mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002645 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | OBADIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mars 2020, 31 juillet 2020, 23 novembre 2020, 10 mai 2022, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 15 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 février 2024, M. et Mme B C, représentée par Me Obadia, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, en droits et pénalités, qui leur ont été assignés au titre au titre des années 2012 à 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en ne motivant pas suffisamment l'imposition de revenus distribués dans les propositions de rectification du 15 décembre 2015 et du 9 décembre 2016, l'administration a méconnu l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et la doctrine administrative référencée BOI -CF-IOR-10-40 N°190 du 12 septembre 2012 ;
- en ne mentionnant pas, dans la réponse aux observations du contribuable du 12 juin 2017, la possibilité de saisir la commission départementale des impôts indirects, l'administration a méconnu les articles L. 10 et L. 59 du livre des procédures fiscales, la charte du contribuable vérifié et a violé le principe de loyauté, les droits de la défense et le principe d'égalité de traitement des contribuables ;
- les majorations pour manœuvres frauduleuses ne sont pas justifiées ;
- les majorations pour manquement délibéré ne sont pas justifiées.
Par ailleurs, ils entendent reprendre à leur compte l'ensemble des moyens soulevés par les SARL Perla, Carla et Hair Bayen dans leurs requêtes introductives d'instance respectivement du 4 novembre 2019, du 18 novembre 2019 et du 4 novembre 2019, ainsi que dans leurs mémoires en défense, en réplique et en duplique récapitulatif produits dans ces trois instances, à savoir que :
- les procédures de redressement de ces sociétés sont irrégulières, en raison de la méconnaissance des article L. 13, L. 47 A, L. 48, L. 57, L. 59, L. 80 D, et R. 198-10 du livre des procédures fiscales ;
- les amendes et pénalités infligées à ces sociétés ne sont pas justifiées ;
- les constatations opérées par les vérificateurs de ces sociétés sont arbitraires et erronées ;
- le rejet de leurs comptabilités est infondé dès lors qu'elles n'ont pas utilisé de logiciel frauduleux ;
- la méthode de reconstitution de leurs recettes est viciée et non probante ;
- c'est à tort que l'administration a estimé que certaines charges n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de ces sociétés et qu'elles l'avaient été dans le seul intérêt de M. C ;
- les frais kilométriques pris en charge par ces sociétés ont été justifiés ;
- le service n'est pas fondé à refuser la déduction des factures d'importation de produits.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 août 2020, 26 janvier 2021, 25 avril 2022, 12 mai 2022 et 25 janvier 2024 , l'administrateur général des finances publiques chargé de la Direction de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire en défense a été enregistré le 16 février 2024 pour l'administrateur général des finances publiques chargé de la Direction de contrôle fiscal Ile-de-France et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain,
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;
- et les observations de Me Gaspar, substituant Me Obadia, pour M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Les SARL Hair Bayen, Carla et Perla, dont M. C est le dirigeant, ont fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2012 à 2015. Suite à ces contrôles, les requérants se sont vu notifier une première proposition de rectification du 15 décembre 2015, tirant les conséquences des revenus distribués par les SARL Carla et Hair Bayen au titre des années 2012, ainsi qu'une seconde proposition de rectification du 9 décembre 2016, tirant les conséquences des revenus distribués par les SARL Carla, Hair Bayen et Perla au titre des années 2013 à 2015 et portant également des rectifications au titre des salaires, des revenus fonciers et des plus-values. Par des réclamations du 4 novembre 2019, rejetées le 14 janvier 2020, M. et Mme C ont contesté certaines de ces impositions supplémentaires. Par la requête susvisée, ils réitèrent leurs prétentions devant le tribunal.
