mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2003514 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CHIBANE & LESSERT ASSOCIES A.C.L.A. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et un mémoire récapitulatif enregistrés les 16 mars 2020, 8 décembre 2020 et 15 mars 2022, la SCI LES CHATONS FRANCE et sa gérante, Mme B A, représentées par Me Chibane, avocate, demandent, dans le dernier état de ses écritures, au Tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles la SCI LES CHATONS FRANCE a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2014, et des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles Mme A a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, et des pénalités correspondantes ;
3°) à titre subsidiaire, de restituer à la SCI LES CHATONS FRANCE le montant correspondant aux déficits fonciers des exercices 2013 et 2014 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner l'État aux entiers dépens, comprenant notamment le remboursement des frais de constitution d'hypothèque sur le bien proposé en garantie.
Les requérantes soutiennent que :
- la procédure est irrégulière, dès lors que le contrôle a duré plus de trois mois en méconnaissance de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- la procédure de contrôle à l'égard de Mme A est irrégulière, dès lors que le service ne lui a pas adressé d'avis de vérification et ne l'a pas informée de son droit à être assistée par un avocat ;
- les impositions mises à la charge de la SCI LES CHATONS FRANCE au titre de l'année 2013 étaient prescrites au 31 décembre 2016 et l'avis de mise en recouvrement ne lui a été notifié que le 23 janvier 2017 ;
- le service ne pouvait regarder la SCI LES CHATONS FRANCE comme exerçant une activité de marchand de biens, dès lors que, notamment, aucune intention spéculative n'est démontrée, tant à la date d'acquisition du bien qu'à la date de la revente ; la revente du bien est intervenue près de dix ans après son acquisition ; la revente n'était motivée que par la nécessité de financer des travaux ou des procédures judiciaires ; la vente n'est intervenue que sur proposition d'un acquéreur ; le bien était utilisé à titre de résidence principale ;
- les rectifications relatives au paiement par la SCI des dépenses personnelles de Mme A ne sauraient être considérées comme des revenus distribués, dès lors qu'il s'agit de remboursements d'un prêt d'argent consenti verbalement par la gérante à la société ;
- le service n'a pas pris en compte les charges assumées par la SCI LES CHATONS FRANCE.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er octobre 2020 et 4 avril 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens de la requête de la SCI LES CHATONS FRANCE ne sont pas fondés.
Par lettres en date du 30 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge des impositions auxquelles Mme A a été assujettie, en raison de l'absence de réclamation préalable formée par cette dernière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Barraud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI LES CHATONS FRANCE, dont Mme A détient 99 % des parts sociales, a fait l'objet d'un contrôle sur place. Ayant constaté au cours du contrôle que la société requérante se livrait à une activité de marchand de biens, l'administration l'a assujettie aux impôts commerciaux et lui a notifiée, par une proposition de rectification en date du 20 décembre 2016, des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre des années 2013 et 2014 et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014. Par une réclamation préalable en date du 20 mars 2019, la SCI LES CHATONS FRANCE a contesté ces impositions supplémentaires. L'administration a, par une décision du 20 janvier 2020, rejeté cette réclamation.
2. À la suite du contrôle sur place de la SCI LES CHATONS FRANCE, le service a procédé à un contrôle sur pièces de la situation fiscale de Mme A et lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 20 décembre 2016, des rectifications en matière d'impôts sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 et 2014 et des pénalités correspondantes.
Sur la recevabilité des conclusions présentées par Mme A :
3. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () ". Aux termes de l'article R. 196-2 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a. de la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".
4. Il ne résulte pas de l'instruction, s'agissant des conclusions de la requête tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 et 2014, que la saisine du Tribunal par Mme A ait été précédée d'une réclamation préalable adressée au service des impôts dont elle dépend, ayant donné lieu à une décision de rejet expresse ou implicite, en méconnaissance des dispositions citées de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, à défaut d'une telle réclamation préalable, les conclusions aux fins de décharge des impositions supplémentaires mises à la charge de Mme A sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par la SCI LES CHATONS FRANCE :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
5. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " I.- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; / 2° Les contribuables se livrant à une activité agricole, lorsque le montant annuel des recettes brutes n'excède pas la limite prévue au b du II de l'article 69 du code général des impôts () ". Aux termes du 1 de l'article 92 du même code : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. ".
6. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que les sociétés civiles immobilières exerçant une activité de location immobilière, dont les bénéfices ne sont pas imposables selon les règles prévues à l'article 92 du code général des impôts, n'entrent pas dans le champ des prévisions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales organisant, au bénéfice de certaines entreprises à l'activité modeste limitativement énumérées, une garantie spéciale encadrant la procédure de vérification de documents comptables dont ces entreprises peuvent faire l'objet.
7. Il résulte de l'instruction que la SCI requérante a déclaré exercer une activité de location immobilière et qu'elle a fait l'objet d'un contrôle sur place. Il résulte également de l'instruction que ce n'est qu'au cours de ce contrôle sur place que le service a constaté que la SCI LES CHATONS FRANCE se livrait à une activité de marchand de biens et devait être soumise aux impôts commerciaux. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service aurait dû respecter le délai de trois mois prévu à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé :
Quant à la prescription :
8. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. ". En vertu de l'article L. 189 du même livre, la notification d'une proposition de rectification interrompt la prescription.
