mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2006115 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ROUZAUD & ARNAUD-OONINCX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2020, la SARL La Tonnelle, représentée par Me Rouzaud, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période allant du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018 ;
2°) de condamner l'Etat à verser la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- L'administration n'était pas fondée à recourir à la procédure d'imposition d'office en alléguant une opposition à contrôle fiscal ;
- L'imposition est exagérée en ce qu'elle ne tient pas compte du volume de son activité de restauration ;
- Faute d'opposition à un contrôle fiscal, l'application de la majoration prévue en pareil cas n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la SARL La Tonnelle ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL La Tonnelle, qui exploite des activités de restauration et de location de locaux, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période allant du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 30 septembre 2019, le service a assigné à la société des rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférents à l'ensemble de la période vérifiée, selon la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales. Ces rappels, assortis de la majoration prévue par l'article 1732 du code général des impôts, en cas d'opposition à contrôle fiscal, ont été mis en recouvrement le 15 novembre 2019. Par la requête susvisée, la SARL La Tonnelle demande au tribunal la décharge des droits et pénalités ainsi mis à sa charge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. (/) Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés ". En outre, aux termes de l'article L. 102 B du même livre : " I. - Les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration doivent être conservés pendant un délai de six ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis. Sans préjudice des dispositions du premier alinéa, lorsque les livres, registres, documents ou pièces mentionnés au premier alinéa sont établis ou reçus sur support informatique, ils doivent être conservés sous cette forme pendant une durée au moins égale au délai prévu au premier alinéa de l'article L. 169. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 74 du même livre : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. / Ces dispositions s'appliquent en cas d'opposition à la mise en œuvre du contrôle dans les conditions prévues aux I et II de l'article L. 47 A () "
3. Il résulte de l'instruction que lors du contrôle du vérificateur, la société requérante, qui était dans l'obligation de conserver les factures et devis considérés comme des pièces comptables pendant une durée de six ans et de les présenter à l'administration fiscale à sa demande, n'a pas présenté de justificatifs des recettes demandés autres que des facturettes manuscrites ne présentant aucun caractère chronologique et dépourvues de numérotation fiable, dont certaines ne précisaient même pas le montant de TVA appliquée, ou ne permettaient pas d'identifier les prestations y afférentes. La SARL La Tonnelle soutient que l'ensemble des fichiers d'écritures comptables ont été transmis au vérificateur et qu'elle ne disposait d'aucune pièce justificative de recettes autre que les facturettes précitées. Toutefois, en cours de contrôle et à la suite de l'exercice de son droit de communication, l'administration s'est avisée de ce que la société avait bien utilisé un logiciel de gestion comptable notamment avec deux clients, les sociétés Comptamax et Ness, et que les factures informatisées obtenues auprès de ces clients faisaient apparaître toutes les mentions obligatoires en matière de facturation, qui n'avaient pourtant pas été produites lorsque demandées et qui auraient dû être en possession de la requérante. Si la SARL La Tonnelle a alors déclaré n'avoir utilisé qu'exceptionnellement le logiciel de gestion commerciale, elle n'a pas été en mesure d'expliquer pourquoi elle ne l'utilisait qu'avec certains clients et n'avait alors pas fait de sauvegarde automatique des factures informatisées, ce qui est précisément l'une des finalités d'un tel outil. Par ailleurs, la facture présentée par le client Comptamax portait le numéro n°F00847 du 5 septembre 2016, ce qui fait clairement apparaître que de nombreuses autres factures avaient été produites avec le logiciel de gestion commerciale, infirmant ainsi le caractère prétendument exceptionnel de son utilisation et révélant que la société était nécessairement en possession d'autres factures informatisées. Ainsi, la SARL La Tonnelle, en dépit de demandes répétées du vérificateur, a dissimulé les éléments qui auraient permis de vérifier ses recettes et, en particulier, la consistance exacte des prestations rendues à la clientèle, et a ainsi fait obstacle au déroulement normal du contrôle. C'est donc à juste titre que le service a considéré que le comportement de la contribuable était constitutif d'une opposition à contrôle, peu importe à cet égard que le gérant ne se soit pas montré agressif ni même discourtois envers le vérificateur. Par suite, l'administration était en droit d'évaluer d'office les bases d'imposition de la société, selon la procédure prévue par l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, sans que ni les dispositions de cet article ni aucune disposition législative ou réglementaire ne lui fassent obligation de dresser, au préalable, un procès-verbal.
4. En second lieu, la SARL La Tonnelle n'est, en tout état de cause, pas fondée à invoquer les commentaires administratifs publiés au BOFiP sous la référence BOI-CF-IOR-40, lesquels, dès lors qu'ils sont relatifs à la procédure d'imposition, sont exclus du champ d'application de la garantie contre les changements de doctrine figurant à l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Et aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193, le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
6. En vertu de l'article 278 du CGI, dans sa rédaction applicable à l'espèce, le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 %. L'article 279 du CGI dispose que la taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne les ventes à
consommer sur place, à l'exclusion de celles relatives aux boissons alcooliques qui relèvent du taux prévu à l'article 278.
7. Le service vérificateur a établi d'office l'imposition en considérant que la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 5,5 % ne concernait que 20 % du chiffre d'affaires de la SARL La Tonnelle. La société requérante, sur laquelle repose la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions contestées, fait valoir qu'elle a acheté de la nourriture pour un montant de 184 014 euros en 2016, 171 143 euros en 2017 et 127 912 euros en 2018, et qu'elle l'a revendue aux clients avec un coefficient multiplicateur. Elle n'est toutefois pas en mesure de justifier ni de la vente de ces denrées, ni de ce coefficient multiplicateur. Ce faisant, la SARL La Tonnelle, qui ne propose pas de méthode alternative pour déterminer avec certitude le volume de son activité de restauration, par rapport à celle de location de salle, et qui n'apporte aucun élément remettant en cause la ventilation dans l'application des taux de taxe sur la valeur ajoutée pour chaque période, n'établit pas le caractère excessivement sommaire ou radicalement vicié de la méthode retenue qui tient compte des données propres à l'entreprise dans toute la mesure où elles ont pu être connues et reconstituées par l'administration.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts dans sa version alors en vigueur : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat ". Dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la procédure prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales a été régulièrement mise en œuvre, c'est à bon droit que le service a assorti les rappels en litige de la majoration visée au a. de l'article 1732 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL La Tonnelle doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL La Tonnelle est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Tonnelle et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
M. A et M. Viain, premiers conseillers,
Assistés de Mme Riquin, greffière.
Lu en audience publique le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C.HUON
La greffière,
signé
S. RIQUIN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2006115
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026