Sur la régularité des procédures d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". L'article R. 57-1 du même livre précise : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". S'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration de mentionner les dispositions du code général des impôts sur lesquelles les rectifications sont fondées. Par ailleurs, hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire à cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 :
3. La proposition de rectification de l'impôt sur le revenu du 15 décembre 2015, relative à l'année 2012, indique que dans le cadre d'une vérification de comptabilité des SARL Carla et Hair Bayen dont M. C est le gérant et l'unique associé, des minorations de recettes dues à l'utilisation d'un logiciel frauduleux ont été relevées. Elle mentionne que ces sommes constituent des revenus réputés distribués par ces sociétés au profit de M. C en application du c) de l'article 111 du code général des impôts, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Au regard des exigences rappelées au point 2, cette proposition de rectification, qui ne précise pas elle-même les modalités de détermination des bases rectifiées et de reconstitution des recettes minorées, et ne renvoie pas expressément aux propositions de rectification adressées aux sociétés Carla et Hair Bayen contenant ces informations, n'est pas suffisamment motivée, alors même qu'elle fait référence, sans autre précision, à des minorations de recettes, et ne permet pas à M. C de contester utilement l'existence et le montant des distributions imposées entre ses mains. Dans ces circonstances, M. C est fondé à soutenir que les impositions résultant de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 ont été établies à la suite d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification du 9 décembre 2016
4. M. et Mme C soutiennent que la proposition de rectification du 9 décembre 2016, relative aux années 2013 à 2015, ne mentionne pas le fondement légal des rectifications envisagées concernant les revenus distribués par la SARL Perla. Toutefois, la lecture du chapitre II 4, commun aux distributions provenant de cette société ainsi que des sociétés Carla et Hair Bayen, permet, sans ambigüité, de comprendre que ces rectifications, similaires à celles afférentes à ces deux dernières entreprises, trouvent leur fondement dans le c) de l'article 111 du code général des impôts. Dans ces conditions, la proposition de rectification en cause comporte, s'agissant des motifs de droit justifiant la taxation des distributions en provenance de la SARL Perla, des indications suffisamment claires pour permettre à M. et Mme C de présenter utilement leurs observations, ce qu'ils ont d'ailleurs fait par lettre du 9 février 2017. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ladite proposition de rectification doit être rejeté.
5. Par ailleurs, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative BOI -CF-IOR-10-40, dès lors que, relative à la procédure d'imposition, elle n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
6. En second lieu, M. et Mme C ne sauraient utilement soutenir qu'en ayant oublié de mentionner, dans sa réponse aux observations du contribuable du 12 juin 2017, la possibilité de demander la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration fiscale les aurait privés de la garantie prévue par l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, aurait méconnu la charte du contribuable vérifié, violé le principe de loyauté, les droits de la défense et le principe d'égalité de traitement des contribuables, entachant de ce fait d'irrégularité la procédure d'imposition suivie à leur égard, dès lors que cette commission n'est pas compétente pour se prononcer sur les impositions en litige, en l'espèce les revenus de capitaux mobiliers, les salaires, les revenus fonciers et les plus-values de cession de parts sociales.
Sur l'existence et le montant des revenus distribués résultant du rehaussement des résultats des SARL Carla, Hair Bayen et Perla :
7. M. et Mme C entendent se prévaloir, en joignant les documents correspondants à l'appui de leur requête, de l'ensemble des moyens soulevés par les SARL Perla, Carla et Hair Bayen dans leurs requêtes introductives d'instance respectivement du 4 novembre 2019, du 18 novembre 2019 et du 4 novembre 2019, ainsi que dans leurs mémoires en défense, en réplique et en duplique récapitulatif produits dans ces trois instances.
8. En premier lieu, l'imposition d'une personne morale à l'impôt sur les sociétés constitue une procédure distincte de l'imposition à l'impôt sur le revenu de son dirigeant ou associé, alors même qu'elle résulterait d'excédents de distribution révélés par une rectification des bases de l'impôt sur les sociétés, que l'administration entend imposer en tant que revenu distribué, entre les mains de son bénéficiaire. Il suit de là que les moyens selon lesquels les procédures d'établissement des suppléments d'impôt sur les sociétés assignés aux SARL Carla, Hair Bayen et Perla auraient été irrégulières sont, compte-tenu de l'indépendance des procédures d'imposition, inopérants au regard des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mis à la charge de M. et Mme C.
