mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2007171 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SYLVAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2004046 du 9 avril 2020, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête de M. A C B, enregistrée le 27 février 2020. Par une ordonnance n°2003960 du 18 juin 2020, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de M. B au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, qui l'a attribuée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par une ordonnance n°441636 du 21 juillet 2020.
Par cette requête, M. A C B, représenté par Me Sylvain, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- le service ne lui a pas transmis de proposition de rectification concernant les rehaussements pour l'année 2014 ;
- au titre des rehaussements pour les années 2015 et 2016, il n'a pas personnellement encaissé la somme de 99 520,30 euros ;
- la proposition de rectification adressée au titre des années 2015 et 2016 est insuffisamment motivée s'agissant des revenus distribués résultant du détournement d'espèces au détriment de la société HMB en 2015 et du compte-courant débiteur d'origine ouvert à son nom pour la société HMB pour l'année 2016 ;
- il n'a pas détourné la somme de 30 000 euros en espèce sur l'année 2015 et l'administration fiscale n'en apporte en tout état de cause pas la preuve en se basant sur des déclarations qu'il aurait eu lors de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle et qui n'ont fait l'objet d'aucun procès-verbal authentifié ;
- au titre des rehaussements pour l'année 2016, la reconstitution du compte-courant débiteur ouvert à son nom pour la société HMB est entachée d'irrégularités s'agissant du montant de l' " A-nouveau " et de certaines sommes qui ne pouvaient être qualifiées de revenus distribués s'agissant de salaires ou de sommes qu'il n'a pas appréhendées.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2021, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, gérant de la société HMB, a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 à 2016. L'administration fiscale lui a notifié différentes rectifications, au titre de ces trois années, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, générant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assortis de pénalités. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 20 août 2018 au titre de l'année 2014 et le 30 septembre 2018 au titre des années 2015 et 2016. Par des réclamations en date des 19 septembre 2018 et 24 octobre 2018, M. B a contesté ces impositions supplémentaires. L'administration fiscale ayant partiellement fait droit à ces réclamations, par une décision du 19 décembre 2019, M. B demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016 et restant à sa charge.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne l'année 2014 :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ".
3. Il résulte de l'instruction que l'administration établit avoir notifié à M. B le 21 décembre 2018 la proposition de rectification relative à l'année 2014. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu de proposition de rectification au titre de l'année 2014.
En ce qui concerne les années 2015 et 2016 :
S'agissant de la régularité de la procédure d'imposition :
4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.
5. En premier lieu, M. B soutient que la proposition de rectification qui lui a été adressée au titre des années 2015 et 2016 est insuffisamment motivée s'agissant du chef de redressement constitué par le détournement d'espèces à hauteur de 30 000 euros au détriment de la société HMB en 2015 et de la rectification de 186 614 euros apportée par le vérificateur à l' " A-nouveau " de son compte-courant au 1er janvier 2016. Toutefois, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 9 mars 2018 qui a été adressée à M. B comporte l'ensemble des mentions exigées au titre des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
7. Il résulte de la proposition de rectification du 9 mars 2018, portant sur les années 2015 et 2016, que le service a indiqué à M. B qu'il entendait fonder un rehaussement de 30 000 euros dans la catégorie des revenus distribués au titre de l'année 2015 résultant des espèces détournées à son profit, sur les renseignements obtenus dans le cadre de son droit de communication, exercé à l'occasion du contrôle de la société HMB, auprès du tribunal de grande instance de Nanterre. L'administration fiscale a ainsi obtenu la copie des différentes pièces de procédure relative à l'enquête judiciaire menée par la brigade de recherches et d'investigations financières contre la société HMB pour des faits de travail dissimulé, banqueroute et blanchiment de ces infractions, et en particulier les procès-verbaux d'audition de M. B dont des extraits sont reproduits dans la proposition de rectification.
