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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2002896

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2002896

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2002896
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/. Par une requête enregistrée le 8 mars 2020 sous le numéro 2002896, Mme B D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2019 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2017 d'un montant de 152,45 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est intervenue en méconnaissance des droits de la défense et du respect de la procédure contradictoire ;

- la décision attaquée viole les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le département des Hauts-de-Seine demande au tribunal de le mettre hors de cause.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2020.

II/. Par une requête enregistrée le 3 juillet 2020 sous le numéro 2006068, Mme B D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 16 juin 2020 par lequel le département des Hauts-de-Seine a mis à sa charge la somme de 16 134,04 euros relative à un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2016 au 30 juin 2019 et de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée viole les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dès lors que le bordereau du titre de recettes n'est pas produit ;

- la décision attaquée viole les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'indique pas la base de liquidation de la dette ;

- la dette alléguée est inexistante.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le département des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D et au rejet des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le titre exécutoire en litige a été implicitement mais nécessairement retiré par l'émission d'un nouveau titre exécutoire le 28 septembre 2022.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucune observation en défense.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

III/. Par une requête enregistrée le 3 octobre 2020 sous le numéro 2009988, Mme B D, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2019 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours préalable formé à l'encontre de la décision du 13 août 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu d'un montant de 20 561,52 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er août 2016 au 31 juillet 2019 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 20 561,52 euros ;

3°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme D soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est intervenue en méconnaissance des droits de la défense et du respect de la procédure contradictoire ;

- la décision attaquée viole les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée viole les dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que, d'une part, aucune décision implicite du département des Hauts-de-Seine n'existant, d'autre part, la requête étant tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2020.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les clôtures de l'instruction ont été prononcées à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle ayant donné lieu à un rapport d'enquête établi le 6 août 2019 par un de ses agents assermentés, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a, par une décision du 13 août 2019, notifié à Mme D un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 20 561,52 euros pour la période du 1er août 2016 au 31 juillet 2019. Mme D a formé un recours préalable à l'encontre de cette décision. Par une décision du 11 octobre 2019, le département des Hauts-de-Seine a rejeté ce recours. Par un avis de somme à payer émis le 16 juin 2020, le département des Hauts-de-Seine lui a réclamé le paiement d'un indu de RSA d'un montant de 16 134,04 euros pour la période du 1er août 2016 au 30 juin 2019. Par une décision du 11 septembre 2019, la caisse d'allocation familiales des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2017 d'un montant de 152,45 euros. Mme D demande l'annulation de ces trois décisions.

2. Les requêtes susvisées n°2002896, n°2006068 et n°2009988, qui ont été introduites par la même requérante et présentent à juger des situations proches, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 décembre 2021. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans la requête n°2006068.

Sur l'avis des sommes à payer :

4. Le département des Hauts-de-Seine produit en défense un titre exécutoire daté du 28 septembre 2022, émis pour le recouvrement d'une créance correspondant à un indu de RSA d'un montant de 16 134,04 euros pour la période du 1er août 2016 au 30 juin 2019. Ce titre exécutoire retire, implicitement mais nécessairement, le titre exécutoire émis le 16 juin 2020 et contesté par la présente requête, qui porte sur la même créance. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 16 juin 2020 par le département des Hauts-de-Seine ainsi que celles tendant à la décharger du paiement de cette somme ont nécessairement perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur l'indu de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine applicable entre 2016 et 2019 que la gestion des indus en matière de revenu de solidarité active a été déléguée par le département des Hauts-de-Seine à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine. Par suite, Mme E, en sa qualité de directrice de cette caisse, était compétente pour signer la décision contestée au nom du département des Hauts-de-Seine. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en litige doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3°) () imposent des sujétions () ; / () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

9. En l'espèce, d'une part, la décision du 11 octobre 2019 portant notification à la requérante des indus de revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2016 au 30 juin 2019 indique que " suite au rapport d'enquête après passage d'un contrôleur assermenté à son domicile " qui a retenu la perception de sommes, correspondant à des dons de membres de sa famille ou d'amis, non mentionnées lors de déclarations de ressources trimestrielles de ressources alors qu'ils auraient dû l'être, la requérante est redevable d'un indu de RSA d'un montant de 20 561,52 euros. Dès lors, la décision du 11 octobre 2019 comportant l'ensemble des considérations de droit et de fait devant y figurer en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles (A), et en particulier de l'article L. 262-47 de ce code, qu'il appartient à l'allocataire de présenter un recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, à l'encontre d'une décision lui réclamant le remboursement d'un trop-perçu de RSA. A l'occasion de ce recours, il est loisible à l'allocataire de faire état de tout élément qu'il estime nécessaire de porter à la connaissance de l'administration, qui sera alors mise en mesure d'arrêter définitivement sa position. Le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au RSA. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de communiquer, à la personne à laquelle est réclamé le remboursement d'un indu, le rapport d'enquête établi à la suite du contrôle diligenté par les services de la caisse d'allocations familiales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait intervenue sans que la requérante ait été mis en mesure de présenter des observations écrites ou orales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : / 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision; / 2° Les données traitées et leurs sources ; / 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; / 4° Les opérations effectuées par le traitement ".

12. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige a été notifié à Mme D sur la base du rapport d'enquête établi le 6 août 2019 par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, et d'un entretien qui s'est déroulé le 26 juin 2019 à son domicile. Dès lors, cet indu n'ayant pas été pris sur le fondement d'un traitement algorithmique, Mme D ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". L'article R. 262-89 du même code prévoit que " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

14. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

15. Or, l'article 7 de la convention de gestion du revenu de solidarité active exclut de recueillir l'avis de la commission de recours amiable pour les recours administratifs dirigés contre les décisions relatives au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen selon lequel la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure du fait de l'absence de saisine de cette commission et d'avis rendu dans des conditions régulières est inopérant.

16. En sixième lieu, l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par les biens mobiliers et immobiliers et par les capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

17. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires précitées que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière.

18. Ainsi qu'il a été dit précédemment Mme D a perçu durant la période en litige des aides et dons d'amis et membres de sa famille qui doivent être pris en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité active, quel que soit l'usage qui en est fait. Partant, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il s'agirait de prêts remboursables en l'absence notamment de la production d'une convention de prêt prévoyant les modalités de ce remboursement, c'est à bon droit que le département des Hauts-de-Seine a tenu compte de ces versements dans la détermination du droit au RSA de Mme D et qu'il a, partant, notifié les indus en litiges.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance. / La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2, L. 821-5-1 ou L. 845-3 du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation ". Selon l'article L. 262-46 du même code : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () ". La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme D a délibérément omis de déclarer les sommes versées par des membres de sa famille auprès de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine. Ainsi, elle ne peut se prévaloir de la prescription biennale de l'action en recouvrement des sommes indument payées visée par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. Le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées par l'administration, que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de l'obligation de payer la somme de 20 561,52 euros ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.

En ce qui concerne l'indu de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2017 :

S'agissant de la demande de mise hors de cause du département des Hauts-de-Seine :

22. Il résulte de l'instruction que le litige est relatif à l'attribution de l'aide exceptionnelle de fin d'année, relevant de la compétence de l'État, qui en assure le financement. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre hors de cause le département des Hauts-de-Seine.

S'agissant des conclusions à fin d'annulation :

23. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre des primes exceptionnelles de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

24. En l'espèce, la décision du 11 septembre 2019 mentionne la nature de la prestation indue, c'est-à-dire la seule prime exceptionnelle de fin d'année 2017, le montant de la somme réclamée, soit 152,45 euros, le motif de l'indu, à savoir que Mme D n'était pas éligible à la prime exceptionnelle de fin d'année 2017 faute d'être bénéficiaire du revenu de solidarité active pour les mois de novembre ou décembre 2017. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

25. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu du rapport de contrôle, en date du 31 juillet 2019, réalisé par un agent assermenté et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande ne peut qu'être écarté.

26. En troisième lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction (). ". La décision en litige prise par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, qui est un organisme de sécurité sociale, ne constitue pas une sanction. Par conséquent, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

27. En dernier lieu, il résulte du décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite qu'une aide exceptionnelle, à la charge de l'État et versée par la caisse d'allocations familiales, est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont, sous certaines réserves, droit à cette allocation au titre du mois de novembre de l'année en cours ou, à défaut, du mois de décembre. Il résulte de l'instruction, pour les motifs qui ont été rappelés aux points 16 à 18 ci-dessus, que Mme D n'avait pas droit au versement du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2017 notamment. Il s'ensuit que, ce faisant, elle ne remplissait pas les conditions d'octroi de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2017.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de l'obligation de payer la somme de 152,45 euros ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

29. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions enregistrées sous le numéro 2006068 et présentées par Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le département des Hauts-de-Seine et l'État n'étant pas les parties perdantes dans les affaires enregistrées sous les numéros 2002896 et 2009988, les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme D dans la requête n°2006068.

Article 2 : Le département des Hauts-de-Seine est mis hors de cause s'agissant des conclusions relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2017.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n°2006068 tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 16 juin 2020 et par lequel le département des Hauts-de-Seine a mis à la charge de Mme D la somme de 16 134,04 euros et sur celles tendant à la décharger du paiement de cette somme.

Article 4 : Les conclusions enregistrées sous le numéro 2006068 et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Les requêtes de Mme D enregistrées sous les numéros 2002896 et 2009988 sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au département des Hauts de-Seine.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. CLa République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, et au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui les concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2002896-2006068-2009988

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