9. En deuxième lieu, M. et Mme C ne peuvent utilement reprendre à leur compte les moyens des SARL Carla, Hair Bayen et Perla contestant les pénalités et amendes mises à leur charge, qui sont sans incidence sur leur imposition personnelle.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Par ailleurs aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes. ".
En ce qui concerne les recettes dissimulées :
11. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de visite domiciliaire dans les locaux des SARL Carla, Hair Bayen et Perla, ainsi qu'au domicile de M. C, leur gérant et actionnaire majoritaire, le service a constaté que ces SARL avaient utilisé pendant toute la période vérifiée un système de caisse piloté par le logiciel Marlix. L'administration a également constaté que la société Marlix avait développé une application dénommée Image.exe non installée sur ordinateur, qui permet de supprimer certaines ventes effectuées en espèces et donc d'éluder une partie des recettes. L'exploitation des fichiers a permis de relever plusieurs indices permettant d'établir l'utilisation du fichier suppresseur qui pourrait être Image.exe. Tout d'abord, l'exploitation de la fonction Prefetch du système d'exploitation Windows a permis de montrer que l'exécutable Image.exe avait été lancé à de multiples reprises. En outre, la comparaison des fichiers Avant.fic et des fichiers Fiche.fic pour les mois de septembre 2014 et août 2015 a permis de constater des suppressions de fiches de recettes correspondant à des règlements en espèces. Le service a noté des incohérences entre les données issues des fichiers Fiche.fic et celles issues des fichiers Personne.fic, qui retracent le chiffre d'affaires par employé et qui ne sont pas modifiées par l'application Image.exe. Le service a également relevé la présence dans les données saisies d'un fichier Global.fic, fichier qui enregistre les paramètres de suppression retenus, présence qui permet de confirmer l'utilisation d'une application de suppression de recettes qui semble être l'application Image.exe, même si ladite application n'a pas été retrouvée sur les ordinateurs et clefs USB exploités. En outre, le service a constaté l'existence de ruptures de séquence dans la numérotation des fiches et un taux d'espèces particulièrement bas par rapport aux taux mentionnés dans les fichiers Avant.Fic pour les mois de septembre 2014 et août 2015. De même, la comparaison des recettes figurant dans le fichier Personne.fic et le fichier Fiche.fic a mis en lumière des écarts significatifs et récurrents de recettes.
12. Si les requérants soutiennent que le fichier Image.exe peut correspondre à un virus malveillant du même nom, ils ne l'établissent par aucune pièce. Ils font également valoir que les traces de l'utilisation du logiciel n'ont pas été trouvées après le mois octobre 2014 par l'utilisation de la fonction Prefetch. Toutefois, les ruptures de séquences et les différences constatées en comparant les fichiers Personne.Fic et Fiche.Fic sur l'ensemble de la période vérifiée suffisent à mettre en lumière l'utilisation du logiciel frauduleux pendant toute cette période. De même, s'ils soutiennent que l'existence de ruptures de séquences s'explique par la mise en attente de factures, la mise en place de purges régulières des clients et des factures, l'existence de problèmes de logiciel, de problèmes système ou base de données, d'une part, ils ne produisent aucune pièce pour établir cette allégation et, d'autre part, compte tenu de leur caractère récurrent, les anomalies constatées ne sauraient être expliquées par ces seuls éléments. Enfin, les requérants ne fournissent aucune explication pour justifier les différences constatées entre les résultats figurant dans les fichiers Avant.Fic et ceux figurant dans les fichiers Fiche.Fic ni sur celles constatées entre les fichiers Personne.Fic et Fiche.Fic et, plus globalement, pour démontrer l'absence d'utilisation du mécanisme d'effacement de recettes mis en lumière par le service vérificateur. L'ensemble de ces éléments permet d'établir que les SARL Carla, Hair Bayen et Perla ont utilisé un logiciel frauduleux leur permettant de modifier a posteriori des données de caisse afin d'éluder une partie de leurs recettes.
