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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002229

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002229

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002229
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGARDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2020, M. A C, représenté par Me Gardet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2010 et 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification notifiée 17 mars 2009 est insuffisamment motivée ;

- le bien-fondé des impositions n'est pas établi dès lors que, s'agissant des micro-bic, l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve que les chèques qu'elle a identifiés représentent des recettes professionnelles liés à l'activité de sa micro-entreprise ; que, s'agissant des revenus distribués de la SAS BATIRRENOVE, le service vérificateur ne démontre pas que la somme de 10 833,03 euros soit un revenu distribué à son nom et aurait dû déclencher la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts ; que, s'agissant des revenus distribués de la SASU PROPRENETT, l'administration ne pouvait appliquer le 1° de l'article 109-1 du code général des impôts ;

- la pénalité de 40 % pour manquement délibéré est insuffisamment motivée, le service vérificateur n'apportant pas la preuve de sa mauvaise foi.

Par un mémoire, enregistré le 25 août 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 22 733 euros prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir que :

- par décision du 14 août 2020, elle a prononcé d'office le dégrèvement des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux en litige, à hauteur d'une somme totale de 1 253 euros, correspondant à l'application qui avait été faite, à tort, du coefficient de 1,25 prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts aux bases d'imposition de ces prélèvements ;

- par la même décision, elle a également prononcé le dégrèvement à hauteur de 21 480 euros correspondant à la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts ;

- pour le surplus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Weiswald, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2010 et 2011. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 29 novembre 2013, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2010 et 2011, assorties de pénalités. La réclamation du 3 octobre 2017 présentée par M. C a donné lieu à une décision de rejet en date du 23 décembre 2019. A l'appui de sa requête, M. C doit être regardé comme demandant la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2010 et 2011.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, par une décision en date du 14 août 2020, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, d'une partie des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles M. C a été assujetti au titre de l'année 2011, à concurrence d'une somme totale de 1 253 euros, correspondant à l'application qui avait été faite, à tort, du coefficient de 1,25 prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts aux bases d'imposition de ces prélèvements. Ainsi, les conclusions tendant à la décharge de ces cotisations supplémentaires et des pénalités correspondantes sont, à concurrence de cette somme, devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu, dans cette mesure, d'y statuer.

3. D'autre part, par cette même décision, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a également prononcé le dégrèvement, à hauteur de 21 480 euros, de la majoration de 40 % pour manquement délibéré en litige prévue à l'article 1729 du code général des impôts. Dès lors, les conclusions de la requête de M. C sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, la régularité d'une proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs. D'autre part, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, applicable dès lors que M. C a régulièrement fait l'objet d'une procédure de taxation d'office concernant les revenus d'origine indéterminée : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable, trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ".

5. La proposition de rectification en date du 29 novembre 2013 indique l'imposition concernée, en l'occurrence l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, les années d'imposition qu'elle vise, à savoir 2010 et 2011, ainsi que les conséquences financières du contrôle qu'elle détaille. En outre, elle mentionne les motifs de droit et de fait sur lesquels l'administration fiscale s'est fondée pour procéder aux rectifications litigieuses. En particulier, s'agissant des micro-bic, la proposition de rectification indique qu'en l'absence de déclaration du montant du chiffre d'affaires annuel de la micro-entreprise de M. C, le résultat imposable a été déterminé selon la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 73 du livre des procédures fiscales et que, dans le cadre du droit de communication, les établissements bancaires ont été contactés pour obtenir la copie des chèques encaissés sur ses comptes personnels. Par ailleurs, s'agissant des revenus d'origine indéterminée, la proposition de rectification en litige mentionne que des crédits bancaires correspondant à des remises de chèques et des dépôts d'espèces ne sont ni identifiés, ni justifiés quant à leur origine et/ou leur nature et que le caractère non imposable de ces sommes n'est pas établi par l'intéressé. Enfin, s'agissant des revenus distribués, si le requérant soutient que l'administration fiscale s'est fondée de manière erronée sur le 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts pour lui notifier les redressements contestés, cette circonstance est sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification qui lui a été adressée, le caractère suffisant de la motivation d'une proposition de rectification ne dépendant pas du bien-fondé des motifs retenus. Ainsi, cette proposition de rectification était suffisamment motivée pour permettre à M. C de contester les rappels litigieux, les mentions portées dans cette proposition ayant d'ailleurs permis au requérant de présenter utilement ses observations.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'activité micro-bic :

6. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / () 1° bis Les résultats imposables selon le régime d'imposition défini à l'article 50-0 du code général des impôts dès lors : / a. Qu'un des éléments déclaratifs visé au 3 de l'article précité n'a pas été indiqué () ". Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

7. Il est constant que le service vérificateur a eu recours à la procédure de taxation d'office, prévue par l'article L. 73 du livre des procédures fiscales, pour réintégrer dans le revenu imposable de M. C au titre des années 2010 et 2011 un certain nombre de sommes portées au crédit de ses comptes bancaires dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. En se bornant à faire valoir que l'administration fiscale ne démontre pas que ces sommes représentent des recettes professionnelles liées à l'activité de sa micro-entreprise, le requérant, qui ne conteste pas le recours à cette procédure d'évaluation d'office et qui supporte en conséquence la charge de la preuve en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, n'établit pas que les sommes en cause ne constituaient pas des revenus professionnels.

S'agissant des revenus distribués :

8. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Et aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".

9. D'une part, il résulte de l'instruction que la SAS BATIRRENOVE a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'exercice 2011 qui a mis en exergue des charges non justifiées d'un montant total de 24 392,25 euros, dont une somme de 10 883,03 euros réglée en espèces par le compte caisse de la société, alimenté par des prélèvements sur le compte banque. Ces charges non justifiées ont été réintégrées au bénéfice de la société dont le montant s'est trouvé majoré d'autant. Ce bénéfice n'ayant été ni mis en réserve ni incorporé au capital, n'est pas demeuré investi dans la société et est ainsi constitutif d'une distribution consentie pas cette dernière. En outre, il ressort de la proposition de rectification du 29 novembre 2013, et n'est pas contesté par le requérant, qu'il est associé à 51 % de la société, en est le gérant et est l'unique titulaire du compte bancaire, ouvert auprès de la Société Générale, de cette entreprise. Dans ces conditions, alors que M. C ne conteste pas l'existence de ces charges non justifiées et leur montant, et se borne à soutenir qu'il n'est pas démontré qu'il aurait été bénéficiaire de la somme de 10 883,03 euros constitutive de revenus distribués, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant l'existence d'un bénéfice distribué appréhendé par l'intéressé. Par suite, l'administration pouvait le regarder comme ayant appréhendé les revenus distribués par la société sur le fondement du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts, sans qu'il soit besoin pour elle de recourir à la procédure prévue par l'article 117 du code général des impôts et sans porter atteinte aux droits de la défense.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité de la SASU PROPRENETT, dont M. C est le président et l'associé unique, portant sur l'exercice 2011 a mis en exergue des charges non justifiées d'un montant de 7 174 euros et un solde débiteur de 3 204,63 euros sur son compte courant d'associé au sein de cette société. L'intéressé ne conteste ni le caractère non déductible de ces charges ni leur montant. Dès lors, ces charges n'étant pas déductibles, elles devaient être réintégrés au résultat de la société dont le montant s'est trouvé majoré d'autant. Ce bénéfice n'ayant été ni mis en réserve ni incorporé au capital, n'est pas demeuré investi dans la société et est ainsi constitutif d'une distribution consentie pas cette dernière. Par suite et dès lors que le requérant ne conteste avoir perçu ces sommes, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré qu'elles constituaient des distributions en application des dispositions du 1° de l'article 109-1 précité et devaient être imposées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sans porter atteinte aux droits de la défense.

11. Enfin, s'agissant du solde débiteur du compte courant d'associé de la société, M. C se borne à soutenir que les dispositions du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts n'étaient pas applicable. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification en date du 29 novembre 2013 que l'administration fiscale a imposé cette somme entre les mains de l'intéressé, sur le fondement des dispositions de l'article 109-1 du code général des impôts. Or, les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé et ont donc le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2º du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu. En l'espèce, M. C n'établit ni même n'allègue qu'il n'aurait pas eu la disposition de la somme de 3 204,63 euros. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que cette somme constituait un revenu distribué en application des dispositions de l'article 109-1 du code général des impôts qui devait être imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sans porter atteinte aux droits de la défense.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles M. C a été assujetti au titre de l'année 2011, à concurrence d'une somme totale de 1 253 euros, et de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts à hauteur de 21 480 euros.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et M. D, premiers conseillers, assistés de Mme Magen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J.-B. D

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour ampliation

Le Greffier

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