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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002507

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002507

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002507
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCHERIF HAUTECOEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2020 sous le n° 2002507, et trois mémoires, enregistrés le 15 janvier 2021 et le 19 novembre 2021 et le 25 avril 2022, Mme B D, représentée par le cabinet d'avocats Cherif Hautecoeur, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, confiée au docteur F, en présence de l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de la caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG) et de la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, dans les mêmes termes que la mission fixée par l'ordonnance du 18 décembre 2018 ;

2°) de condamner l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser, à titre de provision, une somme de 5 000 euros à valoir sur son indemnisation définitive assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 avril 2017, et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge par l'hôpital Beaujon ;

3°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser, à titre de provision, une somme de 15 000 euros à valoir sur son indemnisation définitive assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance à intervenir et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices résultant des complications survenues lors de la prise en charge par l'hôpital Beaujon ;

4 °) de mettre les frais d'expertise solidairement à la charge de l'ONIAM et l'AP-HP ;

5°) de condamner solidairement l'ONIAM et l'AP-HP à lui verser la somme de 1 500 euros correspondant aux honoraires du docteur H, médecin conseil, et la somme de 2 160 euros correspondant aux frais d'expertise taxés et liquidés par l'ordonnance du 14 octobre 2019 en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge solidairement de l'ONIAM et l'AP-HP le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par une ordonnance n° 1807628 du 18 décembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a prescrit une expertise en présence de l'AP-HP, l'ONIAM, la CAMIEG, la caisse générale de la sécurité sociale de la Martinique en vue de décrire si les soins reçus à l'hôpital de Beaujon à compter du mois de septembre 2009 ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science ou si des erreurs médicales ont été commises, si elle a été victime d'un accident médical non fautif ou d'une infection iatrogène, de déterminer la date de consolidation et d'évaluer l'ensemble des préjudices subis ;

- le rapport d'expertise médicale du 28 juillet 2019 a mis en évidence que l'information pré opératoire n'a pas été complètement adaptée à son état de santé antérieur et à son évolution prévisible ; outre cet élément, l'expert n'a pas retenu de fautes médicales de l'hôpital Beaujon dans la prise en charge ; il a également conclu à un accident médical non fautif en raison des conséquences découlant de la fistule anastomotique et les conséquences de la thrombose mixte veineuse et artérielle de l'aine droite, des lésions ischémiques de l'avant pied droit et du gros orteil gauche ainsi que de la plaie latérale de l'uretère droit, considérées comme anomales au regard de son état de santé et de l'évolution prévisible de celui-ci ;

- l'expert a enfin précisé que son état de santé n'était pas consolidé à la date de réunion d'expertise, le 5 juillet 2019, dès lors qu'un nouveau problème s'est produit peu de temps après le dernier changement de la sonde JJ, quelques jours avant la réunion d'expertise et qu'une nouvelle expertise devait être organisée ;

- la créance qu'elle détient n'est pas sérieusement contestable ; les conclusions du rapport d'expertise n'ont pas été contestées ;

- elle est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une provision en l'absence d'information donnée sur la gravité de son état de santé et sur les risques graves de la chirurgie pratiquée ;

- l'expert n'a pas déterminé les préjudices permanents mais a pu évaluer les préjudices temporaires supplémentaires en rapport avec certaines complications survenues considérées comme anormales (thrombose mixte veineuse et artérielle de l'aine droite, lésions ischémiques de l'avant pied droit et du gros orteil gauche et plaie latérale de l'uretère droit) ; le dommage a été à l'origine d'un déficit fonctionnel temporaire d'au moins 50 % et d'une durée supérieure à 6 mois non consécutifs sur une période de 12 mois ; en tenant compte des seules souffrances endurées, elle est fondée à solliciter la condamnation de l'ONIAM au versement d'une provision de 15 000 euros ;

