jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002262 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GRIFFITHS DUTEIL ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 février 2020 et le 23 août 2022, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), représentée par la SELAFA. Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner la société IPODEC Normandie à lui verser la somme de 42 883,51 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 octobre 2019, en indemnisation de ses préjudices résultant du percement d'une conduite de gaz rue Auguste Renoir à Montigny-lès-Cormeilles ;
2°) de mettre à la charge de la société IPODEC Normandie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente dès lors que le réseau de gaz appartient à une personne publique et au domaine public et que les travaux à l'origine de l'endommagement de ce réseau, réalisés pour le compte de la commune de Montigny-lès-Cormeilles, ont le caractère de travaux publics ;
- la requête n'est pas tardive dès lors que l'exigence de liaison du contentieux, et partant, de respect du délai de recours, ne s'applique pas s'agissant d'un recours relatif à une créance en matière de travaux publics, dirigée contre une personne morale de droit privée n'assurant pas de mission de service public ;
- elle est fondée à rechercher la responsabilité sans faute de société IPODEC Normandie dès lors qu'elle a la qualité de tiers par rapport à l'opération de travaux publics conduite par celle-ci ;
- en tout hypothèse, elle est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de société IPODEC Normandie dès lors que la cause du dommage est l'utilisation d'une pelle mécanique et l'absence de marquage piquetage qui lui incombait, ce qui démontre l'insuffisance des précautions prises par cette société ;
- elle n'a pas commis de faute pouvant exonérer la société IPODEC Normandie de sa responsabilité ; cette société ne saurait se prévaloir de l'écart de planimétrie qu'elle invoque dès lors qu'elle n'a pas demandé de précisions complémentaires sur l'implantation du réseau ni le déplacement d'un agent de la société GRDF sur place ; elle a la charge d'un réseau ancien, ce qui génère des incertitudes sur la localisation de ses ouvrages et rend nécessaire les repérages par les entrepreneurs préalablement aux opérations de travaux ;
- elle a le droit à une réparation intégrale du dommage qui doit être assurée par le remboursement des frais de remise en état de la conduite endommagée ;
- le dommage qu'elle a subi pourra être réparé par le versement d'une somme de 11 121,92 euros au titre de l'intervention de l'entreprise TERGI et d'une somme de 31 761,59 euros en raison de la mobilisation de son personnel pour la coupure des arrivées de gaz puis la remise en service du réseau pour un total de 397,58 heures.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 janvier 2021 et le 30 septembre 2022, la société IPODEC Normandie, représentée par Me Duteil, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête compte tenu de son irrecevabilité et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond ;
2°) à titre plus subsidiaire, à la condamnation de la commune de Montigny-lès-Cormeilles à la garantir de toutes les condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre et à titre infiniment subsidiaire, à ce que l'indemnité sollicitée par la société GRDF soit ramenée à de plus justes proportions et soit assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société GRDF et de la commune de Montigny-lès-Cormeilles au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive dès lors que la société IPODEC Normandie a notifié le rejet de la demande indemnitaire préalable de la société GRDF formée le 3 janvier 2018 par un courrier du 27 février 2018 reçu le 8 mars 2018, soit plus d'un an avant son introduction ;
- à titre subsidiaire, les fautes de la victime, tenant au caractère erroné des plans fournis et au défaut d'information sur l'existence d'un précédent sinistre, sont de nature à l'exonérer de sa responsabilité ;
- elle n'a pas commis de faute, d'une part, en utilisant une pelle mécanique, la canalisation de gaz n'étant pas placée dans le fuseau d'incertitude interdisant son utilisation et, d'autre part, en ne procédant pas à un marquage ou à un piquetage dès lors que telles opérations, qui incombaient au demeurant à la commune, ne sont requises que dans le cas où des éléments souterrains sont situés à moins de deux mètres de l'emprise des travaux ;
- à titre infiniment subsidiaire, la commune de Montigny-lès-Cormeilles a commis des fautes, d'une part, en ne l'informant pas d'un précédent sinistre à proximité de la zone des travaux et, d'autre part, en ne réalisant pas le marquage ou le piquetage de la zone sinistrée ;
- la demande indemnitaire de la société GRDF est injustifiée et manifestement excessive.
