mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004081 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOILEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 avril 2020, le 19 octobre 2021, le 13 mai 2022 et le 22 juin 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 18 février 2022 et le 9 novembre 2022, M. H G et Mme D F épouse G, représentés par Me Guillon, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier René Dubos et l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser à M. G la somme de 1 717 610,95 euros en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de l'affection iatrogène qu'il a contractée à la suite de son intervention chirurgicale du 24 avril 2017 ayant conduit à l'amputation de son membre inférieur droit à mi-cuisse, et à Mme G la somme de 45 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison de ce même dommage ;
2°) à titre subsidiaire, si une nouvelle expertise devait être ordonnée, de condamner le centre hospitalier René Dubos et l'ONIAM à verser à M. et Mme G la somme provisionnelle de 80 000 euros en réparation de leurs préjudices et de condamner alors l'ONIAM aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier René Dubos et de l'ONIAM une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le dommage subi par M. G, amputé de son membre droit au niveau de la cuisse, a été causé par une thrombopénie induite par l'héparine à la suite de l'intervention chirurgicale de remplacement de sa prothèse unicompartimentale du genou droit par une prothèse totale de genou qu'il a subi au centre hospitalier René Dubos le 24 avril 2017 ;
- cette affection est constitutive d'un accident médical non fautif, dont l'indemnisation relève de la solidarité nationale, et a été aggravée par un retard fautif de diagnostic et de prise en charge de cette affection de 72 heures par le centre hospitalier René Dubos, de nature à engager la responsabilité de l'établissement ;
- le centre hospitalier René Dubos avait déjà commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité lors de la pose de sa première prothèse de genou en 2015, qui ont été à l'origine du descellement de cette prothèse, lequel a rendu nécessaire la seconde intervention de 2017 ;
- le centre hospitalier René Dubos et l'ONIAM doivent être condamnés à verser à M. G, en réparation des préjudices temporaires et permanents qu'il a subis un montant total de 1 717 610,95 euros résultant des sommes de :
. 6 642 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne jusqu'à la consolidation de son état de santé ;
. 720 euros au titre des dépenses engagées pour être assisté dans la conduite des opérations d'expertise ;
. 2 000 euros au titre de menus frais ;
. 4 500 euros au titre de l'acquisition d'un véhicule d'occasion et des frais associés ;
. 5 000 euros au titre de frais de déplacement ;
. 5 873,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
. 40 000 euros au titre des souffrances endurées ;
. 700 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
. 629 079,38 euros au titre des dépenses de santé futures ;
. 58 030,87 euros au titre des frais de logement adapté ;
. 141 694,40 euros au titre des frais de véhicule adapté ;
. 615 370,80 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne permanents ;
. 150 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
. 15 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;
. 30 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;
. 15 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;
- le centre hospitalier René Dubos et l'ONIAM doivent être condamnés à verser à Mme G, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait du dommage de son époux, la somme de 45 000 euros au titre de ses préjudices moral et sexuel et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2021, le 14 mai 2022, le 8 juin 2022 et le 14 septembre 2022, le centre hospitalier René Dubos, représenté par Me Boileau, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de toutes les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation de sa responsabilité à une perte de chance d'éviter le dommage de 15 %, à ce que les sommes réclamées par les requérants et par la caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG) ainsi que celle demandée par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient ramenées à de plus justes proportions et au rejet des autres demandes formulées par la CAMIEG à ce titre.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité doit être écartée dès lors qu'aucun lien causal certain n'existe entre les fautes qu'il a commises lors de la prise en charge de M. G en 2017 et le dommage, et qu'il n'a commis aucune faute lors de sa prise en charge en 2015 ;
- à titre subsidiaire, si sa responsabilité devait être retenue, celle-ci devrait être limitée à une perte de chance d'éviter le dommage de 15 % ;
- à titre subsidiaire, les demandes indemnitaires de M. et Mme G et I sont surévaluées ou insuffisamment justifiées, et les débours futurs exposés par la CAMIEG ne pourront être indemnisés que sous forme d'une rente.
Par des mémoires enregistrés le 22 juillet 2021, le 13 avril 2022 et le 9 juin 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, conclut :
1°) à titre principal, à ce que soit ordonné, avant dire droit, une nouvelle expertise au contradictoire de l'ONIAM examinant notamment si des manquements ont été commis lors de la pose de la prothèse unicompartimentale en 2015 ;
2°) à titre subsidiaire, à sa mise hors de cause et au rejet de toutes conclusions dirigées à son encontre.
