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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004163

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004163

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2020, M. B A, représenté par Me Riou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2020 par laquelle le maire de la commune de Gonesse (Val-d'Oise) a implicitement rejeté sa réclamation indemnitaire préalable reçue le 3 décembre 2019 ;

2°) de condamner la commune de Gonesse à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir dans la gestion de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gonesse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des conclusions d'excès de pouvoir :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant des conclusions indemnitaires :

- la commune de Gonesse a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité dans la gestion de sa carrière ;

- en raison de ses fautes, elle doit l'indemniser à concurrence de :

. 10 000 euros en réparation des préjudices nés de la méconnaissance des règles relatives à la quotité du temps de travail des fonctionnaires territoriaux ;

. 10 000 euros en réparation des préjudices nés des fautes commises par la commune lorsqu'il exerçait les missions d'agent de surveillance de la voie publique (ASVP) en dehors de tout cadre légal ;

. 15 000 euros en réparation de son préjudice de carrière ;

. 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.

La commune de Gonesse, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 27 novembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 12 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Me Riou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent titulaire de la fonction publique territoriale depuis septembre 2002, a été recruté par la commune de Gonesse en qualité d'agent d'animation, avant d'intégrer les services de la police municipale à compter du 1er février 2004 et d'être affecté sur un poste d'agent de surveillance de la voie publique (ASVP) le 15 novembre 2005, puis au service des sports en qualité de gardien des gymnases municipaux à compter du 1er juillet 2010. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Gonesse a implicitement refusé de faire droit à sa réclamation indemnitaire préalable reçue le 3 décembre 2019 et de condamner la commune de Gonesse à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir dans la gestion de sa carrière.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 27 novembre 2023, la commune de Gonesse n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui a été imparti. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.

Sur les conclusions d'excès de pouvoir :

4. La décision par laquelle le maire de la commune de Gonesse a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. A a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes auxquelles il prétend, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée sont sans objet. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Gonesse :

S'agissant de l'organisation du temps de travail :

5. D'une part, aux termes de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ajouté par l'article 21 de la loi du 3 janvier 2001 relative à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. () ". Selon l'article 1 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. Cette durée annuelle peut être réduite, par arrêté du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, pris après avis du comité technique paritaire ministériel, et le cas échéant du comité d'hygiène et de sécurité, pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux. ". L'article 3 du même décret dispose que : " I. - L'organisation du travail doit respecter les garanties minimales ci-après définies. / La durée hebdomadaire du travail effectif, heures supplémentaires comprises, ne peut excéder ni quarante-huit heures au cours d'une même semaine, ni quarante-quatre heures en moyenne sur une période quelconque de douze semaines consécutives et le repos hebdomadaire, comprenant en principe le dimanche, ne peut être inférieur à trente-cinq heures. / La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures. / Les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de onze heures. L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures. / () II.-Il ne peut être dérogé aux règles énoncées au I que dans les cas et conditions ci-après : / () a) Lorsque l'objet même du service public en cause l'exige en permanence, notamment pour la protection des personnes et des biens, par décret en Conseil d'Etat, pris après avis du comité d'hygiène et de sécurité le cas échéant, du comité technique ministériel et du Conseil supérieur de la fonction publique, qui détermine les contreparties accordées aux catégories d'agents concernés ; / b) Lorsque des circonstances exceptionnelles le justifient et pour une période limitée, par décision du chef de service qui en informe immédiatement les représentants du personnel au comité technique compétent. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes ". Selon l'article 2 du même décret : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique paritaire compétent, réduire la durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte de sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaire décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux. ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la fixation de la durée et de l'aménagement du temps de travail dans la fonction publique territoriale doit s'effectuer sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures, laquelle constitue à la fois un plancher et un plafond pour 35 heures de travail par semaine compte tenu des 104 jours de repos hebdomadaire, des 25 jours de congés annuels prévus par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 et d'une moyenne annuelle de 8 jours fériés correspondant à des jours ouvrés. Compte tenu des heures supplémentaires effectuées, la durée maximale de travail ne peut excéder ni quarante-huit heures au cours d'une même semaine, ni quarante-quatre heures en moyenne sur une période quelconque de douze semaines consécutives. Enfin, dans une même journée de travail, qui ne peut excéder l'amplitude maximale de 12 heures, les agents bénéficient d'un repos minimum quotidien de 11 heures. Il ne peut être dérogé à ces règles qu'en cas d'exigences inhérentes à l'objet même du service public ou de circonstances exceptionnelles pour une période limitée.

