mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2004607 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ZAMOUR ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 19 mai 2020, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal de Cergy-Pontoise la requête de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée unipersonnelle (SELARLU) A enregistrée le 12 mars 2020.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 18 juillet 2022, la SELARLU A, représentée en dernier lieu par Me Zamour, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés, en droits et pénalités, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, des droits d'enregistrement, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignées au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée dès lors qu'elle n'expose pas clairement et complètement les modalités de reconstitution du chiffre d'affaires et ne détaille pas les omissions de recettes retenues par l'administration ;
- l'administration ne peut pas se prévaloir de l'attestation aux termes de laquelle M. A reconnaît avoir encaissé sur son compte courant personnel des montants correspondants à des honoraires perçus dans le cadre de son activité médicale dès lors qu'elle a été obtenue sous la contrainte et qu'elle n'a pas de valeur probante ;
- l'administration ne pouvait pas rectifier ses résultats à raison d'honoraires perçus postérieurement à sa radiation de l'ordre des médecins le 12 mars 2015.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 octobre 2020 et le 2 août 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions relatives aux droits d'enregistrement ne relèvent pas de la juridiction administrative ;
- les moyens invoqués au surplus des conclusions ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Froc, conseillère ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SELARLU A, qui exploite une activité de dentiste, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité, à la suite de laquelle, et aux termes d'une proposition de rectification du 21 juillet 2017, le service lui a notifié des rehaussements, notamment en matière de droits d'enregistrement au titre des années 2014 et 2015, d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2014 et 2015 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, assortis, selon le cas, de la majoration prévue au a du I de l'article 1728 du code général des impôts pour déclaration tardive, et de la majoration prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts, pour manquement délibéré. A la suite du rejet de sa réclamation, la SELARLU A demande la décharge des suppléments d'impositions ainsi mises à sa charge.
Sur les droits d'enregistrement :
2. Aux termes de l'article L.199 du livre des procédures fiscales : " () En matière de droits d'enregistrement, de taxe de publicité foncière, de droits de timbre, de contributions indirectes ou de taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions le tribunal compétent est le tribunal de grande instance () ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales que les litiges relatifs aux droits d'enregistrement ne peuvent être soumis qu'au juge judiciaire. Par suite, les conclusions de la SELARLU A aux fins de décharge des droits d'enregistrement, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur le surplus des impositions :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs du redressement envisagé. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la notification ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification relative à la société requérante du 21 juillet 2017 adressée personnellement à M. A, gérant et unique associé de la société, précise le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal, la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés ainsi que les années d'imposition concernées. Pour le calcul des bases d'imposition et les motifs de ces rectifications, et précisément le montant des recettes reconstituées, l'administration détaille, en annexe 1 de la proposition de rectification contestée, la liste des remises de chèques identifiées sur le compte personnel de M. A, par date d'encaissement, permettant la reconstitution des recettes de la société requérante et leur réintégration dans ses résultats imposables, dont, par ailleurs, il n'est pas contesté que ces documents ont été examinés contradictoirement durant le contrôle. L'administration a ainsi donné à la société les informations lui permettant d'identifier les sommes en litige et, par suite, de présenter des observations de façon entièrement utile. Dans ces conditions, la proposition de rectification du 21 juillet 2017 est suffisamment motivée au regard des exigences posées par l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, peu importe à cet égard le contenu et les conditions de l'établissement de l'attestation rédigée le 27 mars 2017 par M. A ainsi que la teneur de l'entretien avec l'interlocuteur départemental du 14 juin 2018, lequel, au demeurant, s'est déroulé en présence du conseil de la société requérante.
6. En second lieu, la SELARLU A soutient qu'elle a cessé son activité à compter de sa radiation par le conseil de l'ordre des médecins le 12 mars 2015 et qu'elle a alors cédé son activité à la société Tomi, de sorte qu'elle ne pouvait plus, à compter de cette date, percevoir de recettes. Toutefois, d'une part, il ressort de l'instruction et notamment des résultats du droit de communication effectué par l'administration et de l'attestation de M. A, dont rien ne permet de penser qu'elle aurait été rédigée sous la contrainte, que la SELARLU A a continué à comptabiliser des honoraires, pour des sommes de 88 863 euros entre le 1er janvier et le 11 mars 2015 et de 448 566 euros entre le 12 mars et le 31 décembre 2015. D'autre part, la SELARLU A n'établit pas la cession de son activité à la société Tomi en l'absence de l'enregistrement de l'acte en attestant. Enfin, la société requérante n'a enregistré aucune modification au registre du commerce et des sociétés en 2015, dont elle ne sera, par ailleurs, radiée qu'au mois de mai 2018, conservant le même siège social, dont le bail n'a été résilié que le 15 avril 2016. Par suite, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve de la poursuite de l'activité de la SELARLU A sur l'exercice 2015 et, partant, du bien-fondé du rattachement des recettes afférentes aux résultats de cet exercice.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SELARLU A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée unipersonnelle A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée unipersonnelle A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
E. FROC
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026