Il fait valoir que :
- une nouvelle expertise présenterait un caractère utile dès lors que des éléments produits en cours d'instance suggèrent que des fautes ont été commises par le centre hospitalier René Dubos lors de la pose de la première prothèse de M. G en 2015, qui pourraient être à l'origine de l'intervention litigieuse, et n'ont pas été examinées dans le cadre de la première expertise ;
- la première expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation n'était pas au contradictoire de l'ONIAM qui était dès lors dans l'incapacité de solliciter une extension de la mission d'expertise ;
- les conditions d'engagement de la solidarité nationale ne sont pas réunies dès lors que les fautes du centre hospitalier René Dubos sont à l'origine de l'entier dommage.
Par des mémoires enregistrés le 18 mai 2022, le 15 juillet 2022 et le 30 mars 2023, la caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG) demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier René Dubos à lui verser la somme de 349 787,18 euros en remboursement de ses débours passés et futurs en lien avec l'accident dont a été victime M. G, majorée des intérêts au taux légal à compter de la date de lecture du jugement à intervenir ;
2°) de condamner le centre hospitalier René Dubos à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier René Dubos la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a exposé des débours pour un montant total de 98 161,21 euros au titre des frais d'hospitalisation, pharmaceutiques, médicaux, de transport et d'appareillage de M. G en lien avec le dommage entre le 24 avril 2017 et le 15 mars 2018 ;
- elle devra exposer dans le futur des frais d'un montant de 251 625,97 euros au titre de dépenses de santé et notamment d'appareillage en lien avec le dommage.
Par ordonnance du 27 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;
- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gallo, substituant Me Guillon, représentant M. et Mme G, et J, représentant l'hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, né le 13 septembre 1949, a bénéficié le 9 février 2015 d'une première intervention chirurgicale au centre hospitalier René Dubos à Pontoise (95), désormais hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise (NOVO), pour la pose d'une prothèse unicompartimentale au genou droit en traitement de sa gonarthrose. Le 15 janvier 2016, il a été victime d'un accident de la circulation, renversé par un véhicule à faible allure. Début 2017, il a consulté au centre hospitalier René Dubos pour des gonalgies droites qu'il attribuait à cet accident. Un descellement de sa prothèse ayant été diagnostiqué, M. G a dû subir, le 24 avril 2017, une deuxième intervention de reprise chirurgicale, dans le même établissement, consistant au remplacement de la prothèse unicompartimentale posée le 9 février 2015 par une prothèse totale du genou droit.
2. Dans les suites de cette opération, M. G a bénéficié d'un traitement anti-coagulant prophylactique par héparine de bas poids moléculaire (HBPM), le Lovenox, administré par injection sous-cutanée. Il a rapidement présenté des symptômes inflammatoires avec fièvre et œdème du genou et de la jambe droite, puis une plaque rouge au point d'injection évoluant vers une nécrose locale, ainsi qu'une chute de son taux de plaquettes et une perte de sensibilité de son membre inférieur droit. Le 4 mai 2017, M. G a refusé l'injection de Lovenox, qui a été remplacé par de l'Orgaran, un anti-coagulant de substitution, et a été transféré le lendemain, à sa demande, à l'hôpital Bichat, établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, où a été diagnostiquée une thrombopénie induite à l'héparine (TIH), à l'origine d'une thrombose des artères fémorale et poplitée des deux membres. Le jour même de son admission dans cet établissement, le 5 mai 2017, il a bénéficié d'une première intervention de chirurgie vasculaire en urgence consistant en une thrombo-aspiration bilatérale fémoro-poplitée et tibiale postérieure avec fibrinolyse in-situ, afin d'aspirer et de dissoudre les caillots formés. En parallèle, une allergie croisée à l'Orgaran a été trouvée, conduisant à son remplacement par un autre anti-coagulant. En dépit d'une nouvelle intervention de thrombo-aspiration avec thrombolyse au membre inférieur droit le 6 mai 2017, une ischémie de ce membre s'est installée, conduisant à une amputation au niveau trans-tibial le 11 mai 2017, puis à mi-cuisse le 15 mai 2017. Après une nouvelle intervention de chirurgie artérielle le 2 juin suivant, l'évolution du membre gauche de M. G a en revanche été favorable. Il est ensuite resté hospitalisé en médecine interne à l'hôpital Bichat jusqu'au 26 juin 2017 puis a été transféré au centre de rééducation Jean Calvé de Berck-sur-mer où il a séjourné jusqu'au 20 septembre 2017.
