mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2006633 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juillet 2020, 24 mars 2021, 7 juillet 2022 et 26 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Eurosic, représentée par Me Goarant-Moraglia et Me Romanik, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe spéciale d'équipement et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères, auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire au 12, cours Michelet à Puteaux (92) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, les travaux de rénovation lourde opérés sur l'immeuble ont affecté le gros-œuvre d'une manière telle qu'ils l'ont rendu dans son ensemble impropre à toute utilisation ; par suite, il convient de l'exclure du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de ne l'imposer qu'en tant que propriété non bâtie ; à cet égard, le service a considéré que l'ensemble immobilier a effectivement fait l'objet d'une restructuration totale après démolition intérieure, dans la mesure où elle a obtenu le bénéfice de l'exonération prévue en faveur des constructions nouvelles au titre des deux années suivant celle de l'achèvement intervenu en 2019.
- à titre subsidiaire, elle peut bénéficier du dégrèvement partiel des impositions contestées à hauteur des surfaces démolies, les surfaces non démolies ne demeurant, quant à elles, taxables jusqu'à l'achèvement des travaux qu'en tant que lieux de dépôt couvert (catégorie " DEP 2 ").
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 novembre 2020 et 14 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la demande est irrecevable en ce qui concerne les impositions de l'année 2016.
- elle n'est pas fondée en ce qui concerne les impositions l'année 2017.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huon, magistrat désigné,
- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,
- et les observations de Me Roche, représentant la SAS Eurosic.
Une note en délibéré pour la SAS Eurosic a été enregistrée le 7 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Eurosic a engagé des travaux de réhabilitation de l'immeuble " Carré Michelet " dont elle est propriétaire 12, cours Michelet à Puteaux (92). Estimant que ces travaux rendaient l'immeuble impropre à toute utilisation, elle a sollicité, le 28 décembre 2018, le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes y afférentes, établies au titre des années 2016 et 2017. A la suite du rejet de sa réclamation, elle réitère ses prétentions devant le juge de l'impôt, tout en les limitant expressément à l'année 2017.
Sur les conclusions présentées à titre principal :
2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code (). ". Aux termes de l'article 1415 du même code précité, la taxe foncière sur les propriétés bâties est due " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ". En vertu de l'article 1521 de ce code, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères visée par l'article 1520 porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Aux termes de l'article 1607 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Il est institué, au profit des établissements publics fonciers mentionnés à l'article L. 324-1 du code de l'urbanisme () une taxe spéciale d'équipement destinée à permettre à ces établissements de financer les acquisitions foncières et immobilières correspondant à leur vocation () / Le produit de la taxe spéciale d'équipement est réparti, dans les conditions définies au I de l'article 1636 B octies, entre toutes les personnes physiques ou morales assujetties aux taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties, à la taxe d'habitation et à la cotisation foncière des entreprises dans les communes comprises dans la zone de compétence de l'établissement public. / La base de la taxe est déterminée dans les mêmes conditions que pour la part communale ou, à défaut de part communale, dans les mêmes conditions que la part intercommunale de la taxe principale à laquelle la taxe additionnelle s'ajoute () ". Enfin, aux termes de l'article 1599 quater B du même code : " Une taxe additionnelle spéciale annuelle est instituée au profit de la région d'Ile-de-France. ".
3. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entraînant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.
4. La SAS Eurosic fait valoir que l'opération de réhabilitation de l'immeuble, qui, engagée en 2015, s'est achevée le 25 juillet 2019 a entraîné la suppression de 43 % de la surface des planchers existante, notamment par la destruction des deux tourelles ainsi que d'une partie de l'atrium, le remplacement intégral des façades, la dépose de la toiture et de l'atrium liée à la création de nouvelles surfaces sur 2 niveau en ce qui concerne l'aile Nord et 5 niveaux en ce qui concerne l'aile sud et des modifications de la structure et une consolidation des fondations nécessitées par cette surélévation. Toutefois, et alors que, selon le planning produit par la requérante, les travaux de démolition proprement dits n'ont démarré qu'en novembre 2016, le constat d'huissier, établi le 30 décembre suivant, relève simplement que l'immeuble est dépourvu de fenêtres, de chauffage et d'électricité mais ne fait état d'aucune atteinte significative à sa structure. La société n'apporte, par ailleurs, aucun élément sur l'ampleur des travaux de gros-œuvre qui auraient été réalisés au 1er janvier 2017. Dans ces conditions, et alors même que les circonstances relatées ci-dessus ont compromis l'utilisation de l'immeuble, elles ne sont pas, à elles seules, de nature à lui faire perdre sa qualité de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.
Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :
5. L'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, désormais codifié à l'article 1498 du code général des impôts, a défini de nouvelles modalités de détermination et de révision de la valeur locative cadastrale des locaux professionnels, en vue de l'établissement des impositions directes locales à compter du 1er janvier 2017. A cette fin, le législateur a prévu la constitution de secteurs d'évaluation regroupant les communes ou parties de communes qui, dans chaque département, présentent un marché locatif homogène et le classement des locaux professionnels par sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination et, à l'intérieur de ces sous-groupes, par catégories, en fonction de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques. Il a également prévu la fixation, dans chaque secteur d'évaluation, de tarifs par mètre carré déterminés à partir des loyers moyens constatés par catégorie de propriétés. La valeur locative de chaque propriété bâtie est obtenue par application à sa surface pondérée du tarif par mètre carré correspondant à sa catégorie, modulé, le cas échéant, par l'application d'un coefficient de localisation. Par ailleurs, aux termes de l'article 1516 du code général des impôts, applicable à l'espèce : " () II. - Les valeurs locatives des propriétés bâties mentionnées à l'article 1498 sont mises à jour selon une procédure comportant : / - La constatation annuelle des changements affectant ces propriétés (). ". Aux termes de l'article 1517 du même code " I. - 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498 (). ". Enfin, aux termes de l'article 1406 dudit code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010. ".
6. D'une part, ainsi qu'il a été dit, la SAS Eurosic n'établit pas l'ampleur des démolitions qui auraient affecté l'immeuble au 1er janvier 2017. Elle n'est donc, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la surface imposable devrait être réduite en conséquence.
7. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'immeuble en litige, à usage de bureaux, a été rendu disponible, pendant la durée des travaux, pour un usage d'entrepôt. D'ailleurs, la requérante n'a pas avisé l'administration d'un quelconque changement d'affectation temporaire dans les conditions prévues par le I. de l'article 1406 du code général des impôts et n'allègue pas sérieusement qu'il aurait été utilisé à cette fin. Dès lors, la SAS Eurosic n'est pas fondée à soutenir que les travaux en cause auraient entraîné un changement d'affectation au sens de l'article 1517 du code général des impôts ni, par suite, que, pour la fixation de sa valeur locative, il devrait être assimilé à un entrepôt et classé dans la catégorie DEP 2 (lieux de dépôt couverts).
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir partielle soulevée par l'administration, la requête de la SCI Eurosic doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Eurosic est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) Eurosic et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le magistrat désigné,
signé
C. ALa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2006633
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026