mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002226 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUVAL DELAVANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 21 février et 1er octobre 2020, le 28 octobre 2021 et les 4 et 29 juillet 2022, M. C B, représenté par Me de Masson d'Autume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement la communauté d'agglomération Val Parisis, la société Paris Nord Assurances Services (PNAS), la commune de Cormeilles-en-Parisis et la société Entreprise d'assainissement et de voirie (EAV) à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de provision à valoir sur le montant définitif des préjudices résultant de l'accident survenu le 17 décembre 2018 ;
2°) d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit ;
3°) de surseoir à statuer sur la réparation définitive des préjudices résultant de son accident du 17 décembre 2018 ;
4°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise ;
5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Val Parisis, de la société PNAS, de la commune de Cormeilles-en-Parisis et de la société Entreprise d'assainissement et de voirie solidairement la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le 17 décembre 2018, il a marché sur une plaque d'égout descellée située sur un trottoir à hauteur du 3 allée des Coudrées à Cormeilles-en-Parisis ; celle-ci a cédé sous son poids, entrainant sa chute et le blocage de sa jambe gauche à l'intérieur de l'égout ; un de ses collègues a appelé les pompiers, qui ne parvenant pas à extraire sa jambe, ont dû faire appel au SAMU, qui a procédé à sa sédation ce qui a permis de sortir sa jambe de l'égout ;
- cette chute lui a occasionné une facture du plateau tibial qui a nécessité deux interventions chirurgicales, quarante-cinq jours de traitement anticoagulant et trois mois d'abstention d'appui sur sa jambe ainsi que plusieurs mois d'arrêt de travail ; il conserve encore des douleurs invalidantes dans le cadre de sa vie professionnelle et personnelle ;
- la responsabilité de la communauté d'agglomération Val Parisis, de la société PNAS, et de la société EAV est engagée du fait du défaut d'entretien de l'ouvrage public ; la grille d'égout à l'origine de sa chute était descellée depuis plusieurs mois sans que le danger ne soit signalé ; la communauté d'agglomération ne rapporte pas la preuve de son entretien normal, elle a d'ailleurs procédé à sa réparation le lendemain ; il n'a commis aucune imprudence en marchant sur ce trottoir dès lors que le danger était invisible, le trou étant masqué par la plaque descellée ;
- la responsabilité de la commune de Cormeilles-en-Parisis est engagée dès lors qu'elle a commis une faute dans l'exercice du pouvoir de police administrative du maire en application des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- il est nécessaire de réaliser une expertise médicale aux fins de déterminer l'étendue de ses préjudices résultant du dommage occasionné par sa chute ;
- les séquelles particulièrement lourdes et invalidantes dont il souffre justifient l'allocation d'une somme provisionnelle de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 mai et 14 décembre 2020, la communauté d'agglomération Val Parisis et la société PNAS, représentées par Me Phelip, concluent :
1°) à titre principal :
- à la mise hors de cause de la société PNAS ;
- au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation provisionnelle du requérant soit ramenée à de plus justes proportions ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation de la société EAV à la garantir de toute condamnation ;
4°) en tout état de cause, à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal :
o la responsabilité de la société PNAS, qui n'est pas l'assureur de la communauté d'agglomération Val Parisis mais un courtier en assurance, ne saurait être engagée ;
o la responsabilité de la communauté d'agglomération Val Parisis ne saurait être engagée dès lors qu'aucun défaut d'entretien normal ne saurait lui être reproché et que M. B a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité ;
o aucune faute dans l'exercice des pouvoirs de police administrative prévu aux articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ne saurait lui être reprochée dès lors que ceux-ci appartiennent au maire ;
- à titre subsidiaire, M. B ne justifie pas du quantum de sa demande indemnitaire ;
- à titre infiniment subsidiaire, la société EAV est seule en charge de l'entretien des plaques et grilles d'égout ; à supposer que la plaque ait été descellée depuis plusieurs mois, il appartenait à cette société d'en avertir la communauté d'agglomération.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juin 2021, 20 juin 2022 et 26 août 2022, la société Entreprise d'assainissement et de voirie (EAV), représentée par Me Duval-Delavanne, conclut :
1°) à titre principal, au rejet des demandes, fins et conclusions dirigées contre elle par la communauté d'agglomération Val Parisis et la société PNAS et à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions dirigées contre elle par M. B ;
3°) en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Val Parisis, de la société PNAS ou de tout succombant in solidum sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors que le lot n°1 " curage des réseaux d'assainissement " du marché public de fourniture de service, dont est titulaire le groupement auquel elle appartient, ne porte pas sur la remise en état des défauts des grilles et bouches d'avaloirs ;
- à titre subsidiaire, M. B a commis une faute l'exonérant de sa responsabilité dès lors que l'obstacle était visible et qu'il a marché sur l'ouvrage litigieux pour traverser hors du passage piéton situé à proximité.
