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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2004562

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2004562

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2004562
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (JU)
Avocat requérantAVODIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 mai 2020, 30 mai 2022 et 4 novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Les Gentlemen d'EPSOM, représentée par Me Morisset et Me Neto, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de contribution à l'audiovisuel public auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 ainsi que de l'amende qui lui a été infligée au titre des mêmes années sur le fondement de l'article 1840 W ter du code général des impôts.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-61 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- en vertu du g) du 2° de l'article 1605 ter du code général des impôts, les moniteurs installés dans son établissement ne sont pas taxables à la contribution à l'audiovisuel public, dès lors qu'ils ne sont pas équipés de tuner et servent uniquement à la diffusion d'informations et images de courses hippiques, le flux d'information reposant sur la technologie OTT ;

- la doctrine administrative (BOI-TFP-CAP-10 n° 20 et lettre de la direction de la législation fiscale du 27 janvier 2016) confirme que ce type d'appareils est exclu du champ d'application de la taxe ;

- en se fondant, dans sa proposition de rectification, sur des constatations opérées le 21 novembre 2018, puis dans la réponse aux observations du contribuable sur des éléments recueillis sur Internet et non débattus contradictoirement, le service n'établit pas qu'elle détenait au 1er janvier de chacune des années d'imposition, treize récepteurs de télévision ou dispositifs assimilés ;

- la décision par laquelle l'amende prévue par l'article 1840 W ter du code général des impôts lui a été appliquée n'est pas suffisamment motivée ;

- cette amende est dépourvue de fondement dès lors qu'elle n'est pas redevable de la contribution à l'audiovisuel public au titre des années 2016, 2017 et 2018.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 septembre 2020 et 14 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête

Elle soutient que les moyens invoqués par la SARL Les Gentlemen d'EPSOM ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, magistrat désigné,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,

- et les observations de Me Neto, représentant la SARL Les Gentlemen d'EPSOM.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un contrôle sur place de l'établissement de la SARL Les Gentlemen d'EPSOM sis 1, rue du camp canadien à Saint Cloud (92) où elle exploite notamment une activité de restauration et de paris hippiques, et aux termes d'un procès-verbal du 21 novembre 2018, le service y a constaté la présence de treize appareils récepteurs de télévision diffusant la chaîne " Equidia " ainsi que d'un décodeur TV Orange. Par une proposition de rectification du 21 janvier 2019, il a assujetti ces téléviseurs à la contribution à l'audiovisuel public au titre des années 2016, 2017 et 2018 et assorti ce rappel de l'amende pour défaut de déclaration prévue par l'article 1840 W ter du code général des impôts. La société Les Gentlemen d'EPSOM demande la décharge des impositions et pénalités ainsi établies à son encontre.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, applicable, en vertu de l'article L. 61 B du même livre, aux rectifications opérées en matière de contribution à l'audiovisuel public : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. La proposition de rectification du 21 janvier 2019, assortie d'une note relatant les conditions du contrôle sur place du 21 novembre 2018, expose précisément les circonstances de fait ayant conduit le vérificateur à soumettre à la contribution à l'audiovisuel public les treize appareils récepteurs de télévision dont il a constaté la présence dans l'établissement. Par ailleurs, elle reproduit intégralement les dispositions pertinentes des articles du livre des procédures fiscales et du code général des impôts et, en particulier, celles de l'article 1605 ter du code général des impôts qui prévoient les modalités de calcul du montant de la taxe en fonction du nombre d'appareils et leur lieu d'installation et sur lesquelles le vérificateur s'est expressément fondé pour arrêter l'imposition due au titre des années 2016, 2017 et 2018 et s'établissant, en droits, respectivement à 4 206 €, 4 237 € et 4 267 €. Si la proposition de rectification ne détaille pas le calcul aboutissant à ces montants, elle comporte toutefois, par le renvoi à l'article 1605 ter, toutes les indications sur les modalités de leur détermination, permettant ainsi à la requérante de contester utilement, non seulement le principe et les bases d'imposition mais aussi le montant des droits rappelés. Par suite, elle est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions précitées de l'article L.57 du livre des procédures fiscales.

4. En second lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de soumettre à un débat contradictoire préalable les éléments de fait qu'elle entend opposer aux observations du contribuable. Dès lors, le moyen tiré de ce que les résultats d'une recherche sur Internet et sur Facebook évoqués par le service dans sa réponse du 1er avril 2019 n'ont pas été débattus contradictoirement est inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

5. Aux termes de l'article 1605 du code général des impôts, alors en vigueur : " I. - Il est institué () une taxe dénommée contribution à l'audiovisuel public. () II. - La contribution à l'audiovisuel public est due : / () 2° Par toutes les personnes physiques autres que celles mentionnées au 1° et les personnes morales, à la condition de détenir au 1er janvier de l'année au cours de laquelle la contribution à l'audiovisuel public est due un appareil récepteur de télévision ou un dispositif assimilé dans un local situé en France () ". Aux termes de l'article 1605 ter du même code : " Pour l'application du 2° du II de l'article 1605 : / 1° La contribution à l'audiovisuel public est due pour chaque appareil récepteur de télévision ou dispositif assimilé permettant la réception de la télévision détenu au 1er janvier de l'année au cours de laquelle la contribution à l'audiovisuel public est due (..) / 2° N'entrent pas dans le champ d'application de la contribution à l'audiovisuel public : () / g. Les matériels fonctionnant en circuit fermé pour la réception de signaux autres que ceux émis par les sociétés visées par les titres II et III de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 () ".

