vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004024 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 14 avril 2020, 29 janvier 2021 et 24 février 2022, M. B A représenté par Me Macouillard demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier d'Argenteuil à lui verser la somme totale de 122 600 euros au titre des préjudices subis à la suite de l'accident de service dont il a été victime le 17 décembre 2009, assortie des intérêts majorés au taux légal à compter du 27 décembre 2019 et de leur capitalisation à compter de la même date ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Argenteuil le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à engager la responsabilité sans faute du centre hospitalier au titre de son accident de trajet du 17 décembre 2019 pour obtenir la réparation des préjudices extrapatrimoniaux temporaires et permanents en résultant à hauteur des sommes suivantes :
- 23 800 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 20 000 euros au titre des souffrances physiques et morales temporaires ;
- 30 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 25 000 euros au titre des souffrances physiques et morales permanentes ;
- 23 800 euros au titre du préjudice d'agrément ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2020, 23 septembre 2021 et 23 mars 2022, le centre hospitalier d'Argenteuil, représenté par Me Alibert, conclut au rejet de la requête. Il demande également que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir :
- à titre principal que la demande indemnitaire est couverte par la prescription quadriennale dès lors que la date de consolidation de l'accident de service du 17 décembre 2009 dont le requérant a été victime a été fixée au 16 décembre 2012 ;
- et à titre subsidiaire que la demande indemnitaire n'est pas fondée.
Par une ordonnance du 28 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Colin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique,
- et les observations de Me Macouillard représentant M. A et les observations de Me Alibert représentant le centre hospitalier d'Argenteuil.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent des services hospitaliers qualifié, exerçait les fonctions de brancardier au sein du centre hospitalier d'Argenteuil. Le 17 décembre 2009, il a été victime d'un accident de trajet, entrainant une gonalgie du genou gauche et des douleurs à la cheville droite, reconnu imputable au service et dont la date de consolidation a été fixée au 16 octobre 2012 avec un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 5%, puis à 10% à la suite d'une contre-expertise réalisée le 3 juillet 2013. Le 7 janvier 2015, il a été victime d'une rechute concernant son genou gauche dont la date de consolidation a été fixée au 25 avril 2018. Le taux d'incapacité permanente partielle a été fixé à 15%. Le 29 août 2018, il a été victime d'une rechute concernant sa cheville droite dont la date de consolidation a été fixée au 6 novembre 2018 avec un taux d'incapacité permanente partielle maintenu à 15%. Le 1er mars 2019, il est victime d'une rechute, liée à un syndrome dépressif, dont la date de consolidation a été fixée au 20 juin 2019. Après une expertise médicale du 23 avril 2019 ayant conclu que l'intéressé était dans l'incapacité totale et définitive d'exercer ses fonctions puis un avis rendu par la commission de réforme du 20 juin 2019 il a été admis, par une décision du 2 décembre 2019, à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er janvier 2020. Par une réclamation du 20 décembre 2019, reçue par l'administration le 27 décembre suivant, M. A a formé une demande indemnitaire en vue d'obtenir la réparation, au titre de la responsabilité sans faute, des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'accident de service du 17 décembre 2009. Par une décision du 12 février 2020, le centre hospitalier a rejeté cette demande préalable. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme globale de 122 600 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de l'accident de service du 17 décembre 2009.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale opposée en défense :
2. Tout agent public, victime d'un accident de service, est en droit d'obtenir de la personne publique qui l'emploie soit, en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire à la rente viagère d'invalidité ou à l'allocation temporaire d'invalidité à laquelle il peut prétendre, destinée à réparer ses préjudices personnels ainsi que, le cas échéant, ses préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux indemnisés par cette rente ou cette allocation, soit, dans le cas où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité, la réparation intégrale de l'ensemble de ses préjudices.
3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". L'article 2 de la ladite loi précise que : "la prescription est interrompue par : toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".
4. S'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. La consolidation de l'état de santé de la victime d'un dommage corporel fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentaient un caractère certain permettant de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir. Si l'expiration du délai de prescription fait obstacle à l'indemnisation de ces préjudices, elle est sans incidence sur la possibilité d'obtenir réparation de préjudices nouveaux résultant d'une aggravation directement liée au fait générateur du dommage et postérieure à la date de consolidation. Le délai de prescription de l'action tendant à la réparation d'une telle aggravation court à compter de la date à laquelle elle s'est elle-même trouvée consolidée.
5. Pour l'application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, s'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de la prescription quadriennale est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées.
6. Il résulte de l'instruction que, suivant l'avis de la commission de réforme du 21 mars 2013, le centre hospitalier a fixé, par un arrêté du 12 avril 2013, la date de consolidation de l'accident de trajet du 17 décembre 2009 au 16 octobre 2012, que suivant l'avis de la commission de réforme du 18 octobre 2018 il a fixé, dans sa décision du 19 octobre suivant la date de consolidation de la rechute du 7 janvier 2015 au 25 avril 2018, que suivant l'avis de la commission de réforme du 13 décembre 2018, il a fixé la date de consolidation de l'accident de trajet du 30 août 2018 à la date du 6 novembre 2018 et que suivant l'avis de la commission de réforme du 20 juin 2019, il a fixé, par sa décision du 24 juin 2019, la date de consolidation de la rechute du 1er mars 2019 au 20 juin 2019. Le délai de la prescription quadriennale prévue par les dispositions précitées qui a commencé à courir, s'agissant de la créance indemnitaire détenue sur le centre hospitalier d'Argenteuil au titre des préjudices subis par M. A à raison de l'accident de trajet du 17 décembre 2009, au 1er janvier 2013, a été interrompu par la communication du rapport d'examen médico-légal du 28 août 2014, ayant trait au fait générateur de la créance, a recommencé à courir à compter du 1er janvier 2015 et a expiré le 31 décembre 2018 sans que le courrier du 12 septembre 2018 par lequel il a été convoqué à une expertise médicale ne puisse être regardé comme ayant de nouveau interrompu la prescription dès lors que cette convocation faisait suite à la déclaration par le requérant de sa rechute du 28 août 2018 et qu'il ne pouvait ignorer, quand bien même le courrier mentionnait, que cette expertise sera réalisée " dans le cadre du suivi de son accident de trajet du 17 décembre 2009 " que l'expertise était liée à cette rechute. Il s'ensuit que la créance afférente aux dommages propres à l'accident 17 décembre 2009 dont se prévaut le requérant était déjà prescrite à la date du 20 décembre 2019 à laquelle M. A a présenté sa réclamation indemnitaire préalable.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter auprès du centre hospitalier d'Argenteuil l'indemnisation au titre de la responsabilité sans faute des préjudices liés à l'accident de trajet survenu le 17 décembre 2009.
Sur les frais du litige :
8. Le centre hospitalier d'Argenteuil n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier présentées sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Argenteuil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier d'Argenteuil.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
assistées de Mme Bonfanti, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Colin
La présidente,
Signé
H. Le Griel
La greffière,
Signé
D. Bonfanti
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2004024
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026