mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2005004 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Par une requête enregistrée le 4 mai 2018 sous le n° 1805367, la société par actions simplifiée Point P a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2010, 2011 et 2012 à raison des établissements qu'elle exploite à Nanterre (Hauts-de-Seine) et Pierrelaye (Val-d'Oise) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire distinct, la SAS Point P a demandé au tribunal de transmettre au Conseil d'État, en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions du 17ème alinéa de l'article 3 de la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972.
Par une ordonnance n° 1805367 du 16 août 2018, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a décidé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre au Conseil d'État cette question prioritaire de constitutionnalité et rejeté la demande de décharge des impositions contestées.
Par un arrêt n° 18VE03309 du 27 mai 2020, la Cour administrative d'appel de Versailles, saisie par la SAS Point P, a annulé l'ordonnance n° 1805367 du 16 août 2018 en tant qu'elle a rejeté les conclusions en décharge présentées par la société Point P au titre de l'année 2010, et a renvoyé, dans cette mesure l'affaire au tribunal, où elle a été réenregistrée sous le n° 2005004.
Procédure après renvoi :
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2020, la SAS Point P persiste dans ces conclusions.
Aux termes de ce mémoire et de ses précédentes écritures, elle soutient que :
- elle ne rentre pas dans le champ de la taxe instituée par l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972, dès lors qu'elle exerce principalement une activité de commerce de gros et non de détail ;
- les dispositions du décret du 26 janvier 1995 sont illégales, en tant qu'elles ont restreint le champ d'application de l'article 3 alinéa 17 de la loi du 13 juillet 1972 dans SAS rédaction antérieure au 1er janvier 2013 ;
- les dispositions du décret du 26 janvier 1995 méconnaissent les principes constitutionnels d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques ;
- elle est en droit de bénéficier de la réduction de 30 % du taux de la taxe sur les surfaces commerciales pour la moitié de ses surfaces commerciales, conformément à la décision du Conseil d'Etat n° 423238 du 23 janvier 2020 qui a jugé que cette réduction était applicable au prorata de la surface commerciale exclusivement dédiée à la vente de matériau de construction.
Par un mémoire en défense du 9 février 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;
- l'arrêt du Conseil d'Etat n° 414696 du 6 juin 2018 ;
- le décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Point P, qui exploite une activité de vente de matériaux de construction, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notamment notifié des suppléments de taxe sur les surfaces commerciales au titre de chacune des trois années vérifiées. SAS réclamation contentieuse du 15 décembre 2017 a été rejetée par l'administration le 16 décembre 2018. Par une ordonnance du 16 août 2018, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, outre qu'il a décidé n'y avoir pas lieu de transmettre au Conseil d'État cette question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la société requérante, a rejeté SAS demande en décharge desdites impositions. Par un arrêt n° 18VE03309 du 27 mai 2020, la Cour administrative d'appel de Versailles a annulé cette ordonnance en tant qu'elle a rejeté les conclusions en décharge présentées par la société Point P au titre de l'année 2010, et a renvoyé dans cette mesure l'affaire au tribunal, où elle a été réenregistrée sous le n° 2005004.
Sur les conclusions en décharge :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse quatre cents mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite. () / Un décret prévoira () des réductions pour les professions dont l'exercice requiert des superficies de vente anormalement élevées () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du décret du 26 janvier 1995 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales, pris pour l'application de ces dispositions, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " A. La réduction de taux prévue au dix-septième alinéa de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 susvisé en faveur des professions dont l'exercice requiert des superficies de vente anormalement élevées est fixée à 30 p. 100 en ce qui concerne la vente exclusive des marchandises énumérées ci-après: / - meubles meublants ; / () - matériaux de construction () ".