6. En premier lieu, lors des opérations de contrôle sur place, le vérificateur dont, en vertu de l'article L. 61 B du livre des procédures fiscales, les constatations font foi jusqu'à preuve contraire, a relevé la présence de treize téléviseurs, répartis comme suit : dix dans la salle de bar, deux dans la véranda et un dans un bureau. Outre que ces écrans diffusaient tous la chaîne Equidia, qui est une chaîne de télévision dédiée aux courses hippiques, le service a également noté la présence dans l'armoire technique d'un décodeur TV Orange que le gérant de la société a refusé d'activer en vue de vérifier qu'il n'était relié qu'au seul téléviseur présent dans le bureau et, alors même que tous les appareils sont connectés au même réseau, qu'il ne permettait pas, comme allégué, la diffusion dans l'établissement d'autres informations que celles transmises par le PMU. Si la requérante produit une attestation du directeur de l'agence PMU de Vélizy indiquant que, dans le cadre de la modernisation de ses points de vente, le PMU installe de nouveaux moniteurs, non équipés de tuner, pour permettre la diffusion, grâce à la technologie OTT (over-the-top-service) et au travers d'un réseau dédié, des informations et images de course destinées exclusivement aux points de vente, cette attestation, datée du 1er février 2019, porte sur des faits postérieurs aux années d'imposition en litige. Au demeurant, il n'en ressort pas que les moniteurs en cause ne pourraient fonctionner qu'en circuit fermé au sens du g du 2° de l'article 1605 ter du code général des impôts et ne seraient pas susceptibles, au moyen d'un dispositif approprié, de capter les signaux de télévision, d'autant que le 5 février 2019, l'entreprise Newtec.com, intervenue dans l'établissement, a constaté qu'un écran était effectivement raccordé à la box TV. Dans ces conditions, l'administration établit que les moniteurs litigieux, quel qu'ait été leur usage effectif, permettaient la réception de la télévision et, par suite, entraient dans le champ de la contribution à l'audiovisuel public.

7. En second lieu, la SARL Les Gentlemen d'EPSOM soutient que les seuls constats opérés le 21 novembre 2018 ne peuvent permettre de déduire qu'elle détenait treize téléviseurs au 1er janvier de chacune des années en litige. Toutefois, d'une part, la présence d'équipements de ce type est attestée au moins depuis le 1er janvier 2016, par des constatations sur place du vérificateur en mai 2016 et des photos et vidéos postées sur les sites internet Facebook et Youtube. En se bornant à faire valoir que les éléments ainsi recueillis ne renseignent pas directement sur l'évolution éventuelle du nombre d'appareils détenus, la société requérante, seule à même de pouvoir fournir des éléments à cet égard, n'allègue pas que ses conditions d'exploitation auraient changé et, du reste, ne précise même pas le nombre d'appareils en service au cours de la période considérée, étant relevé qu'en dépit des demandes de l'administration, elle s'est soigneusement abstenue de communiquer les factures des matériels en cause. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de ce que la contribuable détenait les treize moniteurs en litige au 1er janvier des années 2016, 2017 et 2018.

En ce qui concerne l'application de la doctrine :

8. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

9. En premier lieu, en ce qu'il se borne à rappeler les dispositions du 2° de l'article 1605 ter du code général des impôts, le paragraphe 20 de l'instruction référencée BOI-TFP-CAP-10 ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application. Si, par ailleurs, ce même paragraphe précise, à titre d'exemple, que sont notamment concernés par le g. du 2° de l'article 1605 ter " les téléviseurs installés dans certains débits de boissons (bar-PMU, bureaux de tabac), servant exclusivement à la diffusion des résultats de la société " la Française des jeux ", les appareils de la société requérante, qui ne diffusent pas les informations de La Française des Jeux, n'entrent pas dans cette catégorie.

10. En second lieu, la SARL Les Gentlemen d'Epsom entend s'appuyer sur une lettre de la directrice de la législation fiscale du 27 janvier 2016 adressée au PMU, confirmant que sont hors du champ de la contribution à l'audiovisuel public les moniteurs pour la diffusion d'information hippiques, non équipés de tuner et reposant sur la technologie OTT. Toutefois, d'une part, il n'est pas établi que les moniteurs détenus par la société requérante durant les années en litige relevaient de ce dispositif. D'autre part, et en tout état de cause, la lettre du 27 janvier 2016 rappelle que " l'exclusion d'un appareil récepteur de télévision ou d'un dispositif assimilé du champ d'application de la contribution à l'audiovisuel public doit s'apprécier au cas par cas " et, surtout, précise que le système décrit par le PMU ne relève du g. du 2° de l'article 1605 ter du code général des impôts que " sous réserve que les moniteurs installés ne soient pas associés à un dispositif permettant la réception des programmes de télévision ". Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 6, que tel n'était pas le cas, la contribuable n'est pas fondée à se prévaloir de la prise de position qu'elle invoque.

Sur l'amende :

11. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " () Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations. ".

12. En premier lieu, la proposition de rectification du 24 janvier 2019, après avoir rappelé que la SARL Les Gentlemen d'Epsom n'a souscrit aucune déclaration à la contribution à l'audiovisuel public, mentionne qu'une amende de 150 € est prévue, en pareil cas, par le 2° de l'article 1840 W ter du code général des impôts dont elle reproduit les dispositions et invite la contribuable à formuler ses observations à ce sujet dans un délai de trente jours. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision d'appliquer cette amende serait insuffisamment motivée manque en fait.

13. En second lieu, dès lors que l'imposition a été établie à bon droit, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la pénalité en cause par voie de conséquence de celle des droits rappelés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en décharge présentées par la SARL Les Gentlemen d'Epsom et, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Les Gentlemen d'EPSOM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Les Gentlemen d'EPSOM et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. ALa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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