8. Il résulte de l'instruction qu'à son arrivée au service des sports de la commune de Gonesse, le 1er juillet 2010, M. A s'est vu remettre un planning de travail hebdomadaire valable à compter du 1er septembre 2010, duquel il ressort qu'une semaine sur quatre, lorsqu'il était de permanence au stade Cognevaut, il était soumis à une quotité de travail de 51 heures 30 par semaine, tandis qu'il ne bénéficiait que de 10 heures de 30 de repos entre les jeudis soir et les vendredis matin, puis de 7 heures 30 entre les samedis soir et les dimanches matin travaillés. Si les pièces du dossier ne permettent pas d'établir combien de temps cette organisation du temps de travail a prévalu, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du comité technique paritaire du 23 juin 2011, qu'elle était habituelle et ancienne, et qu'une concertation était menée afin de constituer des roulements permettant d'établir une organisation du travail respectant les durées légales de travail. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la commune de Gonesse, qui ne fait valoir aucune circonstance particulière faute d'avoir défendu à l'instance, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en agréant une telle organisation du travail dans ses services, en méconnaissance des dispositions énoncées aux points 5 et 6 ci-dessus. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le nouveau planning horaire établi à compter de 2015 aurait était entaché des mêmes lacunes. La responsabilité fautive de la commune de Gonesse à compter de l'entrée en vigueur de ce nouveau document doit donc être écartée, la circonstance qu'il n'ait pas été soumis au comité technique paritaire étant à cet égard sans incidence.

S'agissant de l'exercice des missions d'ASVP au sein de la commune :

9. Aux termes de l'article L. 130-4 du code de la route : " Sans préjudice de la compétence générale des officiers et des agents de police judiciaire, ont compétence pour constater par procès-verbal les contraventions prévues par la partie Réglementaire du présent code ou par d'autres dispositions réglementaires, dans la mesure où elles se rattachent à la sécurité et à la circulation routières : / () 3° Les agents titulaires ou contractuels de l'État et les agents des communes, titulaires ou non, chargés de la surveillance de la voie publique, agréés par le procureur de la République ; / () ". Selon l'article L. 130-7 du même code : " Lorsqu'ils ne sont pas déjà assermentés, les agents qui ont compétence pour constater par procès-verbal les contraventions prévues à l'article L. 130-4 prêtent serment devant le juge du tribunal judiciaire, au siège de ce tribunal ou, le cas échéant, de l'une de ses chambres de proximité. / Ce serment, dont la formule est fixée par décret en Conseil d'État, n'a pas à être renouvelé en cas de changement de lieu d'affectation de l'intéressé. () ".

10. Il résulte de l'instruction que si M. A a été agréé par le procureur du tribunal de grande instance de Pontoise le 7 juin 2005, il n'a en revanche prêté serment que le 15 septembre 2006, après sa prise de fonctions en qualité d'ASVP. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 130-7 du code de la route que la prestation de serment doive nécessairement intervenir dans un délai déterminé avant la prise de poste. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la commune de Gonesse a commis une faute en l'affectant sur un poste d'ASVP avant même qu'il ait prêté serment.

S'agissant du déroulement de carrière :

11. Si M. A reproche à la commune de Gonesse de l'avoir maintenu dans ses effectifs en qualité d'adjoint d'animation alors qu'il a changé plusieurs fois de poste, une telle circonstance, à la supposer établie, n'est pas constitutive d'une faute dès lors qu'un agent public, s'il est titulaire de son grade, n'est en revanche titulaire ni de son poste, ni de son emploi. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il a subi des représailles de la part de sa hiérarchie, il se borne à cet égard à produire un courrier de 2009 de son supérieur hiérarchique de l'époque demandant qu'il change d'affectation, circonstance qui n'est pas à soi seule fautive. Enfin, en se bornant à produire son bulletin de salaire du mois de janvier 2020, sans justifier des textes relatifs à sa carrière que la commune de Gonesse aurait méconnus, M. A ne permet pas au tribunal d'apprécier en quoi il aurait subi une stagnation dans son avancement indiciaire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la commune de Gonesse, malgré son acquiescement aux faits, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dans le déroulement de sa carrière.

En ce qui concerne les préjudices :

12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la commune de Gonesse a méconnu les dispositions relatives à l'organisation du temps de travail de M. A entre 2010 et 2015, lorsqu'il était affecté au service des sports, alors pourtant que l'intéressé avait à plusieurs reprises attiré l'attention de la commune sur ce point. De ce fait, M. A a donc nécessairement subi un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.

13. En second lieu, en l'absence de toute autre faute commise par la commune de Gonesse, le surplus des conclusions indemnitaires de M. A doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Gonesse la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La commune de Gonesse versera à M. A la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Article 2 : La commune de Gonesse versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Gonesse.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes C et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. CLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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