jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2005080 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | EVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 juin et 3 août 2020, les 11 et 16 août 2021 et le 29 avril 2022, A D, représentée par Me Flacelière, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement la commune de Saint-Leu-la-Forêt et la SMACL Assurances ou, à défaut, la communauté d'agglomération Val Parisis, à lui verser la somme de 21 191,50 euros en réparation des préjudices résultant de son accident survenu le 14 avril 2019 ;
2°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise ;
3°) de condamner la commune de Saint-Leu-la-Forêt ou, à défaut, la communauté d'agglomération Val Parisis aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt ou, à défaut, de la communauté d'agglomération Val Parisis, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a brutalement chuté à l'intérieur d'une bouche d'égout descellée rue Saint Prix à Saint-Leu-la-Forêt le 14 avril 2019 ;
- cet accident est lié à un défaut d'entretien de la bouche d'égout présente sur ce trottoir ;
- la responsabilité de la commune de Saint-Leu-la-Forêt doit être engagée à ce titre, dès lors qu'elle est chargée de l'entretien de la voie publique et est ainsi tenue de la maintenir avec tous ses accessoires dans un état conforme à sa destination ;
- si la responsabilité de la commune n'était pas retenue, la communauté d'agglomération Val Parisis devrait l'indemniser de l'intégralité de ses préjudices matériels et corporels résultant de l'accident survenu le 14 avril 2019 ;
- les préjudices résultant de sa chute pourront être réparés par le versement des sommes de :
. 2 640 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
. 1 951,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
. 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;
. 3 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent :
. 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
. 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 mars 2021 et 29 juillet 2022, la SMACL Assurances, représentée par Me Auchet, conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les demandes de la requérante soient réduites à de plus justes proportions ;
3°) à ce que la communauté d'agglomération Val Parisis la garantisse de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ou à l'encontre de la commune de Saint-Leu-la-Forêt.
Elle fait valoir que :
- la requête A D est irrecevable en raison de sa tardiveté et en l'absence de chiffrage de ses prétentions indemnitaires ;
- A D n'apporte pas la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage incriminé et le dommage ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors qu'elle a délégué la compétence tenant à l'assainissement des eaux usées à la communauté d'agglomération Val Parisis en application du 9° du I. de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales ;
- à supposer qu'un lien entre l'ouvrage et le dommage soit reconnu, la victime a commis une faute d'inattention de nature à exonérer le maître de l'ouvrage de sa responsabilité ;
- le montant de l'indemnité réclamée par A D est excessive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la communauté d'agglomération Val Parisis, représentée par Me Phelip conclut dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions d'appel en garantie dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les demandes de la requérante soient réduites à de plus justes proportions ;
3°) à ce que la commune de Saint-Leu-la-Forêt et la SMACL Assurances la garantissent de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la SMACL Assurances la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête A D est irrecevable faute de liaison du contentieux ;
- A D n'apporte pas la preuve de la matérialité des faits ni de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage incriminé et le dommage ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors qu'aucun défaut d'entretien normal n'est caractérisé et que la victime a commis une faute d'inattention de nature à exonérer le maître de l'ouvrage de sa responsabilité ;
- le montant des sommes demandées par A D est excessif ;
- dès lors que la commune a conservé la compétence sur l'entretien de la voirie, elle doit être condamnée à la garantir d'une éventuelle condamnation prononcée à son encontre au titre du défaut d'entretien de la bouche d'égout.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 mars 2023, 27 février et 5 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise, représentée par Me Legrandgerard, demande au tribunal :
1°) la condamnation in solidum de la commune de Saint-Leu-la-Forêt, de son assureur la SMACL Assurances et de la communauté d'Agglomération Val Parisis, à lui verser la somme définitive de 24 079,49 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
2°) leur condamnation in solidum à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre in solidum à leur charge la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle s'associe entièrement à l'argumentation de la requérante ;
- elle a pris en charge des frais hospitaliers d'un montant de 23 058 euros du 14 au 23 avril 2019, des frais médicaux d'un montant de 748,15 euros du 24 avril au 30 septembre 2019, des frais pharmaceutiques d'un montant de 19,80 euros le 21 juin 2019, des frais d'appareillage à hauteur de 89,04 euros le même jour et des frais de transport pour la somme de 164,50 euros le 26 avril 2019 ;
- elle produit l'attestation d'imputabilité établie conformément aux conclusions du rapport d'expertise, par laquelle son médecin conseil certifie que ces débours sont en lien direct et certain avec la chute A D.