La requête a été communiquée à la commune de Montigny-lès-Cormeilles qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 juin 2017, un tronçon du réseau d'exploitation de gaz situé rue Auguste Renoir à Montigny-lès-Cormeilles a subi un dommage alors que la société IPODEC Normandie effectuait des travaux de démolition d'un immeuble pour le compte de cette commune. Le 3 janvier 2018, la société Gaz Réseau Distribution France (GRDF), concessionnaire de ce réseau, a adressé une demande indemnitaire à la société IPODEC Normandie. Par un courrier du 27 février 2018, celle-ci a refusé de payer la somme réclamée. Par la présente requête, la société GRDF demande la condamnation de la société IPODEC Normandie à lui verser la somme de 42 883,51 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ces travaux.
Sur la fin de non-recevoir présentée par la société IPODEC Normandie :
2. Il résulte de la modification apportée à l'article R. 421-1 du code de justice administrative par le décret du 2 novembre 2016 que, depuis l'entrée en vigueur de ce décret le 1er janvier 2017, que l'exigence résultant de cet article, tenant à la nécessité, pour saisir le juge administratif, de former un recours dans les deux mois contre une décision préalable, est en principe applicable aux recours relatifs à une créance en matière de travaux publics.
3. Toutefois, si les dispositions de l'article R. 421-1 n'excluent pas qu'elles s'appliquent à des décisions prises par des personnes privées, dès lors que ces décisions revêtent un caractère administratif, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucune règle générale de procédure ne détermine les effets du silence gardé sur une demande par une personne morale de droit privé qui n'est pas chargée d'une mission de service public administratif. Dans ces conditions, en l'absence de disposition déterminant les effets du silence gardé par une telle personne privée sur une demande qui lui a été adressée, les conclusions, relatives à une créance née de travaux publics, dirigées contre une telle personne privée ne sauraient être rejetées comme irrecevables faute de la décision préalable prévue par l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
4. En conséquence, le délai de recours prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'est pas applicable à un recours relatif à une créance née de travaux publics et dirigé contre une personne morale de droit privé qui n'est pas chargée d'une mission de service public administratif. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la société IPODEC Normandie, tirée de ce que la requête formulée par la société GRDF, personne morale de droit privé qui n'est pas chargée d'une mission de service public administratif, serait tardive, doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la survenue d'un dommage de travaux publics :
5. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
6. En l'espèce, il est constant que les préjudices dont la société GRDF demande réparation sont la conséquence de l'endommagement malencontreux d'une conduite enterrée du réseau de gaz le 28 juin 2017 à 10 heures 30, au cours d'une opération de démolition menée par la société IPODEC Normandie, dans le cadre des travaux réalisés pour le compte de la commune de Montigny-lès-Cormeilles. Ainsi, les préjudices en cause résultent d'un dommage accidentel de travaux publics auquel la société GRDF est tierce.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du constat contradictoire signé par les parties le 4 juillet 2017, que la société IPODEC Normandie a endommagé la conduite en litige, de sorte que les dommages sont en relation avec un fait qui lui est imputable, ce qu'elle ne conteste pas. Dès lors, même en l'absence de faute de sa part, la société IPODEC Normandie est responsable vis-à-vis de la société GRDF, tierce aux travaux, des dommages que ces derniers lui ont causés, à moins qu'ils ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
En ce qui concerne l'existence d'une faute de la société GRDF :
8. La société IPODEC Normandie soutient que la société GRDF a commis plusieurs fautes de nature à l'exonérer en totalité de sa responsabilité.
9. En premier lieu, elle soutient que la société GRDF aurait dû l'informer d'un sinistre survenu à proximité de la place Eugène Delacroix trois ans auparavant. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise réalisé par le cabinet TGS pour le compte de l'assureur de la société IPODEC Normandie, qu'un " incident similaire " aurait eu lieu " aux environs " ce qui aurait dû, selon l'expert, alerter la commune sur l'imprécision des plans du réseau de gaz dans le secteur où les travaux en litige ont été effectués. Toutefois, ces constatations, en l'absence de tout autre élément sur la nature de l'incident relaté et sur sa localisation précise, ne suffisent pas à établir l'existence d'une faute de la société GRDF à ce titre.