3. Le 6 juin 2018, M. G a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de l'Île-de-France d'une demande d'indemnisation. Une expertise a été confiée par la CCI au Dr E, réanimateur et infectiologue, et au Dr B, chirurgien vasculaire, qui ont remis leur rapport le 16 janvier 2019. Selon ces experts, l'amputation du membre droit de M. G a été rendue nécessaire par une thrombopénie induite à l'héparine sous une forme grave, associée à une allergie croisée à l'Orgaran, affection iatrogène rare, aggravée par un retard de diagnostic et de prise en charge de cette complication par le centre hospitalier René Dubos. Aux termes d'un avis rendu le 20 mars 2019, la CCI a estimé que l'indemnisation du dommage devait être mise à la charge du centre hospitalier René Dubos à hauteur de 15 % et à la charge de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à hauteur de 85 %. Cet avis n'a été suivi d'aucune proposition d'indemnisation à l'attention de M. G, qui n'a pas saisi l'ONIAM d'une demande de substitution au centre hospitalier René Dubos. Par des courriers du 19 décembre 2019, M. G a adressé des demandes d'indemnisation préalables au centre hospitalier René Dubos et à l'ONIAM, auxquelles il n'a pas été répondu. Ultérieurement, M. G a également fait réaliser une expertise privée confiée par l'assureur du tiers responsable de son accident de la circulation de 2016 au Pr C, chirurgien orthopédique, qui estimait, dans un rapport remis le 10 juillet 2020, que le descellement de la prothèse de M. G en 2017 n'avait pas été causé par son accident de la voie publique de 2016 mais par des manquements fautifs du centre hospitalier René Dubos lors de la pose de sa première prothèse en 2015.
4. Par la présente requête, M. et Mme G demandent la condamnation du centre hospitalier René Dubos et de l'ONIAM à réparer leurs préjudices résultant de l'amputation du membre droit de M. G. La caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières (CAMIEG), caisse d'assurance maladie du requérant, agent retraité d'EDF, demande la condamnation du centre hospitalier René Dubos à lui verser les sommes qu'elle a prises en charge pour M. G. L'ONIAM demande à ce que soit ordonnée une expertise complémentaire.
Sur la responsabilité :
5. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.
6. D'une part, en vertu du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique (CSP), l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
7. D'autre part, si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité.
8. Par ailleurs, le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise ordonné par la CCI, remis par le Dr E et le Dr B, et est constant, que l'ischémie du membre droit de M. G, qui a rendu nécessaire son amputation au niveau de la cuisse le 11 mai 2017, avait pour origine une thrombopénie induite par l'héparine, affection iatrogène causée par le traitement anti-coagulant qui lui a été administré dans les suites de l'intervention de reprise de sa prothèse de genou le 24 avril 2017, aggravée par une allergie croisée à l'anti-coagulant de substitution à l'héparine en première intention qu'est l'Orgaran. Les experts ont également estimé, ce qu'aucune des parties ne conteste, que cette intervention a été réalisée dans les règles de l'art et que le traitement prophylactique à l'héparine de bas poids moléculaire dans ses suites était également conforme aux bonnes pratiques. Les experts ont également précisé qu'en l'absence de traitement prophylactique par anti-coagulant au décours d'une intervention de pose d'une prothèse totale de genou, 60 % des patients contractent une thrombose veineuse profonde. Dans ces conditions le traitement par héparine administré à M. G ne peut être regardé comme ayant entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles il était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Toutefois, les experts soulignent que la probabilité de survenance d'une thrombopénie induite par l'héparine de bas poids moléculaire est inférieure à 1 % et que seuls 5 à 10 % des patients allergiques à l'héparine le sont également à l'Orgaran. Dès lors, l'amputation de M. G présentait une probabilité faible et doit par conséquent être regardée comme une conséquence anormale du traitement qui lui a été prodigué. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 16 janvier 2019 que M. G souffre en raison de cette amputation et des autres séquelles qu'il garde de cette affection d'un déficit fonctionnel permanent de 50 % et peut ainsi être regardé comme remplissant le deuxième critère de gravité permettant d'ouvrir droit aux requérants à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
