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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004086

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004086

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004086
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROCHE-BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2020, M. A C, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Gonesse (Val-d'Oise) à lui verser la somme de 260 000 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gonesse la somme de 1 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la créance n'est pas prescrite ;

- la commune de Gonesse a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité à son égard :

o elle a manqué à son obligation de sécurité, d'une part, en lui faisant manipuler des charges lourdes en dépit des préconisations médicales, ce qui a entraîné un premier accident de service en 2011, et, d'autre part, en le réaffectant à son ancien poste de serrurier en 2017 en méconnaissance des recommandations de la commission de réforme, ce qui a entraîné un second accident de service en 2018 ;

o elle l'a placé irrégulièrement en congé de longue maladie entre février 2016 et août 2017, dont six mois à demi-traitement, alors que la prolongation de ses arrêts de travail étaient manifestement liés à l'accident de service de 2011 ;

- sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages résultant de ces accidents de service non couverts par les réparations forfaitaires ;

- au titre du préjudice patrimonial, il a subi une privation de traitement en lien avec son placement irrégulier en congé de longue maladie et une perte de revenus depuis son placement en retraite anticipée pour invalidité, qui est de l'ordre de 700 euros par mois, et de 500 euros par mois à partir du moment où il aurait dû partir en retraite ;

- au titre du préjudice extrapatrimonial temporaire avant consolidation de son premier accident de service en février 2016, il est fondé à demander une indemnité pour les souffrances endurées et pour le déficit fonctionnel temporaire qui peut être évalué à 750 euros par mois jusqu'à la date de consolidation ;

- au titre du préjudice extrapatrimonial permanent, il est fondé à demander la réparation de son déficit fonctionnel permanent correspondant à son taux d'invalidité de 25 %, de ses souffrances psychiques et morales et du préjudice d'agrément lié aux difficultés à effectuer les gestes élémentaires de la vie quotidienne et à la baisse de sa libido ;

- tous chefs compris, les préjudices subis peuvent être évalués à la somme de 260 000 euros.

La requête a été communiquée à la commune de Gonesse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;

- et les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été employé par la commune de Gonesse (Val-d'Oise) comme agent technique, entre 1987 et 2019. A la suite de deux accidents de travail survenus en mars 2011 et septembre 2018, il a été placé en retraite pour invalidité à compter du 8 septembre 2019. Par une demande préalable du 16 décembre 2019, implicitement rejetée, il a sollicité de la commune de Gonesse la réparation des préjudices qu'il prétend avoir subis du fait des manquements à l'obligation de sécurité de l'employeur, de son placement irrégulier en congé de longue maladie entre février 2017 et août 2018 et de ses accidents de service. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner la commune de Gonesse à l'indemniser de ces préjudices à concurrence d'une somme globale de 260 000 euros.

Sur la responsabilité de la commune de Gonesse :

En ce qui concerne le placement de M. C en congé de longue maladie entre février 2016 et août 2017 :

2. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. C, à la suite du premier accident de travail qu'il a subi le 31 mars 2011, a été consolidé au 18 février 2016. Si l'intéressé affirme que la prolongation ultérieure de ses arrêts de travail est en lien avec cet accident, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune de Gonesse aurait commis une faute en le plaçant d'office en congé de longue maladie entre février 2016 et août 2017.

En ce qui concerne les accidents de travail des 31 mars 2011 et 7 septembre 2018 :

3. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire, qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 15 février 2019 de la commune de Gonesse, que les accidents de travail de M. C ont été reconnus imputables au service et qu'une rente viagère d'invalidité lui a été attribuée dans le cadre de sa mise à la retraite anticipée. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si la commune de Gonesse a manqué à son obligation de sécurité, M. C est fondé à demander l'indemnisation des préjudices patrimoniaux et personnels qui résultent des accidents des 31 mars 2011 et 7 septembre 2018 dans les conditions énoncées au point précédent.

Sur les préjudices et leur lien avec les accidents de service :

Sur les préjudices patrimoniaux :

5. En premier lieu, si M. C se prévaut d'une privation de revenus liés à son placement en congé de longue maladie entre février 2016 et août 2017, ce préjudice est dépourvu de tout lien de causalité avec les accidents de service qui engagent la responsabilité sans faute de la commune de Gonesse. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, la commune n'a commis aucune faute en plaçant d'office l'intéressé en congé de longue maladie.

6. En second lieu, M. C soutient que sa retraite anticipée l'expose à une perte de revenus de l'ordre de 700 euros par mois par rapport à ses anciennes fonctions et, à terme, à une perte de retraite d'environ 500 euros par mois. Toutefois, ces préjudices, liés à l'incidence professionnelle de l'incapacité causée par les accidents de service, sont couverts par l'attribution de la rente d'invalidité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à en demander réparation.

Sur les préjudices extrapatrimoniaux :

7. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ".

8. En l'état de l'instruction, les éléments du dossier ne permettent pas au tribunal de s'estimer suffisamment éclairé pour se prononcer sur l'étendue des souffrances temporaires et du déficit fonctionnel temporaire endurés par M. C, de son déficit fonctionnel permanent, lequel intègre les souffrances permanentes et les troubles dans les conditions d'existence, et du préjudice d'agrément dont il se prévaut. Par suite, il y a lieu d'ordonner, d'office, une expertise aux fins définies ci-après.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La responsabilité sans faute de la commune de Gonesse est engagée à raison des accidents de service des 31 mars 2011 et 7 septembre 2018.

Article 2 : Il sera, avant de statuer sur l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances temporaires, du déficit fonctionnel permanent et du préjudice d'agrément subis par M. C, procédé à une expertise avec mission, pour un expert spécialisé en préjudice corporel, de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C ;

2°) décrire les blessures et pathologies résultant de l'accident survenu le 31 mars 2011, leur évolution et les traitements mis en œuvre, de leur apparition jusqu'à la date de l'expertise ;

3°) déterminer l'importance du déficit fonctionnel temporaire en lien direct avec ces blessures et pathologies, de leur apparition jusqu'à leur consolidation au 18 février 2016 ;

4°) déterminer l'importance des souffrances endurées temporaires jusqu'à la consolidation, en lien direct avec l'accident survenu le 31 mars 2011, sur une échelle allant de 1 à 7 ;

5°) décrire les blessures et pathologie résultant de l'accident survenu le 7 décembre 2018, leur évolution et les traitements mis en œuvre ;

6°) déterminer l'importance du déficit fonctionnel permanent en lien direct avec les blessures et pathologies résultant des accidents de service survenus les 31 mars 2011 et 7 décembre 2018 après leur consolidation ;

7°) déterminer l'importance du préjudice d'agrément en lien direct avec les blessures et pathologies résultant des accidents de service survenus les 31 mars 2011 et 7 décembre 2018 après leur consolidation.

Article 3 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. C et la commune de Gonesse, en présence de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.

Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2, R. 621-9 et R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert devra rendre son rapport dans un délai de six mois à compter de sa désignation.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Gonesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme B et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. OriolLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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