8. A supposer que M. B ait entendu contester l'authenticité de ces procès-verbaux et ainsi la preuve de ces détournements d'espèce dont la charge incombe à l'administration, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des observations de l'intéressé sur la proposition de rectification, en date du 3 mai 2018, que ce dernier ait sollicité la communication des procès-verbaux en cause avant la mise en recouvrement des impositions en litige. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à remettre en cause l'authenticité des procès-verbaux litigieux.
S'agissant du bien-fondé des impositions supplémentaires :
Quant à l'année 2015 :
9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des sommes sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'elles ont été mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société HMB, dont M. B est le gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. L'administration fiscale fait valoir, sans que cela ne soit contesté, que ce contrôle a révélé qu'au cours de l'année 2015, des sommes ont été détournées de la société HMB par le biais de dépenses fictives comptabilisées au nom de différents fournisseurs. Par ailleurs, l'administration fiscale fait également valoir que l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. B a fait apparaître que les sommes appréhendées par ce dernier selon ce mode opératoire s'élevaient à 99 520 euros, somme à laquelle ont été déduites celle de 16 568 euros correspondant au total des dépenses inscrites comme " METRO " qui ont été acquittées par M. B pour le compte de la société HMB, et celle de 4 777 euros qui avait été comptabilisée deux fois, pour parvenir à une somme de 78 175 euros.
11. Il résulte de l'instruction que si la réponse aux observations du contribuable, en date du 15 mai 2018, indiquait à tort que les onze sommes mentionnées par M. B représentant un total de 44 766,58 euros n'avaient jamais été imposées au nom du requérant, cette motivation erronée n'a eu aucune incidence sur les rehaussements retenus par l'administration fiscale, ainsi que cette dernière l'a rappelé dans sa décision d'acceptation partielle de la réclamation préalable. En outre, l'administration fiscale a produit le relevé des inscriptions de ces sommes dans les deux comptes-courants de M. B, justifiant ainsi de la perception effective des montants contestés. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé la somme de 78 175 euros appréhendée par M. B comme un revenu distribué par la société HMB au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
12. En second lieu, il résulte des extraits de procès-verbaux reproduits par le service dans la proposition de rectification du 9 mars 2018, que M. B a reconnu devant les agents de la brigade de recherches et d'investigations financières prendre " jusqu'à 4 000 ou 4 500 € par mois en espèces à des fins purement personnelles ". Dans ces conditions, et alors que M. B n'apporte pas la preuve contraire, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé la somme de 30 000 euros appréhendée par M. B, somme au demeurant inférieure à celle effectivement appréhendée selon ses propres aveux, comme un revenu distribué par la société HMB au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Quant à l'année 2016 :
13. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () ". En application de ces dispositions, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts au 31 décembre de l'année en cause. En cas de variation de ce solde d'une année civile sur l'autre, seule la différence positive entre ces deux soldes peut légalement être incluse dans le revenu imposable de l'associé, l'actionnaire ou le porteur de parts pour l'année en cause.
14. En premier lieu, si M. B conteste le montant de l'" A-nouveau " retenu par l'administration en se prévalant d'une créance de 121 521 euros correspondant à un engagement de caution qu'il a envers la banque, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations.
15. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré dans les revenus imposables de M. B, au titre des revenus distribués, des sommes versées par la société HMB. Si le requérant soutient, d'une part que la somme de 27 090 euros correspond à des salaires qu'il aurait perçus, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors que l'administration fait valoir, sans être contredite, que la déclaration d'imposition sur les revenus de M. B au titre de cette même année ne faisait pas apparaître cette somme dans la catégorie des " traitements et salaires ". D'autre part, si M. B soutient ne jamais avoir encaissé des sommes correspondant à un total de 33 141 euros, il ne verse à l'appui de ses allégations aucun justificatif probant alors que ces sommes sont inscrites sur ses comptes bancaires. Par suite, ces sommes doivent être regardées comme ayant été distribuées par la société HMB et appréhendées par M. B sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a engagés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026