- le rapport d'expertise ne lui a pas été notifié mais seulement à son conseil ; sa demande d'expertise est recevable ; elle ne peut se voir opposer une forclusion ;

- son état de santé n'est pas consolidé ; l'étendue de ses séquelles, les responsabilités et son droit à indemnisation restent à évaluer ;

- l'expert a mis en évidence des complications spécifiques à l'origine de conséquences anormales au regard de son état de santé ; les conditions de gravité et d'anormalité du dommage sont remplies ;

- la victime peut adresser à l'administration toute nouvelle demande préalable portant sur des éléments nouveaux ; elle est recevable à introduire un recours indemnitaire ; en l'espèce postérieurement aux premières opérations d'expertise, un diagnostic a été posé sur le symptôme observé par le docteur F ; une fistule recto-vaginale a été mise en évidence par le chirurgien consulté à l'hôpital Saint-Antoine le 11 septembre 2019 ; l'entier préjudice ne s'est révélé que postérieurement à la réclamation préalable initiale et aux premières opérations d'expertise ; sa demande d'expertise est recevable.

Par un me´moire en défense, enregistre´ le 9 mars 2020, l'ONIAM, représenté par la SCP UGGC Avocats, ne s'oppose pas, tout en formulant les protestations et réserves d'usage, à la mesure d'expertise post-consolidation sollicitée et, et demande au juge des référés de rejeter la demande de provision dirigée à son encontre.

Il soutient que :

- l'anormalité du dommage est sérieusement contestable ;

- l'acte médical n'a pas entrainé des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement ; en conséquence dans la mesure ou eu égard à son état antérieur Mme D risquait une stomie colique définitive et qu'une colostomie a été réalisée, l'acte médical n'a pas entrainé de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles la patiente était exposée ;

- l'état de santé de la requérante n'est à ce jour pas consolidé ; dans ces circonstances il demeure impossible de déterminer de façon certaine que son état est notablement plus grave qu'en l'absence d'intervention ;

- la demande de provision est sérieusement contestable.

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 4 janvier et 6 décembre 2021, l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP) demande au juge des référés de rejeter la requête.

Elle soutient que :

- la nouvelle mesure d'expertise n'est pas utile car une action au fond serait irrecevable car tardive ;

- la demande de provision est sérieusement contestable ;

- la notification du rapport d'expertise au conseil de Mme D fait courir le délai contentieux ;

- sa présence à une expertise post-consolidation n'est pas utile dans la mesure ou l'expert n'a relevé aucun manquement à son encontre.

La requête a été communiquée à la caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG) et à la caisse générale de la sécurité sociale de Martinique qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 1807628 du 18 décembre 2018 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. E, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D fait valoir que, prise en charge en septembre 2009 au sein du service de chirurgie digestive de l'hôpital Beaujon pour un syndrome occlusif en raison de l'existence d'un nodule volumineux d'endométriose de la cloison recto-vaginale, il a été procédé à une iléostomie latérale de décharge provisoire pour lever l'occlusion. Elle ajoute que les suites de la protectomie sous laparoscopie avec une anatomose colorectale, pratiquée le 7 octobre 2009, ont été marquées par divers épisodes ayant nécessité deux reprises chirurgicales les 8 et 12 octobre 2009. Elle ajoute également qu'à la suite de ces interventions elle a présenté plusieurs complications, dont une thrombose artérielle et un hématome capsulaire de la rate dont le traitement, le 26 octobre 2009, a entrainé une ischémie de l'avant pied droit conduisant à l'amputation le 17 décembre 2009 à l'hôpital Bichat des cinq orteils de son pied droit. Mme D fait valoir qu'elle a gardé d'importantes séquelles de ces interventions dont notamment des cystites répétées, une continence anale imparfaite et une infertilité.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'AP-HP :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". L'utilité des mesures sollicitées s'apprécie au regard des actions contentieuses engagées, ou susceptibles de l'être, par des recours recevables.