10. Néanmoins, il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Pr C, professeur des universités praticien hospitalier et chef de service de la chirurgie orthopédique et traumatologique du centre hospitalier universitaire d'Amiens Picardie, que seules 13 % des prothèses unicompartimentales du genou telle que celle posée à M. G le 9 février 2015, doivent faire l'objet d'une reprise chirurgicale dans les dix ans après leur pose, dont 33 % dans les deux ans, soit seulement 4,7 % de toutes ces prothèses, et que les facteurs de risques identifiés pour une telle reprise précoce étaient, selon une étude réalisée en 2013 sur un nombre total de 869 prothèses unicompartimentales du genou, " un interligne ascensionne de plus de 2 mm, un varus tibial de plus de 3°, une pente tibiale de plus de 5° ou une inversion de pente tibiale". Selon ce même rapport, les clichés post-opératoires de M. G en 2015 révélaient " un varus de l'embase tibiale de 6° avec une absence de couverture complète du plateau tibial, sans appui cortical latéral ", qu'avait été mis en place " un insert en polyéthylène de 11 mm d'épaisseur témoigne d'une coupe trop généreuse sur le tibia, avec un appui sur un os-sous chondral moins solide " qui " s'accompagnait d'une élévation de l'interligne articulaire ", et démontraient " une pente tibiale inversée avec 4° de pente antérieure " ainsi qu'une " position vicieuse du composant fémoral, totalement médialisé, avec un appui asymétrique sur l'embase tibiale ", tous ces éléments étant facteurs d'un descellement précoce de la prothèse. Ces éléments de pur fait, tant s'agissant des vices relevés dans la pose de la prothèse unicompartimentale, que de leur caractère de facteurs de risque identifiés statistiquement d'un descellement de celle-ci avant deux ans, tels qu'ils résultent des études mentionnées par cet expert, qui ne peuvent être regardées comme empreintes de partialité en dépit de la circonstance que le Pr C avait initialement été désigné par l'assureur du tiers responsable de l'accident de la circulation dont le requérant a été victime le 15 janvier 2016, ne sont pas contestés en défense par le centre hospitalier René Dubos. Dans ces conditions, ces vices révèlent des fautes techniques commises par l'établissement lors de l'intervention de pose de la première prothèse de M. G le 9 février 2015 et doivent être regardés comme ayant causé de manière directe et certaine le descellement de cette prothèse constaté en janvier 2017.
11. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment des conclusions des experts désignés par la CCI ayant examiné en particulier les évènements postérieurs à l'opération du 24 avril 2017, que M. G a présenté dès le 26 mai 2017 un syndrome inflammatoire avec un œdème du genou et de la jambe droite, qu'il faisait part le 27 mai 2017 de troubles de la sensibilité avec " l'impression que son pied droit est en brique ", puis que le 1er mai 2017, soit après 7 jours de traitement par héparine, étaient constatés une chute de son taux de plaquette de 40%, une rougeur au point d'injection du traitement " évoluant sur le mode nécrotique " et enfin un taux de plaquettes de 62 000 éléments par millimètre cube le 3 mai 2017, caractérisant une thrombopénie. Il n'est pas sérieusement contesté que ces symptômes auraient dû faire évoquer, à l'équipe soignante du centre hospitalier, une TIH dès le 2 mai 2017, les experts relevant qu'" une TIH doit être évoquée dans plusieurs circonstances, en particulier si : la thrombopénie survient, le plus souvent, dans les 5 à 10 jours suivant le début du traitement ", si " la numération plaquettaire est ( 100 000 elts/mm3 " et s' " il existe une diminution de plus de 40 % par rapport à la numération initiale ", et la conduire, dès le 2 mai 2017, à administrer à M. G un traitement de substitution à l'héparine ainsi qu'à poursuivre une surveillance attentive. Dans ces conditions, le retard de diagnostic et de traitement de l'affection iatrogène contractée par le requérant est également constitutif d'un manquement fautif du centre hospitalier René Dubos qui serait de nature à engager sa responsabilité au titre d'une perte de chance de se soustraire à l'amputation, que les experts de la CCI avaient évaluée à 15%.
12. Il résulte de tout ce qui précède, dès lors que l'affection iatrogène ayant conduit à l'amputation de M. G a été contractée au décours d'une intervention rendue nécessaire par le descellement précoce de sa prothèse unicompartimentale, laquelle a été causée par les fautes commises par le centre hospitalier René Dubos en 2015, que le lien de causalité entre ces fautes et l'affection iatrogène contractée par l'intéressé est direct et de nature à engager l'entière responsabilité de l'hôpital NOVO pour la réparation de l'ensemble des préjudices résultant de l'intervention du 24 avril 2017 et de l'affection qu'il a contractée dans ses suites.
Sur les préjudices de M. G :
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
13. Il résulte du rapport d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de M. G peut être fixée au 20 janvier 2018, alors que, né le 13 septembre 1949, il était âgé de 68 ans.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
14. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
15. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune. Les règles rappelées ci-dessus ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne. L'indemnisation doit alors être diminuée du montant de cet excédent.
