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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2006812

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2006812

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2006812
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantVANNEAU

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 octobre 2019, les services de gendarmerie du Val-d'Oise ont effectué un contrôle dans un garage de réparation automobile situé allée du Grand Pré à Marines (95640) exploité par la société TS Auto Services. Ils ont constaté la présence de quatre ressortissants ivoiriens, M. G A, M. F D et M. C E dépourvus de titre les autorisant à travailler et à séjourner en France, et M. B D, titulaire d'une attestation de demandeur d'asile ne l'autorisant pas à travailler en France. Par une décision du 14 janvier 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué à la société TS Auto Services la contribution spéciale pour un montant de 72 400 euros et la contribution forfaitaire pour un montant de 7 659 euros. Par un courrier du 21 janvier 2020, la société a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par une décision du 11 février 2020, l'OFII a rejeté sa demande. Par un courrier du 28 février 2020, la société a, de nouveau, formulé un recours gracieux, implicitement rejeté. La société requérante demande au tribunal de réformer la décision du 14 janvier 2020 en ramenant le montant des contributions spéciale et forfaitaire à la somme de 9 793 euros.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'élaboration d'un échéancier de paiement :

2. Il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur. Dès lors le tribunal ne saurait se prononcer à la place de l'OFII sur la demande d'établissement d'un échéancier. Il s'ensuit que de telles conclusions, irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". En vertu de l'article L. 8253-1 de ce même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ". En outre, aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Enfin, l'article L. 5221-8 du code du travail prévoit que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ".

4. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, appréciée au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur. En outre, il résulte de ces dispositions que la contribution prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail a pour objet de sanctionner l'emploi, même indirect, d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire pour que le manquement soit caractérisé.

S'agissant de l'embauche de M. A :

5. Il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal de synthèse établi le 14 octobre 2019, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a présenté une copie d'un faux titre de séjour au moment de son embauche. La société requérante soutient qu'elle n'était pas en mesure de connaître le caractère frauduleux du document produit et qu'elle a procédé à sa déclaration préalable à l'embauche. Toutefois, il lui appartenait, en application des dispositions des articles L. 5221-8 et R. 5221-41 du code du travail, de s'assurer, en saisissant, le cas échéant, l'autorité préfectorale, de l'authenticité des documents attestant la régularité du séjour et l'existence d'une autorisation de travail de M. A. Il ne résulte pas de l'instruction que la société aurait procédé à de telles vérifications, notamment, comme il a été dit, en se rapprochant des services de la préfecture. La société requérante ne peut donc se prévaloir de sa prétendue bonne foi.

S'agissant de l'embauche de M. E :

6. Il résulte du procès-verbal de synthèse susmentionné, qui, ainsi qu'il a été rappelé, fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. E a présenté une photocopie d'une fausse carte nationale d'identité française lors de son embauche. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait sollicité l'original de cette carte nationale d'identité et procédé à une quelconque vérification de son authenticité. Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas que le salarié a justifié de sa nationalité française dès lors qu'il lui appartenait de procéder à la vérification de la pièce produite par comparaison avec le document original. Par ailleurs, si la société requérante, soutient que l'intéressé a présenté une attestation d'assurance maladie faisant valoir la validité d'un titre de séjour jusqu'au 31 décembre 2020, ses écritures sont en contradiction avec ses déclarations aux services de gendarmerie lors du contrôle et en outre à supposer que ce salarié ait produit un titre de séjour, elle n'établit pas davantage ni même n'allègue avoir cherché à vérifier l'authenticité de ce document en application des dispositions précitées. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur général de l'OFII a mis à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire litigieuses pour l'emploi de M. E.

S'agissant de M. F D :

7. La société TS Auto Services reconnait la matérialité des faits concernant l'embauche de M. D, lequel n'était en possession d'aucun titre l'autorisant à séjourner et à travailler en France et à raison de laquelle l'OFII a mis à sa charge les contributions spéciales et forfaitaire. La circonstance, à la supposer établie, que le salarié ne travaillait que depuis quatre jours à la date du contrôle, est sans incidence sur la matérialité de l'infraction. Par ailleurs, la société requérante n'établit pas qu'elle peut prétendre à l'application d'une minoration de la contribution spéciale mise à sa charge à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti.

S'agissant de l'embauche de M. B D :

8. Il résulte du procès-verbal de saisine précité, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que lors du contrôle, M. B D, demandeur d'asile, dépourvu d'une autorisation de travail, était occupé sur les freins d'un véhicule fourgon IVECO. Toutefois, la société requérante fait valoir qu'elle propose un service de location d'emplacement de matériel pour permettre à des tiers de réparer leur véhicule et que M. D était présent pour réparer un véhicule pour son propre compte. Ces propos sont corroborés par le procès-verbal d'audition de M. D qui a indiqué être venu travailler pour son compte en utilisant de l'outillage de la société en accord avec le gérant et par une attestation de l'intéressé réitérant ses propres dires dans le cadre de la présente instance. La circonstance qu'un contrat de location n'a pas été rédigé n'est pas de nature, à elle seule, à établir l'existence d'une relation de travail entre M. D et la société TS Auto services. Le moyen tiré de ce que la matérialité de l'infraction n'est pas établie doit être accueillie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société TS Auto services est seulement fondée à solliciter la réformation de la décision litigieuse du 14 janvier 2020 en tant seulement qu'elle concerne M. B D. Par conséquent, la société est déchargée du paiement de la somme de 18 100 euros correspondant à la contribution spéciale appliquée pour l'emploi irrégulier de M. D (1x3.62 X 5000).

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'OFII la somme réclamée par la société TS Auto services sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est réformée en tant seulement qu'elle porte sur la contribution spéciale appliquée pour l'emploi de M. B D.

Article 2 : La société TS Auto services SAS est déchargée de la somme de 18 100 euros correspondant à la contribution spéciale appliquée pour l'emploi de M. D.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société TS Auto services et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

T. Debourg

La présidente,

Signé

H. Le Griel

La greffière,

Signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°200681

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