Vu :
- l'ordonnance n°2005279 du 6 décembre 2021 par laquelle le président par intérim du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B à la somme de 1 986 euros toutes taxes comprises (TTC) ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n°2015-991 du 7 août 2015 :
- le code de justice administrative.
Par ordonnance du 28 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars suivant.
La CPAM a produit un mémoire le 24 juin 2024, qui n'a pas été communiqué.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fléjou,
- et les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A D, née le 30 novembre 1932, a été victime d'une chute dans la rue Saint Prix à Saint-Leu-la-Forêt le 14 avril 2019 en milieu de matinée, en raison selon elle de la présence d'une plaque d'égout descellée sur le trottoir. Elle a été prise en charge par les sapeurs-pompiers et transportée au centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne où des lésions traumatiques et des hématomes sur les deux jambes ont été diagnostiqués. Elle a été opérée le 19 avril suivant afin d'évacuer ces hématomes. Elle a regagné son domicile le 29 avril 2019 où elle a bénéficié de soins infirmiers jusqu'à la fin de l'année 2019 du fait des difficultés de cicatrisation de ses lésions. Par un courrier du 18 avril 2019, Mme E C, fille A D, a adressé au nom de sa mère une demande d'indemnisation préalable à la commune de Saint-Leu-la-Forêt, qui l'a rejetée par un courrier du 25 avril suivant. Son assureur, la SMACL Assurances, ci-après SMACL Assurances, a confirmé ce rejet par un courrier du 30 avril suivant. Par un courrier du 9 octobre 2019, Mme D a en outre saisi la communauté d'agglomération Val Parisis d'une demande d'indemnisation préalable, qui a été rejetée par un courrier de son assureur, la société PNAS Assurances, du 9 novembre suivant. Par une ordonnance du 3 juin 2021, le tribunal a ordonné la réalisation d'une expertise médicale, confiée au docteur B, chirurgien orthopédique et traumatologique qui a rendu son rapport le 2 septembre 2021. Par la présente requête, A D demande l'indemnisation des préjudices résultant selon elle de sa chute du 14 avril 2019. La CPAM du Val-d'Oise demande quant à elle le versement de la somme de 24 079,49 euros correspondant aux dépenses de santé exposées pour les soins de la requérante en lien avec cette chute.
Sur la poursuite d'instance :
2. Aux termes de l'article R. 634-1 du code de justice administrative : " Dans les affaires qui ne sont pas en état d'être jugées, la procédure est suspendue par la notification du décès de l'une des parties ou par le seul fait du décès, de la démission, de l'interdiction ou de la destitution de son avocat. Cette suspension dure jusqu'à la mise en demeure pour reprendre l'instance ou constituer avocat ". L'affaire étant en état d'être jugée à la date à laquelle le tribunal a été informé du décès A D, il y a lieu de statuer sur la requête.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : "'La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
4. L'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
5. En premier lieu, d'une part, contrairement à ce que fait valoir la SMACL Assurances, le courrier du 18 avril 2019 par lequel Mme C, fille de la requérante, a indiqué à la commune de Saint-Leu-la-Forêt que " tous les frais engendrés par cet accident () devront être pris en charge par la mairie ", dont il n'est ni allégué ni établi qu'elle aurait agi à ce titre en qualité de représentante légale de la requérante, ne peut être regardé comme une demande indemnitaire préalable au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. En tout état de cause, à supposer qu'il puisse être regardé comme tel, ni le courrier du 25 avril 2019 de la commune de Saint-Leu-la-Forêt ni le courrier du 19 juillet 2019 de la SMACL Assurances rejetant cette demande ne comportaient la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, en application des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, aucun délai de recours contentieux n'était opposable à la requérante. Par suite, la SMACL Assurances n'est pas fondée à soutenir que la requête est tardive. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit ainsi être écartée.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que fait valoir la communauté d'agglomération de Val Parisis, il résulte de l'instruction qu'Andrée D lui a adressé une demande indemnitaire préalable par un courrier du 9 octobre 2019. Il résulte de l'instruction que la société PNAS assurance, assureur de la communauté d'agglomération, a accusé réception le 21 octobre suivant de cette demande. La communauté d'agglomération doit ainsi être regardée comme en ayant eu connaissance au plus tard à cette date. Ainsi, le silence gardé pendant deux mois à compter de cette date sur cette demande indemnitaire préalable par la communauté d'agglomération de Val Parisis a fait naître une décision implicite de rejet. Cette décision a eu pour effet de lier le contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la communauté d'agglomération de Val Parisis à ce titre doit être écartée.