16. Pour la période avant consolidation, il résulte du rapport d'expertise que le besoin d'assistance par une tierce personne en lien avec le dommage peut être évalué à trois heures par jour pendant quatre mois, à partir du retour à domicile de M. G le 20 septembre 2017 et jusqu'au 20 janvier 2018. Il résulte de l'instruction que cette aide quotidienne lui est apportée par son épouse, Mme G. Il y a lieu de calculer l'indemnisation de ce besoin sur la base d'un coût horaire moyen du salaire minimum au cours de la période en cause, majoré afin d'inclure les charges sociales, soit un taux horaire fixé à 20 euros par heure, et de retenir une base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés. Sur cette base, le montant de l'indemnité due au titre de l'assistance par une tierce personne s'élève, pour la période considérée, à la somme de 8 330,30 euros.
Quant aux frais divers :
17. En premier lieu, M. G sollicite la somme de 720 euros au titre de frais d'assistance à la mission d'expertise dont il s'est acquitté auprès d'un médecin conseil. Il en justifie par la production d'un état de frais et d'honoraire du Dr A en date du 25 avril 2018. Ni la réalité de cette dépense, ni son lien avec le dommage n'étant contestés, il y a lieu de l'indemniser à hauteur de 720 euros.
18. En deuxième lieu, M. G demande à être indemnisé d'un montant de 2 000 euros au titre de menus frais exposés lors de ses séjours hospitaliers et de frais postaux. Si le récapitulatif de frais qu'il produit est peu probant dès lors qu'il résulte des seules déclarations du requérant lui-même, il justifie de dépenses engagées pour la copie de son dossier médical, ainsi que des factures de frais de télévision et de téléphone au centre hospitalier René Dubos et au centre Calvé, pour un montant total de 242,11 euros. Ces dépenses étant en lien avec le dommage, il y a lieu de l'indemniser à hauteur de ce montant.
19. En troisième lieu, le requérant demande une somme de 5 000 euros en remboursement de frais de déplacement pour lui-même et son épouse, pour se rendre à l'hôpital et aux opérations d'expertise. Il ne justifie toutefois pas, par les pièces qu'il produit, à savoir des copies de tickets de métro et de justificatifs d'achat de pass navigo, ainsi qu'un tableau récapitulatif de frais kilométriques, du lien entre ses dépenses et le dommage. Dans ces conditions, cette demande sera rejetée.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte du rapport d'expertise qu'entre le 24 avril 2017 et le 20 janvier 2018, le déficit fonctionnel temporaire de M. G en lien avec l'intervention du 24 avril 2017 et les complications qui l'ont suivie a été de 100% du 23 avril 2017, jour de son hospitalisation au centre hospitalier René Dubos, au 20 septembre 2017, jour de son retour à domicile, soit pendant 4 mois et 27 jours et de 75% du 20 septembre 2017 au 20 janvier 2018, soit pendant 4 mois. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme 4 740 euros.
Quant aux souffrances endurées :
21. Les souffrances endurées par M. G avant consolidation, imputables à la faute de centre hospitalier René Dubos, ont été fixées par l'expert, qui relève notamment une souffrance psychique très marquée, à 5,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 20 350 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
22. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 5 sur 7. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 11 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux dépenses de santé :
23. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'en raison de l'amputation de sa jambe droite à mi-cuisse, l'état de santé de M. G nécessite le port d'une prothèse fémorale, l'utilisation de deux cannes anglaises pour la marche et le recours à un fauteuil roulant.
24. M. G demande à être indemnisé des frais d'acquisition et de renouvellement d'un manchon sur mesure de marque Siocx, d'une prothèse équipée d'un genou de marque Genium X3 et d'un pied de marque EmPower, prothèses intelligentes et résistantes à l'eau, à la corrosion et à la poussière, ainsi que d'un fauteuil roulant motorisé avec assistance à la propulsion.
25. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. G requiert l'usage d'un fauteuil roulant pour ses déplacements en intérieur et en extérieur au-delà d'une distance d'un kilomètre. S'il résulte de l'instruction que l'acquisition et le renouvellement de son fauteuil à propulsion manuel sont pris en charge par la CAMIEG, M. G doit être regardé comme justifiant de la nécessité d'un fauteuil roulant à propulsion électrique et justifie, par la production d'un devis en date du 7 novembre 2018, d'un reste à charge de 5 546,32 euros pour l'acquisition d'un tel fauteuil, dont il doit être indemnisé. Il sera en outre fait une juste appréciation du préjudice résultant du renouvellement de cet appareillage tous les cinq ans en l'évaluant à la somme de 17 500 euros.
