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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2005097

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2005097

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2005097
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre (JU)
Avocat requérantCHAUMANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 juin 2020 et 15 novembre 2023, la SAHLM Logirep, représentée par Me Paul-Gabriel Chaumanet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 734,43 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique, avec intérêts de droit ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant sans titre du logement dont elle est propriétaire ;

- le préjudice subi s'élève à 734,43 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues pendant la période de responsabilité de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la société a été intégralement désintéressée de sa créance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. la société Logirep demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 734,43 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour expulser, en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal d'instance de Colombes du 3 février 2017, l'occupant sans titre du logement dont elle est propriétaire rue des Bourguignons à Bois-Colombes. Le concours de la force publique a été accordé effectivement le 16 juillet 2019.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. L'article L. 412-6 de ce code dispose par ailleurs : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. "

4. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité.

5. Aux termes de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.

6. Il résulte de l'instruction que la requérante a requis le concours de la force publique le 8 décembre 2017. Le préfet, au terme du délai de deux mois dont il disposait pour répondre à la réquisition, a implicitement refusé de l'accorder. La période de responsabilité de l'Etat a ainsi commencé à courir à compter du 1er avril 2018 pour s'achever le 16 juillet 2019, date à laquelle le concours de la force publique a été effectivement accordé au propriétaire.

Sur le préjudice :

7. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

8. Le juge des référés du tribunal d'instance de Colombes a fixé l'indemnité d'occupation mensuelle au montant des loyers indexés et des charges. Il n'est pas contesté par les parties qu'un protocole transactionnel est intervenu entre elles pour désintéresser la requérante de sa créance antérieure au 1er février 2019. L'Etat fait valoir qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif du 20 novembre 2020 il a versé à la requérante la somme de 3 122,55 euros couvrant intégralement le préjudice subi sur la période de responsabilité courant du 1er février 2019 au 16 juillet 2019, et qu'il était fondé à déduire de la créance de la société à son égard les sommes versées par l'occupant sans titre au cours de cette même période. Il résulte toutefois de l'instruction qu'à la date du 1er février 2019 la dette locative antérieure à la période de responsabilité de l'Etat était de 8 108,72 euros et que les versements effectués à compter de cette date par l'ex-locataire n'ont pas suffi à combler celle-ci et à régler également les indemnités mensuelles mises à sa charge sur cette période. Dès lors la somme de 619,04 euros versée par l'ex-locataire en mai 2019 avait vocation à être affectée prioritairement au comblement de la dette existante, et non au paiement des indemnités d'occupation nées au cours de la période du 1er février 2019 au 16 juillet 2019. La société Logirep est par conséquent fondée à soutenir que ce versement ne pouvait venir en atténuation des sommes dues par l'Etat au titre de sa responsabilité entre le 1er février 2019 et le 16 juillet 2019, sommes qu'il convient de fixer, au vu décompte locatif produit par la société, au montant de 3 856,98 euros correspondant aux indemnités d'occupation demeurées impayées. Dès lors il y a lieu de fixer à la somme de 734,43 euros, correspondant à la différence entre ce montant de 3 856,98 euros et l'indemnité de 3 122,55 euros versée par l'Etat en exécution de l'ordonnance précitée, la somme due par l'Etat au titre de la réparation du préjudice subi par la société Logirep du fait du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique du 1er février 2019 au 16 juillet 2019.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 734,43 euros le préjudice subi par la requérante à raison du refus de concours de la force publique.

Sur les intérêts :

10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. " La société requérante a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité en capital prévue au point 9 à compter du 13 février 2020, date de sa demande d'indemnisation préalable au préfet des Hauts-de-Seine.

Sur la subrogation :

11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détient la société Logirep à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Logirep et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :L'Etat est condamné à payer la somme de 734,43 euros à la société Logirep. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 février 2020.

Article 2 : Le paiement de la somme fixée à l'article 1er est subordonné à la subrogation de l'Etat, à concurrence de cette somme, dans les droits de la société Logirep à l'encontre des occupants sans titre pendant la période de responsabilité de l'Etat.

Article 3 : L'Etat versera à la société Logirep une somme de 1000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Logirep et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivré au Préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le magistrat délégué,

signé

F. - E. BaudeLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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