mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2005946 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TAILFER ARNAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet 2020, le 21 septembre 2020 et le 10 novembre 2021, la société Takima, représenté par Me Tailfer, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de son exercice clos en 2014 à raison de la remise en cause par l'administration de l'éligibilité de différents projets au crédit d'impôt pour dépenses de recherche ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Takima soutient que :
- la procédure est entachée d'un défaut de débat oral dès lors que le service a demandé la communication d'informations portant sur le caractère éligible des projets de recherche externe dans le seul but de réduire la base de calcul du crédit impôt pour dépenses de recherche ;
- le service a manqué à son devoir de loyauté en lui demandant, par la transmission des informations réclamées, de s'auto-incriminer ce qui, par ailleurs méconnaît les règles du procès équitable ;
- l'administration a commis un détournement de procédure dès lors qu'elle ne l'a pas informée dans son courriel du 20 janvier 2017 que le contrôle portait non seulement sur l'éligibilité des projets au crédit d'impôt pour dépenses de recherche mais également sur la déductibilité des facturations ;
- le service ne pouvait remettre en cause le crédit d'impôt pour dépenses de recherche, tel que prévu par l'article 244 quater B du code général des impôts, à raison des dépenses réalisées dans ce cadre, d'une part, des projets internes et, d'autre part, de prestations rendues au profit des sociétés Altendis et Fianet, dès lors que les contrats correspondants font état d'un engagement à livrer aux clients des prestations d'ingénierie et non des prestations de recherche et de développement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2020 et le 26 décembre 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la somme de 94 043 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- il a procédé à un dégrèvement, en cours d'instance, à hauteur de 94 043 euros ;
- les moyens invoqués par la société Takima ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huon, président-rapporteur
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,
- et les observations de Me Tournier, substituant Me Tailfer, pour la société Takima.
Considérant ce qui suit :
1. La société Ebusiness Information devenue la société Takima, spécialisée dans le développement de logiciels, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 étendue au crédit d'impôt pour dépenses de recherche (CIR) au titre de l'année 2013. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 9 décembre 2017, l'administration a notamment remis en cause une fraction du crédit d'impôt pour dépenses de recherche dont la société avait bénéficié au titre de l'année 2014. Le rappel d'impôt sur les sociétés correspondant, finalement arrêté à 356 981 euros, a été mis en recouvrement le 30 septembre 2019. A la suite du rejet de sa réclamation, la société Takima demande au tribunal de prononcer la décharge de ce rappel.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 30 novembre 2020, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement de l'imposition en litige à hauteur de 94 043 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés ". Aux termes de l'article L. 13 du même livre : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ".
4. En premier lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une société a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
5. La société Takima soutient que les informations transmises au service et la production d'un rapport portant sur l'éligibilité des projets de recherche externe ont été réclamées dans le seul but de la priver du bénéfice du crédit d'impôt pour dépenses de recherche sans que l'administration fiscale lui offre la possibilité de mener avec elle un débat oral et contradictoire. Toutefois, et alors que la vérification de comptabilité s'est déroulée dans ses locaux, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que le vérificateur, qui du reste, n'a remis que partiellement en cause le CIR déclaré au titre de l'année 2014, se serait refusé à tout échange de vues en la matière. Elle n'établit donc pas avoir été privée de la garantie correspondante.
6. En deuxième lieu, d'une part, en sollicitant de la société vérifiée les pièces justifiant du bien-fondé des déclarations souscrites, le vérificateur s'est borné à exercer son pouvoir de contrôle conformément aux dispositions citées au point 3. Par suite, et dès lors qu'elle n'élève aucun grief précis quant aux conditions dans lesquelles le service a pris connaissance de ces pièces, la société Takima ne saurait utilement soutenir qu'il aurait méconnu à son encontre un " principe de loyauté ".
7. D'autre part, pour contester la procédure d'imposition, la contribuable ne peut davantage utilement se prévaloir des stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le litige ne porte sur aucune pénalité et n'est relatif ni à une contestation de caractère civil ni à une accusation en matière pénale au sens de ces stipulations.
8. En troisième lieu, en informant la société Takima, par un courriel du 20 janvier 2017, de son intention de solliciter l'avis d'un expert du ministère chargé de la recherche, l'administration, qui, dans le même temps, avait entrepris la vérification du montant des dépenses déclarées au titre du CIR n'a pas entendu limiter son examen à la seule question de l'éligibilité des projets de recherche concernés. Par suite, le moyen tiré de ce que cette information caractériserait un prétendu détournement de procédure ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé :
9. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'année 2014 : " I. Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () / II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique () / b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. () c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations () / d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. () / d ter) Les dépenses mentionnées aux d et d bis entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 2millions d'euros par an. Cette limite est portée à 10 millions d'euros pour les dépenses de recherche correspondant à des opérations confiées aux organismes mentionnés aux d et d bis, à la condition qu'il n'existe pas de lien de dépendance au sens des deuxième à quatrième alinéas du 12 de l'article 39 entre l'entreprise qui bénéficie du crédit d'impôt et ces organismes () / III. Les subventions publiques reçues par les entreprises à raison des opérations ouvrant droit au crédit d'impôt sont déduites des bases de calcul de ce crédit, qu'elles soient définitivement acquises par elles ou remboursables. Il en est de même des sommes reçues par les entreprises, organismes ou experts mentionnés au d, au d bis ou au 6° du k du II, pour le calcul de leur propre crédit d'impôt () ".
