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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2005151

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2005151

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2005151
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJLAVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2020, Mme A E, représentée par Me Jouhanny, avocate, demande au Tribunal :

1°) de restituer la somme de 2 151,15 euros correspondant aux acomptes versés pour le paiement des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie, avec son ex-époux, au titre des années 2010 à 2012, majorée des intérêts de droit à compter du 29 octobre 2019 et de la capitalisation des intérêts, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Jouhanny en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- la saisie administrative à tiers détenteur a été irrégulièrement notifiée, en l'absence de signature ;

- elle n'a reçu ni courrier d'information ou de relance ni titre exécutoire avant notification de la saisie administrative ;

- elle est en situation d'indigence.

La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a été mise en demeure de produire le 22 septembre 2021.

Par ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a produit un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 16 novembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 28 mars 2019, le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du centre des finances publiques des Hauts-de-Seine a émis à l'encontre de Mme D une saisie administrative à tiers détenteur pour un montant de 144 420,85 euros, adressée à son établissement bancaire, au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge du foyer fiscal qu'elle formait avec son époux, M. B C, au titre des années 2010 à 2012. Mme D a formé une réclamation, le 20 octobre 2019, tendant à la décharge de la solidarité de paiement de ces cotisations sur le fondement de l'article 1691 bis du code général des impôts et au remboursement de la somme déjà prélevée de 2 151,15 euros. L'administration fiscale a accordé cette décharge le 11 mars 2020. Mme D demande au Tribunal de prononcer le remboursement de la somme de 2 151,15 euros correspondant aux acomptes versés pour le paiement des impositions résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre.

2. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " I. - Les époux () sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune () II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : / a) Le jugement de divorce ou de séparation de corps a été prononcé ; / b) La déclaration conjointe de dissolution du pacte civil de solidarité établie par les partenaires ou la signification de la décision unilatérale de dissolution du pacte civil de solidarité de l'un des partenaires a été enregistrée au greffe du tribunal d'instance ; / c) Les intéressés ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; / d) L'un ou l'autre des époux ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité a abandonné le domicile conjugal ou la résidence commune. / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. Elle alors prononcée selon les modalités suivantes : / a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité () La moitié des revenus des personnes mentionnées au 2° de l'article 196 ainsi qu'à l'article 196 A bis est ajoutée à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité () / d) Pour les intérêts de retard et les pénalités mentionnées aux articles 1727,1728,1729,1732 et 1758 A consécutifs à la rectification d'un bénéfice ou revenu propre au conjoint ou au partenaire de pacte civil de solidarité du demandeur, la décharge de l'obligation de paiement est prononcée en totalité. Elle est prononcée, dans les autres situations, dans les proportions définies respectivement au a pour l'impôt sur le revenu, au b pour la taxe d'habitation et au c pour l'impôt de solidarité sur la fortune () III. - Les personnes en situation de gêne et d'indigence qui ont été déchargées de l'obligation de paiement d'une fraction des impôts, conformément au II, peuvent demander à l'administration de leur accorder une remise totale ou partielle de la fraction des impositions mentionnées aux 1° et 2° du I restant à leur charge. / Pour l'application de ces dispositions, la situation de gêne et d'indigence s'apprécie au regard de la seule situation de la personne divorcée ou séparée à la date de demande de remise. / IV. - L'application des II et III ne peut donner lieu à restitution. ".

3. L'article 1691 bis du code général des impôts institue un droit à décharge de la solidarité au bénéfice des contribuables qui remplissent les conditions qu'il énonce. Le recours formé contre la décision par laquelle l'administration fiscale rejette la demande de décharge de solidarité présentée sur le fondement de ces dispositions, ne porte ni sur l'assiette, ni sur le recouvrement de l'impôt au sens de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Saisi d'une demande tendant à l'annulation d'une décision prise sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, le juge de l'impôt statue comme juge de plein contentieux.

4. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, Mme D ne peut utilement se prévaloir de l'irrégularité de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur, pour un montant de 144 420,85 euros, au demeurant adressée à son établissement bancaire avant le prononcé de la décharge en responsabilité solidaire du 11 mars 2020.

5. En tout état de cause, les dispositions précitées de l'article 1691 bis du code général des impôts font obstacle à ce qu'une décharge de responsabilité solidaire puisse donner lieu à la restitution d'impositions déjà payées à la date de la demande de cette décharge. La circonstance que Mme D se trouve dans une situation financière indigente est à cet égard sans incidence. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la demande de la requérante tendant à ce que lui soient restituées les sommes déjà prélevées à la date de sa demande en décharge de solidarité, lesquelles ne peuvent être regardées comme entrant dans le champ de la décharge de solidarité accordée par la décision du 11 mars 2020.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de restitution de Mme D doivent être rejetées. Les conclusions relatives aux frais d'instance doivent être rejetées par voie de conséquence. Par suite, la requête doit être rejetée dans son ensemble.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine et à Me Jouhanny.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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