10. En deuxième lieu, la société IPODEC Normandie fait valoir que la société GRDF lui a fourni un plan erroné.
11. Aux termes de l'article R. 554-25 du code de l'environnement : " I. - L'exécutant des travaux adresse une déclaration d'intention de commencement de travaux à chacun des exploitants d'ouvrages en service mentionnés à l'article précédent et dont la zone d'implantation est touchée par l'emprise des travaux () ". Aux termes de l'article R. 554-26 de ce code : " I. - (). La réponse, sous forme d'un récépissé, est adressée à l'exécutant des travaux qui a fait la déclaration. Elle lui apporte toutes informations utiles pour que les travaux soient exécutés dans les meilleures conditions de sécurité, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants considérés, à une échelle et avec un niveau de précision appropriés, et celles relatives aux précautions spécifiques à prendre selon les techniques de travaux prévues et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages. Elle indique, le cas échéant, la référence des chapitres applicables du guide technique mentionné à l'article R. 554-29 relatifs aux travaux effectués à proximité d'ouvrages spécifiques et les moyens de les obtenir. Elle signale, le cas échéant, les dispositifs importants pour la sécurité qui sont situés dans l'emprise des travaux. II. - L'exploitant peut, à son initiative ou en application de l'arrêté prévu au VI du présent article, apporter tout ou partie des informations nécessaires, notamment celles relatives à la localisation de l'ouvrage, dans le cadre d'une réunion sur site. (). ". Aux termes du I de l'article R. 554-27 de ce même code : " Pour chacun des ouvrages souterrains en service identifiés, le responsable du projet procède ou fait procéder, sous sa responsabilité et à ses frais, à un marquage ou un piquetage au sol permettant, pendant toute la durée du chantier, de signaler le tracé de l'ouvrage et, le cas échéant, la localisation des points singuliers, tels que les affleurants, les changements de direction et les organes volumineux ou présentant une sensibilité particulière. (). ".
12. En outre, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution, dans sa version applicable du 1er janvier 2016 au 1er janvier 2019 : " Les définitions suivantes s'appliquent, au sens du présent arrêté, en complément des définitions de l'article R. 554-1 du code de l'environnement : / 1° Ecart en position : distance entre la position d'un point selon des mesures effectuées en application du présent arrêté et la position de ce même point selon des mesures de contrôle effectuées conformément à l'arrêté du 16 septembre 2003 susvisé ; / 2° Incertitude maximale de localisation : seuil à ne pas dépasser par les mesures d'écart de position ; l'incertitude maximale de localisation est par défaut celle de la classe de précision de l'ouvrage ou du tronçon d'ouvrage correspondant ; toutefois, une valeur plus faible peut être utilisée si elle est garantie par des résultats de mesures effectuées par un prestataire certifié conformément à l'article R. 554-23 ou l'article R. 554-34 du code de l'environnement, ou sous la responsabilité directe de l'exploitant ; / 3° Classes de précision cartographique des ouvrages en service : / ' classe A : un ouvrage ou tronçon d'ouvrage est rangé dans la classe A si l'incertitude maximale de localisation indiquée par son exploitant est inférieure ou égale à 40 cm et s'il est rigide, ou à 50 cm s'il est flexible ; l'incertitude maximale est portée à 80 cm pour les ouvrages souterrains de génie civil attachés aux installations destinées à la circulation de véhicules de transport ferroviaire ou guidé lorsque ces ouvrages ont été construits antérieurement au 1er janvier 2011 ; / "classe B" : un ouvrage ou tronçon d'ouvrage est rangé dans la classe B si l'incertitude maximale de localisation indiquée par son exploitant est supérieure à celle relative à la classe A et inférieure ou égale à 1,5 mètre ; l'incertitude maximale est abaissée à 1 mètre pour les branchements d'ouvrages souterrains sensibles pour la sécurité ;/ "classe C" : un ouvrage ou tronçon d'ouvrage est rangé dans la classe C si l'incertitude maximale de localisation indiquée par son exploitant est supérieure à 1,5 mètre ou si l'exploitant n'est pas en mesure de fournir la localisation correspondante ; les branchements d'ouvrages souterrains sensibles pour la sécurité sont rangés en classe de précision C lorsque l'incertitude maximale de localisation est supérieure à 1 mètre. () ".
13. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'une obligation d'information préalable suffisamment précise notamment sur la localisation des ouvrages susceptibles d'être endommagés par une opération de travaux est mise à la charge de l'exploitant dudit ouvrage et, en cas de dégradations, le responsable de projet ne peut en être tenu responsable si elles ont lieu en dehors du périmètre au-delà de la zone dans laquelle des précautions particulières s'appliquent.
14. Si les exploitants ne sont pas soumis à une obligation de résultat quant à la localisation de leurs ouvrages, l'obligation légale d'information qui leur incombe justifie qu'il soit attendu d'eux une information suffisamment précise permettant d'éclairer le responsable du projet sur les diligences qu'il doit entreprendre dans le cadre d'une opération de travaux.