10. D'une part, il résulte de ces dispositions que les sommes reçues par les organismes de recherche privés agréés mentionnés au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts pour la réalisation d'opérations de recherche qui leur sont confiées par des entreprises entrant elles-mêmes dans le champ des bénéficiaires du crédit d'impôt recherche constituent, pour ces entreprises donneuses d'ordre, des dépenses éligibles à ce crédit. S'agissant des organismes de recherche sous-traitants, ils ne peuvent inclure les dépenses exposées pour réaliser de telles opérations dans la base de calcul de leur crédit d'impôt recherche. En revanche, lorsqu'un tel organisme engage des dépenses de recherche pour son propre compte, y compris dans l'hypothèse où elles sont suscitées par l'exécution de prestations pour le compte d'un tiers dont l'objet ne porte pas sur la réalisation d'opérations de recherche, cet organisme peut inclure ces dépenses dans la base de calcul de son crédit d'impôt si elles satisfont aux exigences posées par l'article 244 quater B du code général des impôts, sans que ces dispositions ne lui imposent de déduire de cette assiette les sommes facturées au bénéficiaire des prestations, qui ne constituent pas, pour ce dernier, des dépenses éligibles à ce crédit d'impôt.
11. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations.
12. En premier lieu, pour la détermination du CIR devant bénéficier à la société Takima au titre de l'année 2014, l'administration, en application des principes rappelés au point 10, a admis en cours d'instance de tenir compte des dotations aux amortissements, des dépenses de personnel et des autres dépenses de fonctionnement liées aux projets de recherche interne, en conséquence de quoi elle a prononcé le dégrèvement mentionné au point 2. Par suite, et dès lors qu'elle ne conteste pas le montant du crédit d'impôt dont elle a ainsi obtenu la restitution, les arguments de la requérante relatifs aux projets en cause sont désormais sans portée.
13. En second lieu, s'agissant des projets de recherche externe qu'elle a conduits en qualité de sous-traitante des sociétés Altendis et Fianet, la société Takima, organisme agréé au sens des dispositions précitées, soutient que lesdits contrats de sous-traitance portent exclusivement sur la réalisation de prestations d'ingénierie ou de développement d'applications informatiques sans faire référence à des prestations de recherche au profit du donneur d'ordre, ni prévoir de transfert de la propriété intellectuelle de telles prestations. Toutefois, l'administration relève que les travaux auxquels ils ont donné lieu appartiennent exclusivement aux donneurs d'ordre, lesquels en conservent la maîtrise et en acquièrent au moment du paiement du prix, la propriété matérielle et tous les droits patrimoniaux y associés. Elle souligne qu'aux termes des contrats conclus avec ses clients, la société requérante ne peut dupliquer ni vendre à des tiers les résultats des recherches entreprises ni les utiliser pour son propre compte ou à l'occasion de la réalisation de prestations d'ingénierie pour le compte d'autres donneurs d'ordre. Elle ajoute que les dépenses de personnel intégrées par la société Takima dans ses dépenses de recherche correspondent à l'intégralité des heures facturées aux clients, fût-ce de manière forfaitaire, de sorte qu'aux opérations identifiées comme relevant de la recherche correspond l'intégralité des temps de travail des personnels affectés aux projets sous-traités et non à des développements partiels au sein des travaux commandés. Outre qu'elle ne conteste pas précisément ces constatations, la société requérante, seule à même de pouvoir le faire, se borne à produire un tableau récapitulatif des contrats conclus avec ces sociétés mais n'apporte aucun élément permettant d'identifier des prestations de recherche, distincte des prestations d'ingénierie, qu'elle aurait été amenée à conduire pour son propre compte à l'occasion des opérations de sous-traitance. Par conséquent, il ne résulte pas de l'instruction que la société Takima était en droit d'inclure les dépenses correspondantes, non individualisées par rapport aux prestations fournies contractuellement à ces clients, dans la base de calcul de son propre crédit d'impôt. Elle n'est donc pas fondée à contester la rectification qui lui a été assignée de ce chef.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de la société Takima une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en décharge présentées par la société Takima à hauteur du dégrèvement mentionné au point 2 du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à la société Takima une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête de la société Takima est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la société Takima et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Richard, première conseillère,
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
L'assesseure la plus ancienne
signé
A. RICHARD
Le président
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026