Par des mémoires enregistrés les 7 juillet et 16 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la communauté d'agglomération Val Parisis à lui verser la somme de 19 101,02 euros à titre provisoire en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par M. B, majorée des intérêts de droit à compter de la notification du jugement à intervenir ;
2°) de condamner la communauté d'agglomération Val Parisis à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article 95-51 du 24 janvier 1996.
Elle fait valoir que :
- elle ne s'oppose pas à la réalisation d'une expertise ;
- elle a engagé les sommes de 2 600,07 euros au titre des frais médicaux, de 353,42 euros au titre des frais pharmaceutiques, de 323,08 euros au titre des frais d'appareillage ;
- elle a pris en charge les dépenses de santé correspondant aux frais d'hospitalisation de M. B du 18 au 20 décembre 2018 pour un montant de 1 872,45 euros et le 21 septembre 2020 pour un montant de 557,15 euros ;
- elle a pris en charge la somme de 13 394,85 euros au titre des indemnités journalières.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Par ordonnance du 31 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou,
- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,
- et les observations de Me Duval-Delavanne, représentant la société EAV.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 décembre 2018 en début d'après-midi, M. B, né le 7 novembre 1974, a été victime d'une chute due, selon lui, à la présence sur le trottoir à hauteur du 3 allée des Coudrées à Cormeilles-en-Parisis, d'une plaque d'égout descellée ayant cédé sous son poids. Sa jambe gauche s'étant bloquée à l'intérieur de la bouche d'égout, sa prise en charge a nécessité l'intervention des pompiers ainsi que de la Structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) d'Argenteuil. Il a immédiatement été transporté au centre hospitalier Victor Dupouy d'Argenteuil où une fracture au niveau du plateau tibial lui a été diagnostiquée. Le 19 décembre 2018, il a subi une intervention chirurgicale de " réinsertion à ciel ouvert du ménisque externe [et de] synthèse du plateau tibial externe ". Il a également subi une intervention de retrait du matériel d'ostéosynthèse le 21 septembre 2020. Par des courriers des 17 janvier et 31 octobre 2019, M. B a demandé à la communauté d'agglomération Val Parisis la réparation des préjudices résultant du dommage occasionné par sa chute du 17 décembre 2018, ce qu'elle a refusé par deux courriers des 28 février et 26 novembre 2019. Par la présente requête, M. B demande que le tribunal ordonne une expertise avant dire droit et la condamnation solidaire de la communauté d'agglomération Val Parisis, de la société PNAS, de la commune de Cormeilles-en-Parisis et de la société EAV à lui verser la somme provisionnelle de 10 000 euros.
Sur la mise hors de cause de la société PNAS :
2. Il résulte de l'instruction que la société PNAS, qui est un courtier en assurances, n'est pas l'assureur de la communauté d'agglomération Val Parisis. Par suite il convient de la mettre hors de cause.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de la communauté d'agglomération Val Parisis pour défaut d'entretien normal :
3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.
4. Il résulte de l'instruction que M. B a chuté le 17 décembre 2018 en début d'après-midi à hauteur du 3 allée des Coudrées à Cormeilles-en-Parisis et a subi une fracture du tibia gauche. M. B soutient qu'une plaque d'égout a cédé sous son poids, entrainant sa jambe gauche à l'intérieur de l'égout et lui causant une fracture au niveau du plateau tibial. Les circonstances qu'il décrit sont corroborées par la photographie de l'intervention des services de secours versée à l'instance par la communauté d'agglomération Val Parisis, sur laquelle M. B apparaît en partie recouvert d'une couverture de survie, sa jambe droite dépassant d'une bouche d'égout, par la fiche d'intervention du SMUR, qui relate qu'" en marchant, il a mis le membre inférieur [gauche] dans un grand trou / plaque d'égout manquante sur un bord de trottoir ", par le rapport d'intervention du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Val-d'Oise qui relate qu'il a " chuté en passant la jambe au travers d'une grille de caniveau " et a pu être extrait " après anesthésie par le SMUR ". Le déroulement de ces événements est également corroboré par le collègue du requérant, M. A, venu à son secours peu de temps après sa chute. Par ailleurs, selon cette même attestation ainsi qu'aux termes du rapport du SDIS précité, un agent communal est intervenu immédiatement après l'extraction de M. B afin d'extraire la plaque tombée dans le regard d'égout lors de sa chute et de placer un cône de chantier dans le trou afin de signaler le danger dans l'attente du remplacement de la grille effectué le lendemain. Compte tenu de ces éléments, l'accident de M. B peut être imputé à la défaillance de la grille de protection au droit d'un regard d'égout, qui constitue un ouvrage public incorporé à la voie publique. En outre, il est constant qu'en l'espèce, ce descellement n'était pas signalé.
