jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2002659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HOURBLIN PAPAZIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mars 2020 et le 8 octobre 2020, le conseil départemental des Hauts-de-Seine, représenté par Me Banel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France et le cabinet Gaëtan Le Penhuel à lui verser la somme totale de 121 237,10 euros toutes taxes comprises (TTC) en réparation des préjudices qu'elles lui ont fait subir à raison des désordres affectant le collège Marguerite Duras à Colombes (Hauts-de-Seine), à assortir des intérêts au taux légal jusqu'à parfait règlement et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la société Brézillon, de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France et du cabinet Gaëtan Le Penhuel la somme de 5 000 euros, à parfaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, augmentée des intérêts au taux légal jusqu'à parfait règlement et de la capitalisation des intérêts.
Il soutient que :
- les désordres d'infiltration d'eau, apparus quelques mois seulement après la réception des travaux de démolition et de reconstruction du collège Marguerite Duras de Colombes, sur le site de l'ancien collège Henri Dunant, étaient de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;
- ces désordres provenant d'une défaut affectant la couverture du bâtiment, il y a lieu de condamner solidairement les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France et le cabinet Gaëtan Le Penhuel sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ;
- ainsi que l'a reconnu l'expert, il doit être intégralement indemnisé du préjudice subi par les désordres affectant le collège Marguerite Duras, pour des montants de 64 154,90 euros TTC correspondant au coût des travaux de reprise de la couverture, de 2 758,00 euros TTC correspondant au coût de la mission du bureau de contrôle, de 2 013,00 euros TTC correspondant au remboursement des frais de remise en état des peintures dégradées, de 23 854,56 euros TTC correspondant aux frais et honoraires de l'expert judiciaire, de 13 553,83 euros TTC correspondant au remboursement des frais annexes avancés dans le cadre de l'expertise et de 14 902,79 euros TTC correspondant aux frais d'avocat engagés en amont de la présente instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2020, le cabinet Gaëtan Le Penhuel, représenté par Me Tessier, conclut :
1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;
2)° à titre subsidiaire, d'une part, à ce que le montant total de l'indemnisation allouée au département des Hauts-de-Seine soit limité aux sommes de 42 275 euros hors taxes (HT) au titre des travaux et de 28 625,56 euros TTC au titre de la mission du bureau de contrôle, des frais de peintures et des frais de l'expertise judiciaire, et, d'autre part, à ce que les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France le garantissent à hauteur de 85 % de l'éventuelle condamnation prononcée à son encontre et, enfin, à la limitation à de plus justes proportions des sommes sollicitées au titre du remboursement des frais d'avocat et des frais irrépétibles.
Il fait valoir que :
- il doit être mis hors de cause dans le cadre du présent litige dès lors qu'il n'était pas astreint à une mission complète de surveillance du chantier et qu'il aurait fallu procéder à des sondages destructifs pour vérifier la pose des noues de couverture ;
- s'agissant des travaux de reprise de la couverture, le département des Hauts-de-Seine ne peut pas être indemnisé pour des travaux constituant une amélioration par rapport aux obligations contractuelles des constructeurs et excédant le chiffrage retenu par l'expert judiciaire ;
- les frais annexes avancés dans le cadre de l'expertise et les frais d'avocat engagés en amont de la présente instance sont disproportionnés par rapport au montant du sinistre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2020, les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiments Ile-de-France, représentées par Me Papazian, concluent :
1°) à la mise hors de cause de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France ;
2°) à la limitation de la condamnation prononcée par le tribunal aux montants retenus par le rapport d'expertise et à ce que l'indemnité pouvant être allouée au titre des frais d'avocat soit ramenée à de plus justes proportions.
Elles font valoir que :
- la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France doit être mise hors de cause dans le cadre du présent litige au regard des stipulations de l'article 19 des statuts de la société en participation constituée avec la société Brézillon ;
- la responsabilité du maître d'œuvre est engagée dès lors qu'il n'a pas émis de réserves à la réception des travaux alors que la non-conformité identifiée par l'expert judiciaire était apparente ;
- il y a lieu de retenir uniquement le chiffrage des préjudices figurant dans le rapport d'expertise ;
- en tout état de cause, la société Conseils Calculs Réalisations Travaux (CCRT) intervenant sur ses propres ouvrages, la taxe sur la valeur ajoutée n'est pas applicable.
Par une ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 décembre 2023 à 12 heures.