26. D'autre part, il résulte toutefois de l'instruction que M. G dispose d'une prothèse fémorale, de cannes anglaises dont il n'est pas établi qu'ils ne sont pas totalement pris en charge par la CAMIEG. L'intéressé n'apporte aucun élément de nature à établir que son état de santé ou la pratique d'une activité physique ou sportive régulière nécessiteraient qu'il dispose des prothèses de haute-technicité qu'il réclame. Il suit de là que la demande présentée par M. G au titre des dépenses d'acquisition et de renouvellement de ces différentes prothèses ne peut qu'être rejetée.
27. Il résulte de ce qui précède que M. G doit être indemnisé des frais d'acquisition et de renouvellement d'appareillage restant à sa charge à hauteur de 23 046,32 euros.
Quant aux frais de logement adapté :
28. Lorsque le préjudice à réparer consiste dans l'aménagement du domicile de la victime d'un dommage corporel, il ouvre droit à son indemnisation alors même que la victime n'a pas avancé les frais d'aménagement.
29. Il résulte du rapport d'expertise que le handicap de M. G nécessite des travaux d'adaptation de la salle de bain et des toilettes de sa maison, l'élargissement des portes pour le passage du fauteuil roulant et des travaux permettant l'accès à la maison et au garage. M. G demande la somme de 58 030,87 euros, montant qu'il justifie par la production de devis, au titre de travaux d'adaptation de son logement à son handicap et d'adaptation de son installation électrique. Si le centre hospitalier conteste la nécessité des travaux demandés relatifs à l'installation d'un portail coulissant et l'aménagement de l'allée permettant l'accès au jardin et au poulailler, ceux-ci peuvent être regardés comme tendant à permettre à M. G d'accéder à l'ensemble de son habitation et apparaissent par conséquent justifiés. Il en résulte que l'indemnisation de l'intéressé au titre de ce chef de préjudice doit être fixé à la somme demandée de 58 030,87 euros.
Quant aux frais de véhicule adapté :
30. M. G demande à être indemnisé d'une part de l'achat d'un véhicule automobile à boite automatique d'occasion en février 2018 pour un montant de 2 000 euros ainsi que de frais de cours de conduite, de carte grise et d'adaptation du véhicule pour un montant supplémentaire de 2 500 euros et d'autre part des surcoûts liés à l'achat et au renouvellement d'un véhicule neuf de type " van " à boîte automatique, par rapport à un modèle de taille plus modeste, bénéficiant d'adaptations en sus, pour un montant total de 141 694 euros. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. G nécessite l'acquisition et le renouvellement d'un véhicule automobile adapté à son handicap, étant fait mention à cet égard de la nécessité d'une boîte automatique.
31. En premier lieu, M. G ne justifie pas de la nécessité de cours de conduite en lien avec son handicap. La demande d'indemnisation à ce titre sera donc rejetée.
32. En deuxième lieu, seul le préjudice financier lié à la nécessité d'adaptation du véhicule de M. G à son handicap est indemnisable. Par conséquent, la demande d'indemnisation au titre des frais d'immatriculation du véhicule acquis d'occasion ne peut qu'être rejetée.
33. En troisième lieu, M. G ne justifie pas de la nécessité d'adaptation supplémentaire de son véhicule en sus de la présence d'une boîte automatique tels qu'une boule au volant ou divers dispositifs figurant au devis qu'il présente pour un montant total supérieur à 20 000 euros. Sa demande d'indemnisation à ce titre sera rejetée.
34. En dernier lieu, il y a seulement lieu d'indemniser les surcoûts liés à l'acquisition et au renouvellement d'un seul véhicule automobile adapté. Dès lors qu'il ne justifie pas des frais d'acquisition de son véhicule d'occasion, sa demande formulée à ce titre sera rejetée. Il sera néanmoins fait une juste appréciation du préjudice qu'il a subi au titre du surcoût que représente l'acquisition d'un véhicule neuf de type " van " muni d'une boîte automatique en l'évaluant à la somme de 13 500 euros. Il sera en outre fait une juste appréciation du préjudice lié à l'achat et au renouvellement tous les sept ans d'un tel véhicule, en tenant compte de la revente de celui-ci au terme des sept ans, en l'évaluant à une annuité de 4 400 euros soit à un montant capitalisé de 70 000 euros, en faisant application de la table de capitalisation 2022 de l'ONIAM des rentes viagères pour un homme de 68 ans, âge de M. G à la date de la consolidation de son état de santé. Il résulte de ce qui précède que M. G doit être indemnisé des frais de véhicule adapté pour un montant total de 83 500 euros.
Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :
35. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le besoin permanent d'assistance non spécialisée par tierce personne de M. G est évalué à trois heures par jour d'assistance ménagère et cinq heures par semaine pour l'entretien du jardin et du potager.
36. Pour la période allant du 20 janvier 2018, date de consolidation de l'état de santé de M. G, à la date de la présente décision, le montant de l'indemnité au titre de l'assistance par tierce personne, calculé selon les modalités définies au point 16, peut ainsi être arrêté, en l'absence d'aide extérieure perçue à ce titre, à la somme de 180 531,79 euros.
37. Pour la période postérieure à la mise à disposition du jugement, il y a lieu de procéder à l'indemnisation des besoins de M. G sous forme d'un capital. S'agissant de la détermination du taux de cette aide, il convient de retenir, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de l'évolution du segment particulier dans le marché de l'emploi et du niveau de qualification requis, un taux horaire d'assistance non spécialisée de 25 euros. Dans ces conditions, les besoins d'assistance par tierce personne de M. G peuvent être évalués à la somme de 38 257,14 euros pour une année. Dans ces conditions, en l'absence d'aide extérieure perçue à ce titre, il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à verser à M. G une somme de 448'832,80 euros calculée sur la base d'une annuité capitalisée en application de la table de capitalisation 2022 de l'ONIAM des rentes viagères pour un homme de 74 ans, âge de M. G à la date du présent jugement.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
38. En l'espèce, le déficit fonctionnel permanent de M. G en lien avec le dommage a été évalué à 50 % par l'expert. Dans ces conditions, en tenant compte de l'âge du requérant à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 90 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
39. Le préjudice d'agrément est le préjudice spécifique lié à la possibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs qu'elle justifie avoir pratiqué avant la réalisation du dommage.
40. M. G soutient qu'il est incapacité, en raison du dommage, de pratiquer des les activités sportives et de loisirs qu'il pratiquait auparavant telles que le jardinage, la taille de haies, l'élagage des arbres, le bricolage, la conduite de sa moto et l'entretien de sa voiture. Toutefois, en l'absence de justificatifs d'activités spécifiquement pratiquées par le requérant avant le dommage, il n'établit pas l'existence d'un préjudice distinct de celui déjà indemnisé au titre du déficit fonctionnel permanent. Par suite, il ne saurait obtenir aucune indemnisation à ce titre.
Quant au préjudice esthétique permanent :
41. Le préjudice esthétique permanent de M. G a été évalué à 5/7 par l'expert. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
42. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. G souffre d'une perte de libido en lien avec le dommage, du fait d'une grande souffrance psychique depuis son accident. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.
Sur les préjudices de Mme G :
43. Mme G, épouse de M. G, demande à être indemnisée d'un montant total de 45 000 euros au titre de ses préjudices moral et sexuel et des troubles dans ses conditions d'existence en raison de l'amputation de son époux. Il résulte de l'instruction qu'au surplus des souffrances physiques et morales importantes subies par son époux, le quotidien du couple a été profondément affecté par son handicap, Mme G lui apportant son soutien physique et moral au quotidien. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des préjudices moral et sexuel, et des troubles dans ses conditions d'existence subis par Mme G en raison du dommage en les évaluant aux sommes respectives de 10 000 euros, 5 000 euros et 5 000 euros, soit un montant total de 20 000 euros.
44. Il résulte de tout ce qui précède que l'hôpital NOVO doit être condamné à verser 949'324,19 euros à M. G et 20 000 euros à Mme G.
Sur les demandes I :
45. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.
En ce qui concerne les dépenses de santé :
S'agissant des frais de santé engagés jusqu'au 15 mars 2018 :
46. En premier lieu, la CAMIEG soutient qu'elle a pris à sa charge la somme de 98 161,21 euros au titre des frais d'hospitalisation, pharmaceutiques, médicaux, de transport et d'appareillage en lien avec le dommage entre le 24 avril 2017 et le 15 mars 2018. Il résulte de l'instruction et, notamment, du détail des débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil I, que ces frais sont en lien avec le dommage résultant de l'intervention subie par M. G le 24 avril 2017 et de ses suites. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner l'hôpital NOVO à lui verser la somme de 98 161,21 euros à ce titre.
S'agissant des frais de santé engagés après le 15 mars 2018 :
47. Il résulte de l'instruction et en particulier des débours et de l'attestation d'imputabilité versés par la CAMIEG à l'instance, que cette dernière justifie également avoir dû exposer des frais médicaux, pharmaceutiques, radiologiques et d'appareillage après la date du 15 mars 2018 et devoir s'en acquitter à l'avenir, compte tenu du handicap du requérant, pour un montant évalué à 18 952,02 euros par an.