5. D'une part, pour justifier de l'entretien normal de ce regard d'égout, la communauté d'agglomération Val Parisis fait valoir qu'il ressort de la fiche d'intervention versée à l'instance par M. B qu'un passage aurait été effectué le 17 août 2018 par la société EAV au 3 allée des Coudrées afin d'entretenir l'ouvrage. Toutefois, il résulte des écritures de cette société, non contredites sur ce point, que cette fiche, au demeurant difficilement lisible et dont l'authenticité est sérieusement contestée par M. B, ne recense que son passage dans le cadre d'une campagne de curage des avaloirs trois mois avant l'accident litigieux et ne témoigne ainsi d'aucune prestation de réparation des grilles de protection de ces derniers.
6. D'autre part, la communauté d'agglomération invoque la responsabilité de la société EAV, en charge selon elle de l'entretien de ce type d'ouvrage public en vertu d'un marché public. A cet égard, il résulte de l'instruction que la communauté d'agglomération Val Parisis a conclu un marché public de fourniture de service concernant l'entretien des réseaux d'assainissement de son territoire, dont le lot n°1 intitulé " curage des réseaux d'assainissement " a été confié à un groupement auquel appartient la société EAV. Il résulte des termes du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) versé par la communauté d'agglomération Val Parisis à l'instance que, si ce marché porte notamment sur " le curage des collecteurs, des regards, des avaloirs ", " n'entrent pas dans les travaux de l'entreprise : / () la réparation des regards () ". Par suite, il convient de mettre la société EAV hors de cause.
7. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération Val Parisis n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage.
8. Enfin, les défenderesses font valoir que les bonnes conditions météorologiques et de visibilité auraient dû permettre à M. B d'éviter de chuter. Toutefois, comme il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que le trou dans lequel il est tombé était recouvert d'une plaque mal fixée et qu'il était donc invisible, même dans de bonnes conditions de visibilité. Aucune imprudence ne saurait ainsi être reprochée au requérant à ce titre. En outre, la circonstance alléguée par les défenderesses que l'intéressé était en train de traverser hors du passage piéton situé quelques mètres plus loin ne peut être établie. Dans ces conditions, en l'absence de toute faute de la victime, le défaut d'entretien normal de la grille recouvrant l'avaloir du caniveau situé 3 allée des Coudrées à Cormeilles-en-Parisis est de nature à engager la responsabilité de la communauté d'agglomération Val Parisis.
En ce qui concerne la responsabilité au titre de la faute commise par le maire de Cormeilles-en-Parisis dans l'exercice de ses pouvoirs de police :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé () de la police municipale (). " Aux termes des dispositions de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () ". En vertu de ces dispositions, il incombe au maire de la commune d'assurer la sécurité des usagers de la voie publique et notamment de signaler les dangers qui excèdent ceux contre lesquels les intéressés doivent normalement se prémunir.
10. M. B soutient que le maire de Cormeilles-en-Parisis a commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police en ne faisant pas réparer la plaque d'égout manquante pendant les sept mois précédent son accident, soit depuis un temps suffisant pour lui permettre d'être informé de cette absence et de prendre en conséquence les mesures de sécurisation nécessaires pour prévenir les accidents sur la voie publique. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier de ses propres écritures, que l'avaloir comportait la plaque litigieuse, mais que celle-ci était mal fixée. A cet égard, en se bornant à produire une capture d'écran du site " Google street view " datée d'avril 2018 sur laquelle la grille litigieuse est absente, le requérant n'établit pas que ladite plaque aurait été manquante depuis cette date. Par ailleurs, M. B n'établit ni même n'allègue que la défaillance de la grille d'égout aurait été portée à la connaissance du maire de la commune de Cormeilles-en-Parisis. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu notamment de la présence d'un chemin dédié aux piétons situé au milieu du trottoir, à proximité de la grille litigieuse, que celle-ci était de nature à créer une situation particulièrement dangereuse pour la commodité du passage des piétons, ceux-ci pouvant emprunter le chemin dédié en retrait de la chaussée. Dans ces conditions, aucune faute du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police ne saurait être retenue.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions dirigées par M. B à son encontre, que la commune de Cormeilles-en-Parisis doit être mise hors de cause.