3. Il résulte de l'instruction que Mme D a saisi l'AP-HP d'une demande indemnitaire préalable le 17 avril 2017. L'AP-HP a notifié à l'intéressée une décision de rejet de sa demande indemnitaire le 4 juin 2018. Le 30 juillet 2018 Mme D a saisi le juge des référés du tribunal de céans aux fins de voir ordonner une expertise médicale. Par une ordonnance n° 1807628 du 18 décembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif a prescrit une expertise médicale confiée à M. G F afin de décrire si les soins reçus à l'hôpital Beaujon à compter du mois de septembre 2009 ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science ou si des erreurs médicales ont été commises, si elle a été victime d'un accident médical non fautif ou d'une infection iatrogène, de déterminer la date de consolidation et d'évaluer l'ensemble des préjudices subis. Le rapport d'expertise a été notifié par voie électronique aux parties le 28 juillet 2019. Le 27 février 2020, Mme D a saisi le tribunal de céans de la présente demande d'expertise complémentaire. L'AP-HP fait valoir que cette demande n'est pas utile, dès lors que la requérante avait deux mois à compter du 28 juillet 2019 pour la saisir d'un recours gracieux à la suite des conclusions de l'expertise ou engager un recours contentieux.

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

5. D'une part, la saisine du juge des référés devant le tribunal administratif d'une demande d'expertise aux fins de rechercher les causes de dommages interrompt le délai de recours contentieux contre la décision rejetant expressément la demande d'indemnité préalable. Ce délai commence à courir de nouveau à compter de la notification au requérant du rapport de l'expert ou de l'ordonnance du juge des référés rejetant la demande d'expertise.

6. D'autre part, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

7. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

8. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment des conclusions du rapport d'expertise du 28 juillet 2019, que l'état de santé de Mme D n'était pas consolidé à la date de l'expertise. Ainsi, lors la réunion d'expertise du 5 juillet 2019, l'expert a constaté qu'un nouveau problème s'était produit peu de temps après le dernier changement de la sonde JJ, quelques jours avant la réunion d'expertise. La requérante fait également valoir qu'une fistule recto-vaginale a été mise en évidence postérieurement par le chirurgien consulté à l'hôpital Saint-Antoine le 11 septembre 2019 et qu'elle a subi le 1er octobre 2019 une iléostomie latérale de dérivation et le 15 novembre 2021 une colostomie définitive. Ainsi, en l'état de l'instruction, les préjudices consécutifs aux nombreuses séquelles présentées par Mme D depuis son syndrome occlusif et les multiples interventions chirurgicales qui en ont découlé, doivent être regardés comme ayant été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision de rejet de sa demande d'indemnisation mais aussi à la date de remise par l'expert de son rapport aux parties. Ainsi, au vu de ce qui précède, la fin de non-recevoir tiré du défaut d'utilité de la demande d'expertise en raison de la tardiveté de la demande indemnitaire de la requérante doit être écartée.

Sur la demande d'expertise :

10. Au vu de ce qui a été dit au point 9, la demande d'expertise de Mme D tendant à fixer la date de la consolidation de son état de santé et à évaluer l'ensemble des préjudices subis présente ainsi un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la participation de l'AP-HP aux opérations d'expertise :

11. L'AP-HP fait valoir que sa participation à une expertise post-consolidation n'est pas utile au vu des conclusions du rapport d'expertise du 28 juillet 2019 qui n'a pas retenu de manquement dans la prise en charge médicale de Mme D effectuée à l'hôpital Beaujon. Toutefois, l'expertise prescrite par la présente ordonnance, qui fait suite à la première expertise ordonnée le 18 décembre 2018 à laquelle a participé l'AP-HP, a pour objet de fixer la date de la consolidation de l'état de santé de la requérante et d'évaluer l'ensemble des préjudices subis lors de la prise en charge médicale à l'hôpital Beaujon et notamment les préjudices consécutifs aux nombreuses séquelles subies révélées postérieurement. Ainsi, en l'état de l'instruction, il y a lieu, dès lors, de faire participer l'AP-HP aux opérations d'expertise.

