d'internat () en accompagnement d'adolescents et jeunes adultes dont une majorité porteurs d'handicaps mentaux ou de troubles psychiques depuis le 1er septembre 2014 et pour l'année scolaire en cours () ", M. B peut se prévaloir de la dispense de la condition de diplôme prévue par les dispositions précitées. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit en ce que la rectrice de l'académie de Versailles était tenue de requalifier ses contrats de travail, à compter du 1er septembre 2016, comme des contrats d'accompagnant des élèves en situation de handicap.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 septembre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement rejeté sa demande de requalification de ses contrats de travail des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de requalifier les contrats de travail de M. B des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 comme des contrats d'accompagnant des élèves en situation de handicap, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que M. B est fondé à soutenir que la rectrice de l'académie de Versailles a commis des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat en le recrutant en qualité d'assistant d'éducation, et non en qualité d'accompagnant des élèves en situation de handicap à compter du 1er septembre 2016, et en rejetant ses demandes de requalification de ses contrats de travail à compter du 1er septembre 2016.

10. M. B soutient qu'il est fondé à solliciter l'indemnisation, à hauteur de 10 000 euros, du préjudice financier né du refus illégal de la rectrice de l'académie de Versailles de procéder à la requalification de ses contrats de travail à compter du 1er septembre 2016. Il résulte de l'instruction que la faute de la rectrice de l'académie de Versailles a eu pour conséquence directe de faire obstacle à la perception, par M. B, du traitement qui lui était dû en tant qu'accompagnant des élèves en situation de handicap pour la période comprise entre le 1er septembre 2016 et le 31 août 2018. Dès lors que l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de l'indemnité due à M. B, après déduction de la rémunération perçue en tant qu'assistant d'éducation pour la même période, il y a lieu de le renvoyer devant la rectrice de l'académie de Versailles pour être procédé à la liquidation de cette indemnité, dans la limite du montant des conclusions indemnitaires globales présentées devant le tribunal.

11. M. B soutient qu'il est fondé à solliciter l'indemnisation, à hauteur de 5 000 euros, de la perte de chance de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'accompagnant d'élèves en situation de handicap à compter du 1er septembre 2020 dès lors que l'article L. 917-1 du code de l'éducation dispose que les accompagnants d'élèves en situation de handicap sont recrutés dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée lorsqu'ils ont exercé ces mêmes fonctions pendant six ans. Toutefois, M. B ne justifie pas avoir exercé de telles fonctions pendant six ans dès lors qu'il se borne à justifier d'une telle activité pour la seule période comprise entre le 1er septembre 2014 et le 31 août 2018. Par suite, ce chef de préjudice ne pourra qu'être écarté.

12. Comme il le soutient, M. B a subi un préjudice moral en raison de la décision en litige du 3 septembre 2019. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant la rectrice de l'académie de Versailles à lui verser, à ce titre, la somme de 2 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la rectrice de l'académie de Versailles la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 3 septembre 2019 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a implicitement rejeté la demande de requalification des contrats de travail de M. B des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Versailles de requalifier les contrats de travail de M. B des 1er septembre 2016, 1er septembre 2017 et 1er septembre 2018 comme des contrats d'accompagnant des élèves en situation de handicap, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La rectrice de l'académie de Versailles est condamnée à verser la somme de 2 000 euros à M. B en réparation de son préjudice moral et à liquider l'indemnité due en réparation de son préjudice financier conformément aux modalités précisées au point 10 du présent jugement.

Article 4 : La rectrice de l'académie de Versailles versera la somme de 2 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mme Gay-Heuzey et M. Sitbon, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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