13. Si les informations de l'application de gestion de caisse ne sont pas reliées électroniquement aux comptabilités de ces SARL, les données qui en sont issues alimentent leurs comptabilités à partir de fiches recettes dites " résumé caisse " imprimées en format PDF et transmises au comptable. Ainsi l'administration était fondée à estimer, compte tenu des nombreuses suppressions de recettes en espèces, constatées de manière récurrentes et massives, résultant des manipulations sus-analysées sur les données de gestion comptable des trois sociétés et contrevenant notamment aux principes de permanence du chemin de révision, que les comptabilités de ces sociétés, si elles étaient régulières en la forme, étaient néanmoins dépourvues de valeur probante.
14. M. et Mme C soutiennent que la méthode de reconstitution de recettes des SARL Carla, Hair Bayen et Perla est radicalement viciée ou excessivement sommaire, le vérificateur s'étant borné à utiliser de manière aléatoire les données des fichiers Fiche.fic, Avant.fic et Enleve.fic. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer le montant des recettes éludées, l'administration a procédé au rapprochement des données des fichiers Fiche.Fic et Personne.Fic. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la méthode proposée par l'administration ne nécessitait pas la connaissance de la documentation technique du logiciel Marlix. En outre, pour reconstituer le montant des recettes éludées par les SARL Carla et Hair Bayen pour l'année 2012, le service a appliqué aux recettes des mois comportant des anomalies de séquence dans la numération des fiches le taux d'espèces relevé dans les périodes sans anomalies constatées. Si M. et Mme C contestent ce taux, ils n'en proposent aucun autre. Il résulte par ailleurs des propositions de rectification adressées aux trois sociétés qu'elle ne s'est pas exclusivement fondée sur les mois de septembre 2014 et août 2015 pour reconstituer les comptabilités des sociétés concernées. Par suite, le moyen tiré de ce que la méthode de reconstitution retenue serait viciée ou excessivement sommaire dans son principe doit être écarté, alors au demeurant que M. et Mme C ne proposent aucune méthode alternative de reconstitution qui permettrait une meilleure approximation que celle de l'administration.
En ce qui concerne les achats de textiles :
15. L'administration n'a pas admis la déduction de taxe et l'admission en charge d'achats de tee-shirts, de sweat-shirts et de serviettes par les trois sociétés concernées, dès lors notamment que ces produits achetés, qui sont réputés porter la marque Franck Provost ont toutefois été acquis auprès d'un fournisseur diffèrent de celui habilité par le franchiseur et qu'ils ne sont pas retracés dans le stock des sociétés. M. et Mme C se bornent à soutenir, sans produire aucune pièce, que ces dépenses ont été engagées dans le cadre d'une politique commerciale agressive pour un public dit haut de gamme. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que ces dépenses n'ont pas été engagées dans l'intérêt des trois sociétés concernées et que ces achats n'ont pas été effectués pour les besoins de leur exploitation.
En ce qui concerne les frais kilométriques :
16. L'administration a également refusé d'admettre en déduction du résultat les indemnités kilométriques versées à son gérant M. C en faisant valoir que les sociétés concernées ne démontraient ni la réalité des déplacements effectués et celle des distances parcourues, ni que la totalité des déplacements indemnisés seraient engagés dans leur intérêt. Si les requérants soutiennent que M. C se déplace deux fois par semaine chez son franchiseur et chez son comptable, ainsi que dans ses trois salons de coiffure, ils ne l'établissent pas aucune pièce produite. Dès lors, l'administration était fondée à refuser la déduction de ces charges.
