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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002069

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002069

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002069
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (JU)
Avocat requérantFASSEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 février 2020 et 22 février 2022, la société civile immobilière (SCI) Suresnes K1, représentée par Me Fasseu, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire au 36 rue Carnot à Suresnes (92).

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- pour la détermination de la valeur locative non révisée de l'immeuble en litige, le service ne pouvait retenir le local-type n° 3 du procès-verbal ME de la commune de Villeneuve-la-Garenne dès lors, outre que ce procès-verbal ne lui a pas été communiqué, que les locaux ne sont pas comparables, ainsi que le confirme la doctrine, et que les communes de Villeneuve-la-Garenne et Suresnes ne présentent pas une situation économique analogue.

- la local-type le plus pertinent en l'espèce est, nonobstant la différence de surface, le local-type n° 57 du procès-verbal C de la commune de Montrouge, valorisé au tarif unitaire de 5,34 € et qui, contrairement à ce que soutient l'administration n'a pas été entièrement reconstruit

- à défaut, il pourrait être retenu le local-type n° 7 du procès-verbal ME de la commune de Nanterre, au tarif de 8,23 €, qui n'a pas non plus été reconstruit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, magistrat désigné,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Suresnes K1 est propriétaire d'un immeuble, d'une superficie totale de 4 500 m2, sis au 36 rue Carnot à Suresnes (92), à usage d'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Par réclamation du 19 novembre 2019, elle a sollicité la réduction des cotisations de taxe foncière et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères y afférentes au titre des années 2018 et 2019, en demandant la modification de la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 (VL 70) utilisée pour corriger les variations de cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels. Par une décision du 16 décembre 2019, le service a reconnu l'impossibilité d'identifier le local-type initialement retenu pour fixer la valeur locative non révisée de l'immeuble et, après avoir écarté, comme irrégulier, le local-type n° 6 du procès-verbal ME de la commune de Suresnes proposé par la contribuable, a évalué cette valeur par comparaison avec le local-type n° 3 du procès-verbal ME de la commune de Villeneuve-la-Garenne avec un ajustement à la hausse de 20 % du tarif unitaire, ce qui a conduit à un dégrèvement partiel des impositions contestées. La SCI Suresnes K1, contestant le choix de ce local-type, demande une décharge complémentaire.

Sur les conclusions en décharge partielle :

2. Il résulte du XVI de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010, dans sa rédaction issue de la loi 2015-1786 du 29 décembre 2015, codifié, à compter du 1er janvier 2018, aux I et III de l'article 1518 A quinquies du code général des impôts, du IV de ce dernier article et de l'article 1518 E du même code que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 utilisée pour lisser les variations de cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels est déterminée conformément au code général des impôts dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016.

3. D'une part, aux termes de l'article 1498 du CGI, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016 : " La valeur locative de tous les biens () est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / - soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date ; / - soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe. ". L'article 324 Z de l'annexe III au même code dispose que : " I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation de la situation de la nature de la construction de son importance de son état d'entretien et de son aménagement. / Ils sont inscrits au procès-verbal des opérations de la révision. ". L'article 324 AK de la même annexe fixe la date de référence de la dernière révision générale des opérations foncières au 1er janvier 1970.

4. Lorsqu'administration fiscale évalue une valeur locative par comparaison, le terme de comparaison doit être précisément identifié et sa valeur déterminée au moyen de l'une des deux méthodes prévues par le b du 2° des dispositions précitées de l'article 1498 du code général des impôts. Lorsqu'aucune valeur locative ne peut être déterminée par application des règles prévues au 1° puis au 2° de ce même article, par référence au loyer du bien ou à défaut par comparaison, l'administration est fondée, en vertu du 3°, à déterminer cette valeur par voie d'appréciation directe, à partir de la valeur vénale du bien à la date de référence du 1er janvier 1970. Par ailleurs, lorsque l'administration fiscale renonce au terme de comparaison initialement choisi pour lui substituer un autre et que celui-ci est contesté au motif qu'il ne serait pas comparable à l'immeuble à évaluer, il appartient au juge de l'impôt de se prononcer sur les autres termes de comparaison proposés par le contribuable, afin de déterminer si l'un deux serait plus approprié que le local retenu par l'administration ;

5. D'autre part, aux termes de l'article 1520 du code général des impôts : " I. Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". Selon l'article 1521 du même code : " I. La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties () ". L'article 1522 du même code dispose que : " I. La taxe est établie d'après le revenu net servant de base à la taxe foncière, défini par l'article 1388 () ".

6. Il résulte de l'instruction que le local-type n° 3 du procès-verbal ME de la commune de Villeneuve-la-Garenne correspond à un hôpital composé de plateaux techniques, tels un bloc opératoire, un centre de radiologie et de radiothérapie nécessitant des aménagements spécifiques, comme des circuits de fluides médicaux et de traitement d'air, alors qu'il n'est pas allégué que l'immeuble à évaluer, s'il reçoit des personnes âgées dépendantes, disposerait d'aménagements permettant une prise en charge médicale dans des conditions comparables à un établissement hospitalier. Les différences substantielles dans l'affectation, l'aménagement et les conditions d'exploitation entre le local litigieux et le local-type proposé par le service font obstacle à ce que ce dernier puisse être retenu comme terme de comparaison.

7. En revanche, le local-type n° 57 du procès-verbal des opérations de révision foncière de la commune de Montrouge, qui abrite un EHPAD d'une superficie réelle de 1.084 m2, présente des caractéristiques similaires à l'établissement de la requérante. Si, depuis la date de son inscription au procès-verbal des opérations de révision foncière, il a fait l'objet de travaux d'aménagement et d'amélioration, l'administration n'apporte aucun élément permettant d'attester qu'il aurait subi une restructuration de nature à le disqualifier. Par ailleurs, la différence de surface entre ce local-type et l'immeuble en litige n'est pas d'une importance telle qu'elle ferait obstacle à ce que ce local type soit valablement retenu comme terme de comparaison, l'administration n'alléguant d'ailleurs pas que la valeur locative des immeubles de cette nature en région parisienne serait sensiblement affectée par leur plus ou moins grande surface. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la SCI Suresnes K1 est fondée à soutenir que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 soit déterminée par référence au local-type n° 57 du procès-verbal des opérations de révision foncière de la commune de Montrouge, au tarif unitaire de 5,34 €/m2.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SCI Suresnes K1 et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Pour l'application des mécanismes de correction des variations de cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels, la valeur locative non révisée de l'immeuble de la SCI Suresnes K1 sis au 36 rue Carnot à Suresnes est fixée par référence à la valeur locative du local-type n° 57 du procès-verbal des opérations de révision foncière de la commune de Montrouge.

Article 2 : La SCI Suresnes K1 est déchargée des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'immeuble en cause, en conséquence de la valeur locative non révisée fixée conformément à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI Suresnes K1 une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présenté sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Suresnes K1 et au directeur départemental des finances public du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. A La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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