Vu :
- l'ordonnance n° 1309629 - 1603591 du 28 mai 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. A à la somme de 23 854,56 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;
- et les observations de Me Alibay, représentant le département des Hauts-de-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. Le département des Hauts-de-Seine a entrepris, en 2006, des travaux de démolition puis de reconstruction du collège Marguerite Duras, d'un gymnase de type B+ et d'une section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) sur le site de l'ancien collège Henri Dunant situé 120 rue Henri Dunant à Colombes. Il a ainsi confié, par un acte d'engagement du 11 décembre 2006, une mission de maîtrise d'œuvre à un groupement composé du cabinet Gaëtan Le Penhuel, mandataire, et des sociétés Tech Ingénierie et Martin et Guiheneuf. Par un acte d'engagement du 12 août 2008, le département des Hauts-de-Seine a notifié au groupement composé de la société Brézillon, mandataire, et de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France, le marché de travaux " tous corps d'état " pour la réalisation de l'opération. Ces dernières ont sous-traité le lot " couverture " à la société Conseils Calculs Réalisations Travaux (CCRT). La réception des travaux a été prononcée sans réserves, le 30 juin 2010. Postérieurement à cette réception, le département des Hauts-de-Seine a constaté divers désordres liés à des infiltrations d'eau dans deux logements de fonction ainsi qu'au plafond d'une salle d'arts plastiques du collège, signalés aux sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France par courrier du 2 novembre 2010. Par une ordonnance du 2 mai 2014, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, à la demande du département des Hauts-de-Seine, a prescrit une expertise aux fins notamment de décrire les malfaçons affectant les ouvrages réalisés, de déterminer les causes de ces désordres ainsi que les diverses responsabilités et d'évaluer le coût nécessaire pour y remédier. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 3 avril 2018.
2. Par la présente requête, le département des Hauts-de-Seine demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France et le cabinet Gaëtan Le Penhuel, au titre de leur responsabilité décennale, à lui verser une somme totale de 121 237,10 euros TTC, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait des désordres d'infiltrations d'eau ayant affecté le collège Marguerite Duras.
Sur la garantie décennale des constructeurs :
3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. En application de ces principes, est susceptible de voir sa responsabilité engagée de plein droit toute personne appelée à participer à la construction de l'ouvrage, liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage ou qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage, ainsi que toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe enfin au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise de M. A remis le 3 avril 2018, que postérieurement à la réception des travaux de démolition puis de reconstruction des ouvrages, des infiltrations d'eau sont apparues dans deux logements de fonction ainsi qu'au plafond d'une salle d'arts plastiques du collège Marguerite Duras. Les désordres dans les deux logements de fonction ont perduré malgré les interventions destinées à mettre un terme aux infiltrations d'eau effectuées en 2012 et en 2013 par les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France, lesquelles ont notamment provoqué une dégradation des peintures dans les deux logements concernés. Dans son rapport du 3 avril 2018, l'expert a considéré que les désordres d'infiltrations d'eau étaient liés à la non-conformité de l'utilisation de " noues plates " en couverture compte tenu des prescriptions de la norme NF DTU 40.41 et du degré de la pente générale de la couverture variant entre 5,5 % pour le versant principal et 8,75 % pour le petit versant. Il a également estimé que les noues de la couverture abritant les logements de fonction auraient alors dû être réalisées à " noues encaissées ", puis constaté l'absence de joint transversal à ce niveau. Dans ces conditions, il n'est pas contesté, ainsi que l'a relevé l'expert, que les infiltrations ayant affecté les deux logements de fonction et la salle d'arts plastiques du collège ont rendu l'ouvrage impropre à sa destination. Par suite, les désordres constatés revêtent un caractère décennal, de nature à engager la responsabilité des constructeurs.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
5. Le département des Hauts-de-Seine recherche la responsabilité solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France.
6. En premier lieu, pour retenir la responsabilité du maître d'œuvre au titre de la garantie décennale dans le cadre de sa mission de surveillance de l'exécution du marché, il appartient au juge administratif de rechercher si le comportement du maître d'œuvre présentait un caractère fautif eu égard à la portée de son intervention compte tenu des propres obligations des autres constructeurs.
7. Le cabinet Gaëtan Le Penhuel est intervenu en tant que maître d'œuvre en application d'un acte d'engagement du 11 décembre 2006. Il résulte de l'instruction qu'il était notamment chargé, au cours de la phase de réalisation des travaux, d'une mission de visa des études d'exécution, de direction de l'exécution des travaux ainsi que d'assistance aux opérations de réception et pendant le délai de garantie. Dans son rapport du 3 avril 2008, l'expert a relevé que le maître d'œuvre avait non seulement demandé des détails de plan d'exécution sur les noues de couverture par une fiche VISA MOE n° 18 du 19 mai 2009, mais également formulé des remarques non suivies d'effets par l'entreprise sous-traitante chargée des travaux de couverture. En ne contrôlant pas la prise en compte par l'entreprise de ses remarques au cours des travaux de couverture ou au stade de la réception des ouvrages alors que ce contrôle relevait de sa mission, le maître d'œuvre a manqué à son obligation de surveillance et de suivi des travaux. A cet égard, la circonstance, à la supposer établie, que des sondages destructifs aient été nécessaires pour exercer un contrôle de conformité des noues de couverture au stade de la réception des travaux n'est pas de nature à l'exonérer de sa responsabilité décennale.