48. En premier lieu, la CAMIEG a droit au remboursement de ces débours versés entre le 15 mars 2018 et la date du présent jugement pour un montant de 18 952,02 euros par an, soit de la somme de 108'935,17 euros, que l'hôpital NOVO doit être condamné à lui verser.
49. En deuxième lieu, le remboursement à la caisse par le tiers responsable des prestations qu'elle sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente. Il ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord. S'agissant, en revanche, des préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations de sécurité sociale, il appartient au juge de décider si la réparation par le tiers responsable doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable, sans que le choix ne soit subordonné à l'accord du responsable.
50. Il résulte de l'instruction que l'établissement n'a pas donné son accord pour la capitalisation des sommes dues à la CAMIEG. Il a donc lieu d'allouer à cette dernière le remboursement de ses débours exposés à partir de la date du présent jugement sur justificatifs à mesure de leur engagement.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
51. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 euros et 1 162 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. ".
52. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner l'hôpital NOVO à verser à la CAMIEG la somme de 1 162 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
53. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
54. La CAMIEG a droit au versement des intérêts au taux légal à compter du 18 mai 2022, date de sa première demande, sur la somme de 207'096,38 euros allouée par le présent jugement.
Sur la demande d'expertise de l'ONIAM :
55. Aux termes de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique : " La commission régionale désigne aux fins d'expertise un collège d'experts choisis sur la liste nationale des experts en accidents médicaux, en s'assurant que ces experts remplissent toutes les conditions propres à garantir leur indépendance vis-à-vis des parties en présence (). La commission régionale fixe la mission du collège d'experts ou de l'expert, s'assure de leur acceptation et détermine le délai dans lequel le rapport doit être déposé. Lorsque l'expertise est collégiale, le rapport est établi conjointement par les membres du collège d'experts. Elle informe sans délai l'Office national d'indemnisation institué à l'article L. 1142-22 de cette mission. () Le collège d'experts ou l'expert s'assure du caractère contradictoire des opérations d'expertise, qui se déroulent en présence des parties ou celles-ci dûment appelées. Ces dernières peuvent se faire assister d'une ou des personnes de leur choix. Le collège d'experts ou l'expert prend en considération les observations des parties et joint, sur leur demande, à son rapport tous documents y afférents. () ".
56. L'ONIAM demande à ce que soit ordonnée une nouvelle expertise médicale au motif d'une part que l'expertise médicale du 16 janvier 2019 diligentée par la CCI n'a pas été réalisée à son contradictoire et d'autre part que cette expertise est incomplète dès lors qu'elle omet de rechercher si des fautes aurait pu être commises lors de l'intervention subie par M. G le 9 février 2015. Toutefois, alors que le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre de l'ONIAM qui n'est ainsi aucunement lésé par ses conclusions, ainsi qu'il a été dit aux points 8 à 12, le tribunal s'estime suffisamment informé par les éléments versés aux débats et notamment ceux résultant de l'expertise du Pr C qui ont pu être discutés dans le cadre de la présente procédure juridictionnelle, une nouvelle expertise ne présente pas, en l'état de l' de caractère utile. Dans ces conditions, le Tribunal disposant, du fait de l'ensemble des données recueillies par l'instruction, de tous les éléments d'information nécessaires à la solution du litige, il n'y a pas lieu d'ordonner une nouvelle expertise.
Sur les frais liés au litige :
57. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'hôpital NOVO le versement d'une somme globale de 2 000 euros à M. et Mme G et le versement d'une somme de 1 000 euros à la CAMIEG en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : L'hôpital NOVO versera à M. G la somme de 949'324,19 euros.
Article 2 : L'hôpital NOVO versera à Mme G la somme de 20 000 euros.
Article 3 : L'hôpital NOVO versera à la CAMIEG la somme de 207'096,38 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 mai 2022.
Article 4 : L'hôpital NOVO est condamné à rembourser à la CAMIEG les dépenses de santé exposées après la date du présent jugement à raison du dommage subi par M. G, sur justificatifs à mesure de leur engagement, dans les conditions prévues au point 50 de ce jugement.
Article 5 : L'hôpital NOVO versera la somme de 1 162 euros à la CAMIEG sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 6 : L'hôpital NOVO versera à M. et Mme G la somme globale de 2 000 euros, et à la CAMIEG une somme de 1 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 :
Le présent jugement sera notifié à M. H G et Mme D F épouse G, à la caisse d'assurance maladie des industries électriques et gazières, à l'hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
La présidente,
signé
E. CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026