Sur la demande de provision :

12. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

13. La mesure d'expertise sollicitée dans la présente requête a précisément pour but d'apporter tous éléments utiles pour apprécier si l'état de santé de Mme D est consolidé et déterminer l'ensemble des préjudices subis à la suite de sa prise en charge par l'hôpital Beaujon à compter du mois de septembre 2009. Par suite, en l'état de l'instruction, la créance dont se prévaut Mme D à l'encontre de l'AP-HP et de l'ONIAM ne peut être qualifiée d'obligation non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

14. Au surplus, l'ONIAM fait valoir, au vu des conclusions de l'expert, que les actes médicaux décrits n'ont pas entrainé de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles Mme D était exposée en raison de son état de santé. Ainsi, selon l'ONIAM, la survenue d'une fistule anastomique ne présente pas une probabilité faible au vu des conclusions de l'expert, compte tenu de l'ampleur de l'endométriose présentée (grade IV), de l'évolution décrite par l'expert de cette pathologie et du risque élevé de complication chirurgicale rapporté. Selon l'ONIAM, il ne peut être conclu que le dommage a eu pour Mme D des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible, ce qui exclut la requérante du droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

15. Ainsi, au vu de tout ce qui précède et en l'état de l'instruction, les conclusions aux fins de condamnation au versement d'une provision assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts présentées par Mme D sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

16. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Ainsi il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente instance, de désigner la partie qui supportera la charge des dépens. Les conclusions relatives au versement de la somme de 1 500 euros correspondant aux honoraires du docteur H, médecin conseil, doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Un collège d'experts est désigné. Il sera composé de M. G F, spécialisé en chirurgie digestive, domicilié 16 rue Picot à Paris (75116) et de M. A C, urologue, domicilié au centre hospitalier François Quesnay 2 boulevard Sully à Mantes-La-Jolie (78201). Il aura pour mission :

1°) de décrire après examen clinique l'état de santé actuel de Mme D ;

2°) de décrire les conditions dans lesquelles les soins apportés à l'intéressée se sont poursuivis postérieurement au 28 juillet 2019, date de remise du précédent rapport d'expertise ;

3°) de préciser la probabilité avec laquelle Mme D aurait subi les mêmes dommages si la prise en charge avait été conforme aux données acquises de la science lors de sa naissance, au regard des données statistiques relatives aux patients placés dans des situations analogues en indiquant les références des données médicales fondant l'appréciation ;

4°) de décrire, sans imputer le taux de perte de chance éventuellement retenu, la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme D, en les distinguant de son état antérieur et des conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale si celle-ci s'était déroulée normalement ; à cet égard, d'apporter les éléments suivants :

a) dire si l'état de Mme D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de Mme D en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne est nécessaire à Mme D en raison du dommage pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage en donnant son avis sur les éléments produits par les requérants ;

d) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

e) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

f) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par Mme D à raison des faits en litige et notamment l'incidence du dommage sur l'orientation professionnelle de Mme D ;

5°) de préciser clairement, pour chacun des postes de préjudices :

a) la part qui résulte du manquement et/ou de l'accident médical en cause ;

b) la part éventuelle qui résulterait de faits postérieurs au manquement ou à l'accident médical, survenus dans un autre établissement de santé que celui dans lequel sont survenus le manquement et/ou l'accident en litige.

Le collège d'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme D, de l'AP-HP, de l'ONIAM, de la CAMIEG et de la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.

Article 5 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : Les experts déposeront leur rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 31 mars 2023. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à l'AP-HP, à l'ONIAM, à la CAMIEG, à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, à M. G F, expert, et à M. A C, expert.

Fait à Cergy, le 16 septembre 2022.

Le premier vice-président, juge des référés,

Signé

F. E

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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