En ce qui concerne les frais de voyage :
17. L'administration a également refusé la déduction de frais de déplacement de M. C, parfois pour deux personnes, au Maroc où réside sa belle-mère, ainsi que la déduction de voyages aller-retour vers Tel Aviv, des frais d'achat de nourriture, des séjours à l'hôtel et des forfaits coiffure, en estimant qu'il n'était pas établi que ces dépenses seraient effectuées pour les besoins d'aucune des trois sociétés concernées. Les requérants ne versent aucune pièce permettant d'établir que ces dépenses auraient été engagées dans l'intérêt des trois sociétés concernées. Par suite, c'est à bon droit que l'administration les a réintégrées dans leurs résultats imposables.
En ce qui concerne les produits cosmétiques :
18. L'administration a refusé la déduction en charge par la SARL Hair Bayen de factures d'achats de produits cosmétiques. Elle a constaté que la société avait fourni pour justifier ces dépenses un certain nombre de factures en hébreu non traduites et une facture mentionnant le nom de M. A. Il a également relevé que trois factures portaient le même numéro et la même date mais mentionnaient des montants différents, que, sur l'une des trois, la date avait été modifiée à la main et que certaines factures mentionnaient un paiement par la caisse de la société. Il a souligné également l'absence de justificatif d'importation pour les achats supérieurs à 430 euros et a estimé qu'il n'était pas établi que les biens en cause avaient été importés légalement. Ainsi, et compte tenu des incohérences relevées par le service au sujet desquelles aucune explication convaincante n'est apportée par les requérants, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les dépenses en cause n'étaient pas déductibles.
19. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les sommes regardées comme distribuées par les SARL Carla, Hair Bayen et Perla sont constituées de recettes minorées et de charges réintégrées à leurs résultats et dont aucun élément ne permet d'établir ni même de supposer qu'elles auraient été mises en réserve ou incorporées au capital de ces sociétés. Ainsi, en vertu des dispositions de l'article 109 du code général des impôts, les bénéfices non déclarés en litige, qui n'ont pas été investis dans l'entreprise, sont présumés avoir le caractère de revenus distribués.
Sur les pénalités :
20. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Selon les termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
21. En premier lieu, le service établit, d'une part, que les recettes en espèces encaissées par les SARL Perla, Carla et Hair Bayen au cours des périodes vérifiées ont été minorées grâce à l'utilisation d'un logiciel permissif et, d'autre part, que la mise en œuvre des fonctionnalités de ce logiciel permettait de donner à la comptabilité l'apparence de la sincérité malgré un nombre très important de manipulations, caractérisant ainsi l'existence de procédés destinés à égarer l'administration ou, à tout le moins, de restreindre son pouvoir de contrôle. M. C, en tant que dirigeant de ces sociétés, ne pouvait ignorer l'utilisation répétée de ce logiciel et l'organisation de cette fraude, en violation des règles fiscales concernant l'établissement des recettes. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a appliqué la majoration de 80 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts en cas de manœuvres frauduleuses.
22. En second lieu, en relevant que la comptabilisation au titre de charges de l'achat de plusieurs dizaines de milliers de pièces textiles par les SARL Carla, Hair Bayen et Perla, la production de factures et justificatifs ayant pour but de minorer le résultat des sociétés et la prise en compte de charges personnelles de M et Mme C pour la période contrôlée, ne se rapportent pas au fonctionnement normal d'un salon de coiffure, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'existence d'une intention délibérée de M. C d'éluder l'impôt justifiant l'application de la majoration pour manquement délibéré aux impositions correspondantes.
23. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. et Mme C sont seulement fondés à demander la décharge, en droits et pénalité, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2012.
Sur les frais liés au litige :
24. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont déchargés, en droits et pénalité, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2012.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B C et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la Direction de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2002645
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026