En ce qui concerne les demandes de M. B :
12. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. " Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
S'agissant de la demande d'expertise avant dire droit :
13. Il résulte de l'instruction que M. B a subi du fait de la chute décrite au point 4 une fracture du tibia gauche, à l'origine de deux interventions chirurgicales, d'un alitement de quarante-cinq jours et de trois mois d'impossibilité de prendre appui sur sa jambe, ainsi que de plusieurs mois d'arrêt de travail. Il fait valoir qu'il ressent encore des gênes et des douleurs et qu'il a subi divers préjudices, notamment au titre de l'incidence professionnelle, eu égard à ses fonctions de responsable de magasin à l'époque des faits. L'état du dossier ne permet pas au tribunal de statuer sur la nature et l'étendue de ces préjudices. Il y a lieu dès lors d'ordonner, avant dire droit, une expertise aux fins de fournir au tribunal tous éléments lui permettant d'évaluer l'intégralité des préjudices subis et d'apprécier leur lien de causalité avec l'accident.
S'agissant de la demande d'allocation d'une somme provisionnelle :
14. Si M. B demande l'octroi d'une provision de 10 000 euros à valoir sur la réparation de ses préjudices, il n'apporte aucun justificatif de nature à permettre d'évaluer au moins une partie de ses préjudices et seule l'expertise ordonnée avant-dire droit par le jugement attaqué permettra de déterminer le quantum exact de ceux-ci. Par suite, les conclusions tendant à l'octroi d'une provision doivent être rejetées.
En ce qui concerne les demandes de la CPAM de l'Oise :
15. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.
16. En l'état de l'instruction, en l'absence de production par la caisse d'une attestation d'imputabilité malgré la mesure d'instruction du tribunal en ce sens, et dans l'attente de l'évaluation des préjudices de M. B et du chiffrage de ses demandes par ce dernier, le tribunal ne peut statuer sur l'étendue des préjudices de la CPAM de l'Oise.
Sur l'appel en garantie :
17. Il résulte de ce qui précède, notamment des éléments rappelés aux points 6 et 8, que le présent jugement ne retient pas la responsabilité de la société EAV. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la communauté d'agglomération Val Parisis à l'encontre de cette société ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la déclaration de jugement commun à la CPAM de l'Oise :
18. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM de l'Oise a été régulièrement mise en cause. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.
19. Tous droits et moyens sur lesquels il n'a pas été expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'au terme de l'instance.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les sociétés PNAS et EAV sont mises hors de cause.
Article 2 : Les conclusions de M. B tendant au versement d'une somme provisionnelle et à la déclaration de jugement commun à la CPAM de l'Oise sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Val Parisis aux fins d'appel en garantie de la société EAV sont rejetées.
Article 4 : Il sera, avant de statuer sur les autres conclusions de la requête, procédé à une expertise médicale.
Article 5 : L'expert ou le collège d'experts sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert ou le collège d'experts aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. B ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. B ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de M. B avant et après l'accident survenu le 17 décembre 2018 ;
3°) indiquer à quelle date l'état de santé de M. B peut être considéré comme consolidé ; le cas échéant, dire si cet état est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
4°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de l'accident survenu le 17 décembre 2018, non imputables à l'état antérieur de la victime ni aux conséquences prévisibles de l'évolution de celui-ci, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de gains professionnels et incidence professionnelle, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices extrapatrimoniaux (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation.
Article 7 : L'expertise aura lieu en présence de M. B, de la commune de Cormeilles-en-Parisis, de la communauté d'agglomération Val Parisis et de la CPAM de l'Oise.
Article 8 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Cormeilles-en-Parisis, à la communauté d'agglomération Val Parisis, à la société Paris Nord Assurances Services, à la société Entreprise d'assainissement et de voirie et de la CPAM de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Coblence
La greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2002226
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026