7. En troisième lieu, dans le dernier état de ses écritures, les demandes indemnitaires A D sont chiffrées. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la SMACL Assurances tirée du défaut de chiffrage de ses préjudices par la requérante doit être écartée.
Sur le principe d'engagement de la responsabilité :
8. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur elle, il incombe à la collectivité, maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.
En ce qui concerne la réalité du préjudice et de l'existence d'un lien de causalité :
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation du directeur des services d'incendie et de secours du Val-d'Oise du 2 mai 2019, que des sapeurs-pompiers sont intervenus le 14 avril 2019 à 10 heures 32 rue Saint Prix à Saint-Leu-la-Forêt afin de secourir A D, " blessée suite à une chute dans un bouche d'égout descellée " et qu'ils l'ont transportée au centre hospitalier Simone Veil d'Eaubonne. Le compte rendu de son hospitalisation dans ce centre daté du 23 avril 2019 fait également état de son admission suite à une chute dans une bouche d'égout. La requérante verse aussi à l'instance une attestation rédigée par une passante le 7 mai 2019, qui affirme avoir vu A D assise, " au bord de l'évanouissement ", à hauteur du 40 rue Saint Prix après que celle-ci soit " tombée, mettant un pied dans l'orifice ouvert d'un regard du branchement d'égout (), sa chaussure étant tombée au fond de cet orifice " et qui détaille de façon circonstanciée être allée chercher un instrument lui permettant d'extraire cette chaussure. Enfin, il résulte de la réponse adressée par le maire de la commune à A D le 25 avril 2019 qu'il a " immédiatement demandé à [ses] services de se rendre sur place pour constater la défaillance de ce tampon, et de la matérialiser afin qu'un tel accident ne se reproduise pas ". Par ailleurs, il ressort du rapport d'expertise du docteur B que les lésions ayant nécessité l'admission A D à l'hôpital résultaient d'une chute. La requérante établit ainsi la réalité de son préjudice et l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage public dont elle était usagère et le dommage.
En ce qui concerne les personnes publiques responsables :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 9, que le dommage subi par A D résulte de la chute provoquée par l'instabilité de la plaque d'égout précédemment décrite qui n'était pas correctement fermée. Il est par ailleurs constant que cette bouche d'égout est située sur un trottoir. Elle constitue ainsi un ouvrage public incorporé à la voie publique et a la nature d'une dépendance nécessaire de celle-ci. Dans ces conditions, la commune de Saint-Leu-la-Forêt était chargée de l'entretien de la voie publique et ainsi tenue de la maintenir, avec tous ses accessoires, dans un état conforme à sa destination. Sa responsabilité est ainsi susceptible d'être engagée pour le défaut d'entretien de la plaque sur laquelle A D a chuté.
11. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales : " I.- La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : () 9° Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8 ; () ". D'autre part, aux termes du premier alinéa du XII de l'article 133 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République : " Sauf dispositions contraires, pour tout transfert de compétence ou délégation de compétence prévu par le code général des collectivités territoriales, la collectivité territoriale ou l'établissement public est substitué de plein droit à l'Etat, à la collectivité ou à l'établissement public dans l'ensemble de ses droits et obligations, dans toutes ses délibérations et tous ses actes ".
12. Il résulte des dispositions précitées que, sauf dispositions législatives contraires, le transfert de compétences par une collectivité territoriale à un établissement public de coopération intercommunale, effectué sur le fondement des dispositions du code général des collectivités territoriales, implique la substitution de plein droit de cet établissement à la collectivité dans l'ensemble de ses droits et obligations attachés à cette compétence, y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert.
13. En l'espèce, il est constant que l'accident dont a été victime A D est dû à un ouvrage public appartenant au réseau d'assainissement situé sur le territoire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt. Il résulte des dispositions précitées que la compétence en matière d'assainissement, auparavant exercée par la commune, a été transférée à la communauté d'agglomération Val Parisis. Dans ces conditions, la responsabilité de cet établissement public est également susceptible d'être engagée pour le défaut d'entretien de la plaque sur laquelle A D a chuté.
14. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Leu-la-Forêt et la communauté d'agglomération concourent conjointement à l'entretien de l'ouvrage public à l'origine de la chute A D.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité :
15. En l'espèce, en premier lieu, les défenderesses n'établissent ni même n'allèguent avoir procédé à l'entretien normal de la bouche d'égout à l'origine du dommage A D. La communauté d'agglomération et l'assureur de la commune font valoir, pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse sur elles de ce fait, que la chute A D résulte d'un défaut de vigilance de sa part dès lors qu'elle est survenue le matin et que le descellement d'une plaque est visible. Il est toutefois constant que le danger n'était pas signalé. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la bouche d'égout était béante mais que le couvercle de celle-ci était mal refermé ou " descellé ". A cet égard, le danger constitué par le défaut de fermeture d'un couvercle, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il était visible, même, comme en l'espèce, de jour, et prévisible, ne constitue pas un obstacle que tout usager de la voie publique peut normalement s'attendre à rencontrer. Dans ces conditions, aucune faute ne peut être reprochée à A D.
16. Il résulte de ce qui précède que les dommages causés à A D, et par voie de conséquence à la CPAM du Val-d'Oise, ont été intégralement causés par le défaut d'entretien de la plaque d'égout en litige, lequel est de nature à engager la responsabilité solidaire de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la communauté d'agglomération Val Parisis. Dès lors que celles-ci étaient conjointement chargées de l'entretien de ladite plaque, leur part respective de responsabilité peut être fixée à 50 %.
Sur l'évaluation des préjudices :
17. Il résulte du rapport d'expertise du docteur B, qui n'est pas contredit sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé A D peut être fixée au 14 octobre 2019.
En ce qui concerne les préjudices A D :
S'agissant de l'assistance par tierce personne :
18. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
19. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions de l'expertise du docteur B, qu'Andrée D a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne une heure et demie par jour du 24 avril au 24 juin 2019 soit pendant soixante-deux jours, et puis quatre heures par semaine du 25 juin au 30 septembre 2019, soit pendant quatre-vingt-dix-huit jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, l'indemnisation due au titre de ce chef de préjudice doit être calculée sur la base d'une année de 412 jours et, s'agissant d'une aide se limitant à accompagner les gestes de la vie quotidienne, d'un taux horaire moyen de 20 euros, tenant compte des cotisations dues par l'employeur et des majorations de rémunération pour travail du dimanche. A D peut ainsi prétendre à la somme totale de 3 400 euros à ce titre.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte de l'instruction qu'en conséquence du dommage résultant de sa chute, A D a subi une période de déficit fonctionnel total du 14 au 23 avril 2019, de 50% du 24 avril 2019 au 24 juin 2019, de 25% du 25 juin 2019 au 30 septembre 2019 et de 10% du 1er octobre 2019 au 14 octobre 2019. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 1 100 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
18. Selon l'expert désigné par le tribunal, les souffrances A D peuvent être évaluées à 2,5 sur une échelle de 1 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 3 000 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
21. Le docteur B a estimé que le déficit fonctionnel permanent imputable à la chute A D s'élevait à 3 %. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice pour une femme âgée de quatre-vingt-sept ans à la date de consolidation de son état de santé en le fixant à la somme de 3 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
22. Selon l'expert désigné par le tribunal, le préjudice esthétique A D peut être évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
23. L'expert a retenu l'existence d'un préjudice d'agrément imputable à 50 % à l'accident. A cet égard il résulte de l'instruction que la chute A D a participé à sa perte d'autonomie et à son impossibilité de poursuivre les activités culturelles, religieuses et sportives auxquelles elle participait avant sa chute du 14 avril 2019. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lien avec l'accident en litige en le fixant à la somme de 500 euros.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Leu-la-Forêt, la SMACL Assurances et la communauté d'agglomération Val Parisis doivent être condamnées in solidum à verser aux ayants droits A D la somme totale de 12 000 euros.