3. En premier lieu, il résulte de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 que les surfaces de vente des magasins de commerce de détail prises en compte pour l'assujettissement à la taxe sur les surfaces commerciales ne doivent pas nécessairement être situées dans des établissements réalisant exclusivement des ventes au détail et que sont assujettis à la taxe, à concurrence du chiffre d'affaires relatif à la surface de commerce de détail, les établissements de commerce de détail pratiquant également le commerce en gros ou d'autres activités. Il en résulte également que le chiffre d'affaires à prendre en compte pour le calcul de la taxe sur les surfaces commerciales est celui qui est réalisé par les surfaces de ventes au détail, en l'état, sans qu'il y ait lieu de distinguer selon que l'acheteur est un particulier ou un professionnel de sorte que les ventes au détail, en l'état, à des professionnels, tant pour leurs besoins propres que lorsqu'ils incorporent les produits qu'ils ont ainsi achetés dans les produits qu'ils vendent ou les prestations qu'ils fournissent, doivent être prises en compte pour la détermination du chiffre d'affaires, à la différence des ventes à des professionnels revendant en l'état, l'activité de ces derniers relevant alors d'une activité de grossiste ou d'intermédiaire. La société requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir, dès lors qu'il est constant que l'activité qu'elle exerce sur les surfaces de vente des établissements en litige n'est pas limitée à la vente en gros, qu'elle ne pourrait être assujettie à la taxe sur les surfaces commerciales à raison de ces surfaces au seul motif que SAS clientèle serait presque exclusivement composée de professionnels qui achètent des produits pour les besoins de leur activité et que le montant de ses ventes aux particuliers se limiterait à 1,4 % de son chiffre d'affaires.
4. En deuxième lieu, en subordonnant, par le A de l'article 3 du décret du 26 janvier 1995, le bénéfice de la réduction de taux, fixée à 30 %, à la condition que les surfaces concernées soient exclusivement affectées à une activité de vente des marchandises qu'il énumère, le pouvoir réglementaire s'est borné à déterminer le champ d'application de la mesure de réduction de taux prévue par l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 en faveur des professions dont l'exercice requiert des superficies de vente anormalement élevées, sans excéder les compétences qu'il tenait de ces dispositions législatives ni les méconnaître.
5. En troisième lieu, en adoptant les dispositions précitées, le législateur a entendu instituer une réduction de taux en faveur des professions dont l'exercice requiert des superficies de vente anormalement élevées et a confié au pouvoir réglementaire le soin de déterminer le champ d'application et le montant de cette réduction. En prévoyant que les établissements redevables de la taxe sur les surfaces commerciales bénéficieraient de la réduction de taux prévue par la loi à raison des surfaces qu'ils affectent à titre exclusif à une activité consistant à vendre des marchandises mentionnées dans une liste qu'il a définie, le pouvoir réglementaire a fondé son appréciation sur des critères objectifs et rationnels en fonction du but fixé par le législateur sans créer, entre les établissements exerçant une telle activité de vente à titre exclusif et ceux l'exerçant seulement à titre principal, une différence de traitement qui ne serait pas en rapport direct avec l'objet de la loi du 13 juillet 1972. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que les dispositions du A de l'article 3 du décret du 26 janvier 1995, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige, méconnaîtrait les principes constitutionnels d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques.
6. En quatrième lieu et dernier lieu, si la SAS Point P soutient qu'elle affecte une partie, qu'elle évalue à 50%, des surfaces de vente de ses établissements de Nanterre et Pierrelaye à la vente de matériaux de construction, elle n'établit ni que ces surfaces seraient distinctes de celles sur lesquelles elle vend, au sein des mêmes magasins, d'autres articles, ni qu'elles représenteraient 50 % de la surface de vente, ni que les articles qui sont vendus dans ces espaces dédiés aient tous exclusivement la nature de matériaux de construction. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait dû bénéficier de la réduction de 30 % instituée par le A de l'article 3 du décret du 26 janvier 1995.
7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre l'année 2010.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SAS Point P et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Point P est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Point P et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
M. Viain, premier conseiller,
M. Dupin, conseiller,
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2005004
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026