15. Il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 15 février 2012 que les plans relevant de la classe de précision B indiquent une incertitude maximum de localisation des ouvrages y figurant d'1,50 mètres. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment du constat d'huissier établi le jour du dommage et du rapport d'expertise précité, qu'il existait un décalage de plus de 2 mètres entre l'implantation de la conduite endommagée et celle figurant sur le plan de classe de précision B fourni par la société GRDF à la défenderesse. Cet écart entre la position réelle et celle portée sur le plan est de nature à caractériser une erreur quant à la classe de précision indiquée par la société GRDF sur les plans transmis à la société IPODEC Normandie. A cet égard, si la société GRDF fait valoir qu'elle rencontre des difficultés pour connaître précisément l'implantation de son réseau du fait de son ancienneté, il lui incombait, si elle n'était pas en mesure, comme elle l'allègue, de déterminer avec précision la localisation de son ouvrage, de fournir un plan de classe de précision C, ce qu'il est constant qu'elle n'a pas fait. En outre, si dans la déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT) la société GRDF fait état de précaution à prendre vis-à-vis des indications sur le plan des ouvrages du fait de l'écoulement du temps, ces précautions ne concernent que la profondeur des ouvrages et non pas leur planimétrie. Dans ces conditions, la société GRDF a commis une faute de nature à exonérer la société IPODEC Normandie de sa responsabilité.
En ce qui concerne l'existence des fautes de la société IPODEC Normandie alléguée par la société GRDF :
16. La société GRDF soutient quant à elle que la société IPODEC Normandie a commis des fautes en utilisant un engin mécanique contrairement aux préconisations formulées par la DICT. Toutefois, comme il a été dit au point 15, eu égard aux informations fournies par la société GRDF sur l'emplacement du conduit endommagé, la société IPODEC Normandie n'était pas tenue de respecter cette interdiction d'utilisation d'un engin mécanique à l'endroit où le dommage est survenu qui est situé au-delà de la zone d'incertitude décrite par le plan fourni par la société GRDF. De plus, la seule présence d'un grillage avertisseur placé immédiatement au-dessus de l'ouvrage endommagé, découvert après l'usage d'une telle pelle, ne permettait pas d'avertir la société IPODEC Normandie de la présence d'un ouvrage. Par suite, aucune information ne permettait à l'entrepreneur de connaître de la présence qu'une conduite de gaz sous l'ouvrage à démolir et du caractère inadapté de l'usage d'une pelle mécanique.
17. La société GRDF soutient également qu'il appartenait à la société IPODEC Normandie, qui avait connaissance de la présence d'un ouvrage sensible dans la zone de travaux, d'effectuer le marquage et le piquetage utiles à la détection de ses ouvrages. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise précité que, selon le plan erroné fourni par GRDF, l'emprise des travaux effectuées par IPODEC Normandie n'était pas située dans la zone d'incertitude autour de la conduite endommagée. Il résulte en outre de l'instruction que de telles opérations ne consistent pas à des investigations complémentaires mais se bornent à matérialiser par des tracés la localisation des canalisations cartographiées par l'opérateur. L'absence de ce marquage ou piquetage n'aurait ainsi, en tout état de cause, pas pu être révélatrice d'une quelconque carence de la société défenderesse à ce titre. Par ailleurs, la société GRDF fait valoir qu'il existait un indice visible de la présence de la conduite endommagée, qui aurait dû alarmer l'entrepreneur sur l'inexactitude du plan. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du constat contradictoire, que cet indice se situait à 22 mètres du conduit endommagé et ne permettait ainsi pas à la société IPODEC Normandie de détecter le caractère erroné des tracés figurant sur le plan fourni par la société GRDF.
18. Il résulte de ce qui précède que les fautes invoquées par la société GRDF doivent être écartées et que, dans ces conditions, la faute retenue au point 15, commise par la société GRDF, constitue la cause exclusive des dommages dont elle demande réparation. Ainsi, la faute de la victime est de nature, en l'espèce, à exonérer totalement l'entrepreneur de sa responsabilité. Par suite, la société GRDF n'est pas fondée à demander la condamnation de la société IPODEC Normandie et ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société IPODEC Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société GRDF demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société GRDF une somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes frais exposés par la société IPODEC Normandie et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société GRDF est rejetée.
Article 2 : La société GRDF versera à la société IPODEC Normandie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le surplus des conclusions de la société IPODEC Normandie est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Gaz Réseau Distribution France et à la société IPODEC Normandie.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2002262
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026