9. Il résulte de l'instruction que le service a régulièrement notifié la proposition de rectification, en date du 20 décembre 2016, le 26 décembre 2016 et que cette notification était interruptive de prescription. La mise en recouvrement devait intervenir avant l'expiration d'un nouveau délai de prescription de trois ans, prévu à l'article L. 189 du livre des procédures fiscales. Or en l'espèce, les impositions contestées au titre de l'année 2013 ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2016, et notifiées le 23 janvier 2017, soit avant l'expiration du délai de trois ans qui avait commencé de courir à nouveau à compter de l'envoi de la proposition de rectification, interruptive de prescription. Par conséquent, le moyen tiré de la prescription de l'action en reprise de l'administration doit être écarté.
Quant à l'activité de marchand de biens :
10. Aux termes de l'article 35 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières ou qui, habituellement, souscrivent, en vue de les revendre, des actions ou parts créées ou émises par les mêmes sociétés () ". Le 2 de l'article 206 du même code, définissant le champ d'application de l'impôt sur les sociétés, dispose : " () les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt () si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la double condition que les opérations procèdent d'une intention spéculative et présentent un caractère habituel.
11. Il résulte de l'instruction que la SCI LES CHATONS FRANCE a acquis, d'une part, le 19 septembre 2003, un ensemble immobilier situé 41 rue Hardenberg à Bagneux, comprenant, selon le règlement de copropriété en date du 30 septembre 2004, dix lots repartis sur trois bâtiments et, d'autre part, le 13 octobre 2004, un autre ensemble immobilier situé 22 rue Auber à Montrouge comprenant un pavillon et un hangar à usage de garage automobile, transformé en onze lots selon le règlement de copropriété en date du 6 septembre 2012. Il résulte également de l'instruction que la SCI LES CHATONS FRANCE a procédé à des travaux dans ces deux ensembles immobiliers et procédé à la revente, concernant l'ensemble immobilier de Bagneux, du lot n° 1 de le 30 septembre 2004, du lot n° 6 le 20 janvier 2012 et, concernant l'ensemble immobilier de Montrouge, du pavillon le 31 juillet 2009, de deux lots le 6 septembre 2012, d'un appartement de type F2 le 27 septembre 2012, d'un studio le 11 février 2013, d'un appartement de type F2 le 6 février 2014 et du lot n° 12 le 23 mai 2016. Il résulte également de l'instruction que Mme A habitait le lot n° 1 de l'ensemble immobilier de Bagneux jusqu'à sa revente le 30 septembre 2004, puis le pavillon de l'ensemble immobilier de Montrouge jusqu'au 31 juillet 2009 date de sa revente, et enfin une maison, située 2 rue du progrès à Bagneux, acquise par la SCI Starimmo, dont Mme A détenait 99 % des parts sociales. Si la SCI LES CHATONS FRANCE indique que les reventes étaient motivées par la nécessité de faire face à une condamnation judiciaire, une telle circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à justifier l'ensemble des reventes effectuées par la société requérante, une seule vente permettant d'assumer les conséquences de la condamnation dont elle avait fait l'objet. Au regard de ces éléments, cette société doit être regardée comme réalisant de manière habituelle des opérations d'achats d'ensemble immobilier en vue de procéder à leurs reventes par lots et comme manifestant une intention spéculative, ces opérations n'ayant produit que très peu de revenus locatifs ainsi que le fait valoir, sans être contredite, l'administration. En outre, il résulte de l'instruction que la gérante de la société requérante, Mme A, a également créé, en 2007, la SCI Starimmo qui a acheté un autre ensemble immobilier à Bagneux, intégralement revendu en trois lots en 2007 et 2012, puis une SAS GMK Immo ayant une activité de marchand de biens enregistrant trois achats et reventes au titre des années 2015 et 2016. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne démontre pas l'intention spéculative de ses opérations immobilières, leur caractère habituel et, par suite, l'activité de marchand de biens.
Quant aux charges de la SCI LES CHATONS France :
12. Si la société requérante soutient que le service n'a pas pris en compte les charges d'amortissement et de travaux de la SCI à raison d'une activité de marchand de biens, il résulte de l'instruction que le service a admis en déduction des charges pour des montants de 289 784 euros en 2013 et de 290 906 euros au titre de l'année 2014 comprenant des frais de travaux et d'amortissement et que la SCI LES CHATONS FRANCE, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit aucune pièce à même de permettre au Tribunal d'apprécier les charges qui n'auraient pas été, selon elle, déduites par le service. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la présente requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions aux fins de restitution des sommes relatives aux déficits fonciers invoqués.
Sur les frais liés au litige :
14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées sur ce fondement doivent être rejetées.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par les requérantes doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI LES CHATONS FRANCE et de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI LES CHATONS FRANCE et à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
F.-X. PROST
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
C. DUROUX
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026