8. En second lieu, en l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer les malfaçons susceptibles de rendre l'immeuble impropre à sa destination, malfaçons dont les constructeurs sont, pendant dix ans à compter de la réception des travaux, responsables à l'égard du maître de l'ouvrage sur le fondement des principes régissant la garantie décennale.
9. Il résulte de l'instruction que les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France formaient un groupement d'entreprises solidaires pour l'exécution des travaux qui leur avaient été confiés par le département des Hauts-de-Seine. Si la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France fait valoir qu'elle a constitué, avec la société Brézillon, une société en participation dont l'article 19 des statuts énonce que " l'entreprise Brézillon en tant que mandataire de la société, prendre en charge et fera son affaire de la gestion des dossiers relevant du SAV et du risque Garantie Décennale ", il appert que le département des Hauts-de-Seine n'en est pas signataire. La répartition des responsabilités entre les membres du groupement d'entreprises solidaire, qui a seulement vocation à régir leurs relations dans le cadre du groupement d'entreprises solidaires, n'est donc pas opposable au maître d'ouvrage.
10. Dans ces conditions, étant liés par des contrats de louage d'ouvrage au maître d'ouvrage, et compte tenu de la mise en œuvre défectueuse des noues de couverture par les entreprises et du défaut de surveillance et de suivi des travaux correspondants par le maître d'œuvre, le cabinet Gaëtan Le Penhuel et les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France sont responsables de plein droit envers le maître de l'ouvrage des dommages de nature décennale survenus à l'occasion de la réalisation des travaux auxquels ils ont participé. Alors même que l'expert a proposé une estimation de la part de responsabilité imputable à chacun, ces constructeurs sont solidairement tenus, à l'égard du maître d'ouvrage, à réparer l'entier préjudice en résultant. Le département des Hauts-de-Seine est donc fondé à rechercher la responsabilité solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel, de la société Brézillon et de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France sur le terrain décennal.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant des travaux de reprise de la couverture réalisés par la société Sallandre :
11. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise de la couverture ont été exécutés au premier trimestre 2019 par la société Sallandre pour un montant de 64 154,92 euros TTC. Si les défendeurs font valoir que la différence entre ce montant et le montant retenu par l'expert de 47 448,75 euros HT devrait nécessairement être regardé comme une amélioration de l'ouvrage existant, ils n'apportent aucun élément démontrant que les travaux réalisés apportaient une plus-value à l'immeuble et n'avaient pas uniquement pour objet de le rendre conforme à sa destination. Les défendeurs font également valoir qu'il n'y a pas lieu d'inclure la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dans le montant du préjudice à indemniser dès lors que la société Conseils Calculs Réalisations Travaux (CCRT) est intervenue sur ses propres ouvrages. Toutefois, les travaux en cause comprennent en règle générale cette taxe, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Or, il ne résulte pas de l'instruction que le département des Hauts-de-Seine aurait demandé à être assujetti à la taxe en vertu des dispositions législatives qui lui sont applicables. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements, notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie cependant pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe ayant grevé les travaux de reprise de la couverture soit incluse dans le montant de l'indemnité due au département des Hauts-de-Seine.
12. Dans la mesure où il n'est pas contesté que la société Sallandre a été retenue au terme d'une procédure de mise en concurrence permettant de sélectionner l'offre économiquement la plus avantageuse et que le libellé de la facture du 20 juin 2019 ne fait pas ressortir de prestations étrangères à la correction des désordres affectant la couverture, le département des Hauts-de-Seine est fondé à demander la condamnation solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel, de la société Brézillon et de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France à l'indemniser de la somme de 64 154,92 euros TTC au titre des travaux de reprise, à laquelle s'ajoute la somme de 2 758 euros TTC correspondant à la mission du bureau de contrôle qui n'est pas contestée.
S'agissant des préjudices annexes :
13. En premier lieu, en l'absence de toute contestation par les défendeurs, il y a lieu de considérer que le département des Hauts-de-Seine est fondé à solliciter l'indemnisation des frais de remise en état des peintures des deux appartements de fonction dégradés pour un montant de 2 013 euros TTC.
14. En deuxième lieu, si le département des Hauts-de-Seine sollicite l'indemnisation des frais et honoraires de l'expert pour un montant de 23 854,56 euros, de tels frais seront, le cas échéant, remboursés au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, cette demande doit être rejetée.
