Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2005666
lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2005666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°1909784 du 22 juin 2020, le tribunal administratif de Versailles a renvoyé le dossier de la requête au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 25 juin 2020, Mme A Baron, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 octobre 2019 par laquelle la ministre du travail a autorisé son licenciement.
Elle soutient que :
- la ministre du travail n'a pas exercé son contrôle au regard du motif de la demande de licenciement déposée par son employeur, à savoir la menace sur la compétitivité de l'entreprise dès lors qu'elle a fondé sa décision sur les difficultés économiques de l'entreprise ;
- la cause économique invoquée par l'employeur n'est pas matériellement établie ;
- la liquidation judiciaire de la filiale de la société DPR INVEST et la résiliation du contrat de prestations conclu entre les deux sociétés n'a pas eu pour effet de supprimer son emploi ;
- son employeur a méconnu son obligation de reclassement ;
- la décision d'éviction a été prise avant l'engagement de la procédure de demande d'autorisation de licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la société DPR INVEST, laquelle n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Madame Baron A, salariée de la société DPR INVEST, qui a notamment pour objet et activité l'achat et le financement de produits bureautiques, électroniques et informatiques et de services associés au secteur des transports, occupait depuis le 2 mai 2008 le poste de directrice du service juridique et des ressources humaines et détenait le mandat de conseiller prud'homal. Par courrier du 16 mars 2021, la société a saisi l'inspecteur du travail de la DRIEETS Ile-de-France d'une demande d'autorisation en vue de prononcer son licenciement. Par une décision du 24 juin 2019, l'inspectrice du travail a refusé le licenciement de Mme Baron A. Par une décision du 23 octobre 2019, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail et a autorisé le licenciement de Mme Baron. Il s'agit de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : / () 3° A une réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité ; () les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas un groupe () ".
3. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière. Il résulte également des dispositions précitées que la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise peut constituer un motif de licenciement économique à la seule condition que soit établie une menace pour la compétitivité de l'entreprise, laquelle s'apprécie, lorsque l'entreprise appartient à un groupe, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient établis sur le territoire français. Enfin s'il n'appartient pas à l'administration saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, pour motif économique, de vérifier le bien-fondé des options de gestion décidées par l'entreprise dans le cadre de sa réorganisation, elle est toutefois tenue, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité objective de la menace qui pèse sur la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise.
4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que la société DPR INVEST, pour solliciter l'autorisation de licencier la requérante pour motif économique, a fait valoir qu'elle devait procéder à une réorganisation de l'entreprise en vue de sauvegarder sa compétitivité compte tenu de la procédure de liquidation judiciaire dont fait l'objet sa filiale, laquelle s'est mise en état de cessation de paiement compte tenu d'un endettement important. La requérante soutient que le ministre du travail a exercé son contrôle sur le seul motif des difficultés économiques de la société DPR INVEST et non sur la nécessité de la sauvegarde de la compétitivité. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le ministre a procédé à l'examen de la demande présentée par la société sur le fondement de l'existence d'une menace sur sa compétitivité et a estimé que celle-ci est " menacée de manière tangible " et que la cause économique à ce titre était établie. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'administration n'a pas exercé son contrôle sur le motif de la demande d'autorisation relatif à la nécessité pour l'entreprise de sauvegarder sa compétitivité doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la société DPR INVEST et la société DPLC ont développé une activité de prestations de services réciproques, la société DPLC assurant des prestations de transport pour la société DPR INVEST, et cette dernière assurant pour DPLC des prestations administratives. Les deux sociétés ont conclu une convention de prestations de services le 5 décembre 2016 faisant suite à une précédente convention signée en 2005, la société DPR INVEST fournissant à la société TDLC des prestations administratives, entre autres, des prestations comptables et des prestations de services courriers externalisés, et laquelle a été résiliée le 1er juillet 2019 à la suite de l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre de cette dernière. Il ressort également des éléments du dossier que des prestations informatiques étaient également fournies par la société DPR INVEST à la société TDLC. Il n'est pas, par ailleurs, sérieusement contesté que les sources de revenus de la société DPR INVEST provenaient à 90 % de sa filiale, la société TDLC. Ainsi, selon les éléments produits au dossier le résultat net de l'entreprise présente un déficit de 85 399 euros, pour la période du 1er janvier au 31 août 2019 et son chiffre d'affaires, ce point n'étant pas sérieusement contesté, est en dégradation constante à partir du mois d'avril 2019, passant d'un peu plus de 14 000 euros en janvier à moins de 4 000 euros en juillet. Si la requérante fait valoir que le déficit de 85 399 euros résulte à hauteur d'une somme de 47 349 euros du choix de gestion de l'entreprise de procéder au licenciement de trois salariés, s'agissant du coût de ces licenciements, elle ne le démontre pas par les éléments qu'elle produit, Par suite, le ministre a pu, sans erreur d'appréciation, considérer que la menace sur la compétitivité de la société était avérée et de nature à rendre nécessaire une réorganisation de la société, et autoriser le licenciement à ce titre de Mme Baron A.
6. En troisième lieu, si la requérante soutient que selon elle, la résiliation du contrat de prestation de services conclu entre la société DPR INVEST et sa filiale n'a pas eu pour effet de supprimer son poste car sans incidence sur ses fonctions, il n'appartient pas à l'autorité administrative de porter une appréciation ni au juge administratif sur les options de gestion décidées par la société dans le cadre de sa réorganisation.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises ".
8. Pour s'acquitter de son obligation de reclassement, l'employeur doit procéder à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans celles du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Le juge peut, pour s'assurer du respect de cette obligation, tenir compte de l'ensemble des circonstances de fait, notamment de ce que les recherches de reclassement conduites avaient débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus avancés par le salarié.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision en litige, non sérieusement contestées, que la société DPR INVEST n'appartient plus à un groupe. Par conséquent, l'obligation de reclassement ne doit s'exercer qu'au sein du périmètre de l'entreprise. Si la requérante fait valoir qu'elle assurait une double fonction au sein de la société DPR INVEST et notamment des prestations de formation, lesquelles auraient été confiées à un autre salarié, elle ne l'établit pas d'autant plus que la société DPR INVEST comporte quatre salariés dont les emplois sont supprimés, à savoir Mme A Baron et les trois salariés assurant les prestations pour la société TDLC. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la société DPR INVEST aurait méconnu son obligation de reclassement à son endroit.
10. En dernier lieu, la requérante soutient que la décision de la licencier a été prise avant même l'engagement de la demande d'autorisation de licenciement. Toutefois, les circonstances à les supposer avérées, telles que relatées dans ses courriers électroniques des 20 mai et 15 juillet 2019, notamment le fait qu'elle n'avait plus de moyens d'exercer ses fonctions à cette date, dès lors qu'elle ne possédait ni matériel informatique, ni téléphone, ne sont pas de nature à justifier que la décision de la licencier aurait été prise préalablement à la demande d'autorisation de la licencier, laquelle a été reçue par la DRIEETS Ile de France 19 avril 2019 après que l'intéressée ait été reçu en entretien par son employeur le 18 avril 2019. Par suite, le moyen ainsi invoqué doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête par Mme Baron A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Baron est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Baron, à la société DPR INVEST et à la ministre de la santé, du travail et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
G. Jacquelin
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au ministre de la santé, du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2005666
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026