En ce qui concerne les demandes de la CPAM du Val-d'Oise :
25. En premier lieu, la CPAM du Val-d'Oise demande la condamnation des défenderesses à lui verser la somme de 24 079,49 euros, correspondant aux dépenses de santé en lien avec la chute dont a été victime A D le 14 avril 2019. Pour en justifier, elle verse à l'instance la notification des débours et de l'attestation d'imputabilité établissant qu'elle a exposé des frais hospitaliers d'un montant de 23 058 euros du 14 au 23 avril 2019, des frais médicaux d'un montant de 748,15 euros du 24 avril au 30 septembre 2019, des frais pharmaceutiques d'un montant de 19,80 euros le 21 juin 2019, des frais d'appareillage à hauteur de 89,04 euros le même jour et des frais de transport pour la somme de 164,50 euros le 26 avril 2019, en lien direct et certain avec cet accident.
26. En second lieu, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt, de la SMACL Assurances et de la communauté d'agglomération Val Parisis in solidum la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité de frais de gestion, à verser à la CPAM du Val-d'Oise en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 18 décembre 2023.
27. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Leu-la-Forêt, la SMACL Assurances ainsi que la communauté d'agglomération Val Parisis doivent être condamnées in solidum à verser à la CPAM du Val-d'Oise la somme de 24 079,49 euros et la somme de 1 191 euros.
Sur les appels en garantie :
28. La communauté d'agglomération de Val Parisis demande à ce que la commune de Saint-Leu-la-Forêt et son assureur la garantissent de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre. Comme il a été dit précédemment, la communauté d'agglomération et la commune étant conjointement chargées de l'entretien de la plaque d'égout litigieuse, leur part de responsabilité peut être fixée à 50 % chacune. Il y a ainsi lieu de condamner la commune de Saint-Leu-la-Forêt et son assureur, la SMACL Assurances, à garantir la communauté d'agglomération de Val Parisis à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à son encontre par le présent jugement. De même, il y a lieu de condamner cette communauté d'agglomération à garantir la commune de Saint-Leu-la-Forêt et la SMACL Assurances, à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à leur encontre par le présent jugement.
Sur la déclaration de jugement commun à la CPAM du Val-d'Oise :
29. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM du Val-d'Oise a été régulièrement mise en cause. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne les dépens :
30. Les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur B, d'un montant total de de 1 986 euros TTC, ont été liquidés, taxés et mis à la charge A D par une ordonnance n°2005279 du président par intérim du tribunal en date du 6 décembre 2021. Il y a lieu de mettre ce montant à la charge définitive de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la communauté d'agglomération Val Parisis in solidum.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
31. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt, de la SMACL Assurances et la communauté d'agglomération Val Parisis in solidum une somme de 1 000 euros verser à la CPAM du Val-d'Oise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
32. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la communauté d'agglomération Val Parisis in solidum une somme de 1 500 euros verser aux ayants droit d'André D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Leu-la-Forêt, la SMACL Assurances et la communauté d'agglomération Val Parisis sont condamnées in solidum à verser aux ayants droit A D la somme de 12 000 euros.
Article 2 : La commune de Saint-Leu-la-Forêt, la SMACL Assurances et la communauté d'agglomération Val Parisis sont condamnées in solidum à verser à la CPAM du Val-d'Oise la somme de 24 079,49 euros.
Article 3 : Il est mis, in solidum, à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt, de la SMACL Assurances et de la communauté d'agglomération Val Parisis la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité de frais de gestion.
Article 4 : La somme de 1 986 euros au titre des frais d'expertise est mise, in solidum, à la charge définitive de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la communauté d'agglomération Val Parisis.
Article 5 : La commune de Saint-Leu-la-Forêt et la SMACL Assurances garantiront la communauté d'agglomération de Val Parisis à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à son encontre par le présent jugement.
Article 6 : La communauté d'agglomération Val Parisis garantira la commune de Saint-Leu-la-Forêt et la SMACL Assurances à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à leur encontre par le présent jugement.
Article 7 : Il est mis, in solidum, à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt, de la SMACL Assurances et de la communauté d'agglomération Val Parisis une somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Il est mis, in solidum, à la charge de la commune de Saint-Leu-la-Forêt et de la communauté d'agglomération Val Parisis une somme de 1 500 euros à verser aux ayants-droits A D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié aux ayants droit A D, à la commune de Saint-Leu-la-Forêt, à la SMACL Assurances, à la communauté d'agglomération Val Parisis et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
V. Fléjou
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2005080
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026