15. En troisième lieu, les défendeurs soutiennent que le montant des frais regroupés par le département des Hauts-de-Seine dans la catégorie des " frais annexes qu'il a avancés dans le cadre de l'expertise " sont disproportionnés par rapport au montant des travaux de reprise de la couverture. Toutefois, il n'est pas contesté que ces frais, qui correspondent à la recherche de fuites, à la mise en place de protection dans les appartements dégradés ou à la réalisation d'études de faisabilité pour la reprise de la couverture, ont un lien avec les désordres de nature décennale qui ont été retenus ci-dessus. Par suite, le département des Hauts-de-Seine est fondé à demander la condamnation solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France à l'indemniser de la somme de 13 553,83 euros.
16. En quatrième lieu, le département des Hauts-de-Seine justifie avoir exposé lors de l'expertise judiciaire, par la production d'états liquidatifs, des frais d'avocat pour un montant total de 14 902,79 euros TTC. Ces dépenses, qui ne font pas partie des frais de première instance, doivent être regardées comme ayant été utiles lors de l'expertise judiciaire. Ainsi, le département des Hauts-de-Seine est fondé à en demander réparation.
17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement le cabinet Gaëtan Le Penhuel et les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France à verser au département des Hauts-de-Seine une indemnité de 30 469,62 euros au titre des préjudices annexes. En y ajoutant les sommes mentionnées au point 12 au titre des travaux de reprise, le département des Hauts-de-Seine donc est fondé à demander la condamnation solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel, de la société Brézillon et de la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France à lui verser la somme totale de 97 382,54 euros.
En ce qui concerne les intérêts moratoires et leur capitalisation :
18. Il y a lieu d'assortir la somme de 97 382,54 euros des intérêts au taux légal, comme le demande le département des Hauts-de-Seine, à compter de la date d'enregistrement de sa requête, soit le 3 mars 2020, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts à compter du 3 mars 2021, date à laquelle une année entière d'intérêts était due, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
19. Dans son rapport du 3 avril 2018, l'expert a estimé que les parts respectives de responsabilité des constructeurs mis en cause par le département des Hauts-de-Seine étaient de 80 % pour la société CCRT, sous-traitante du groupement titulaire du marché public de travaux, et de 20 % pour le cabinet Gaëtan Le Penhuel. Aucune pièce ou élément n'est de nature à remettre en cause cette appréciation, le cabinet Gaëtan Le Penhuel n'expliquant pas en quoi un taux différent serait davantage pertinent. Par suite, le cabinet Gaëtan Le Penhuel est fondé à appeler les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France à le garantir à hauteur de 80 % des condamnations prononcées à son encontre.
Sur les dépens de l'instance :
20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. /Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. /L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
21. Par une ordonnance n° 1309629 - 1603591 du 28 mai 2018, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à un montant de 23 854,56 euros.
22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive et solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France.
23. Le département des Hauts-de-Seine demande à ce que cette somme soit majorée des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de la capitalisation des intérêts. En vertu des dispositions citées au point 20 ci-dessus, il appartient au juge administratif de se prononcer sur la charge des frais d'expertise. De ce fait, si la somme mise à la charge d'une partie à ce titre est productive d'intérêts à compter de l'intervention de la décision juridictionnelle dans les conditions fixées par l'article 1231-7 du code civil, elle ne peut, eu égard à sa nature, ouvrir droit au paiement d'intérêts moratoires à une date antérieure à cette décision. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander que la somme mise à la charge du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France au titre des dépens soit majorée des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle la requête a été enregistrée.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Si le département des Hauts-de-Seine demande à ce que la somme allouée à ce titre soit assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de la capitalisation des intérêts, de telles conclusions ne peuvent qu'être écartées pour les mêmes motifs que ceux développés au point 23 ci-dessus.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Le cabinet Gaëtan Le Penhuel et les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France sont condamnés solidairement à verser au département des Hauts-de-Seine une indemnité de 97 382,54 euros TTC avec intérêts au taux légal à compter du 3 mars 2020. Les intérêts échus à la date du 3 mars 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 23 854,56 euros, sont mis à la charge définitive du cabinet Gaëtan Le Penhuel et des sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France.
Article 3 : Le cabinet Gaëtan Le Penhuel et les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France verseront solidairement au département des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les sociétés Brézillon et Bouygues Bâtiment Ile-de-France garantiront le cabinet Gaëtan Le Penhuel à hauteur de 80 % des condamnations prononcées à son encontre.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié au département des Hauts-de-Seine, au cabinet Gaëtan Le Penhuel, à la société Brézillon et à la société Bouygues Bâtiment Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026