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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2007476

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2007476

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2007476
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 juillet 2020, le 13 décembre 2022 et le 7 février 2023, M. B, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2020 par lequel la maire de la commune de Bagneux (Hauts-de-Seine) l'a affecté sur l'emploi de chauffeur-livreur, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé le 14 avril 2020 ;

2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Bagneux de le réintégrer en qualité de chef d'atelier du garage municipal, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bagneux la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été invité à consulter son dossier administratif individuel ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 4 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dès lors qu'elles l'affectent à un emploi ne correspondant pas à son grade ;

- elles méconnaissent les dispositions du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale et les dispositions du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 dès lors qu'elles l'affectent à un emploi incompatible avec son état de santé ;

- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elles constituent une sanction disciplinaire déguisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juin 2022 et le 10 janvier 2023, la maire de la commune de Bagneux, représenté par Me Peru, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- les observations de Me Beguin pour Me B ;

- et les observations de Me Godemer pour la commune de Bagneux.

Une note en délibéré a été produite pour M. B le 30 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent de maîtrise affecté à la commune de Bagneux (Hauts-de-Seine) depuis le 1er avril 1994, a été responsable de l'atelier mécanique du garage municipal entre le 4 mars 2002 et le 6 juin 2017. A compter de cette date et dans le cadre de la réorganisation de ce garage, il a été affecté sur des fonctions de référent technique et de responsable hiérarchique de l'atelier. Par un arrêté du 10 juillet 2019, le requérant a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 10 décembre 2019, l'autorité municipale ayant décidé de l'ouverture d'une enquête disciplinaire à son encontre pour des faits de harcèlement moral contre un employé du garage. Par jugement n° 1916397 du 24 mars 2022, le tribunal a annulé cet arrêté en tant seulement qu'il prenait effet avant le 14 décembre 2019. Par un arrêté du 11 février 2020, l'autorité municipale a affecté M. B au poste de chauffeur-livreur puis à des tâches administratives au sein du service de restauration de la commune à compter du 31 janvier 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 14 avril 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".

3. Si la consultation de son dossier administratif par un agent public avant l'adoption d'une décision portant déplacement d'office constitue une garantie, M. B n'en a pas été privé, préalablement à l'adoption de la décision litigieuse le 11 février 2020, dès lors que le contenu de son dossier n'avait pas été modifié depuis le 17 septembre 2019, date à laquelle il l'a consulté dans le cadre de la procédure disciplinaire dont il a fait l'objet, et qu'il n'est pas établi ni même allégué qu'il aurait présenté des observations qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision adoptée. Par conséquent, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " () Un cadre d'emplois regroupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier, titulaires d'un grade leur donnant vocation à occuper un ensemble d'emplois. Chaque titulaire d'un grade a vocation à occuper certains des emplois correspondant à ce grade. () ".

5. Si un fonctionnaire a normalement vocation à occuper un emploi correspondant au grade dont il est titulaire, aucune disposition ni aucun principe général n'interdit à l'administration, si l'intérêt du service le justifie, d'affecter un agent à l'exercice de fonctions autres que celles correspondants à son emploi, notamment correspondants à un grade inférieur, non plus que de prévoir qu'un fonctionnaire puisse être placé sous les ordres d'un agent de grade inférieur au sien.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui travaillait au garage municipal depuis 2002, en avait été le responsable jusqu'en 2017 et en était depuis cette date le responsable technique et référent hiérarchique, n'adressait plus la parole à l'un des agents y travaillant, y compris pour lui passer des consignes, refusait de lui attribuer des tâches, le dénigrait régulièrement auprès de la hiérarchie, des collègues ou des prestataires extérieurs de la ville, se moquant de lui et remettant en cause tant ses qualités professionnelles que sa crédibilité. Il ressort également des pièces du dossier que cet agent a souffert de troubles anxieux résultant de la situation qu'il subissait au travail de la part de M. B, qu'il était conduit à fréquenter quotidiennement et qu'il a dénoncé ses agissements auprès du maire de Bagneux par un courrier du 6 juin 2019. Si le conseil de discipline n'a pas retenu la qualification de harcèlement moral, en l'absence de convocation de témoins et de production des comptes rendus des entretiens menés avec les témoins directs des faits, il ressort des témoignages circonstanciés de trois agents ayant récemment travaillé au garage que l'attitude de M. B était dénigrante à l'égard de leur collègue qui subissait les effets délétères de cette situation quotidienne. Il ressort également de ces témoignages que M. B avait déjà eu par le passé un comportement similaire avec d'autres agents du garage. Il ressort également des pièces du dossier qu'il nourrissait du ressentiment à l'égard de sa victime en raison de ses liens de proximité avec l'agent nouvellement nommé chef du garage, poste pour lequel il avait postulé et qu'il n'avait pu obtenir. Par ailleurs, si le requérant produit le témoignage d'un agent indiquant qu'il n'avait pas constaté ni subi de harcèlement de la part de M. B, ce témoignage n'est pas de nature à remettre utilement en cause les éléments précités. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'intérêt du service justifiait que la commune procédât au changement d'affectation d'office de M. B et à ce qu'il soit affecté à un poste de chauffeur livreur au sein du service de restauration de la commune, quand bien même cela impliquait d'exercer des fonctions de grade inférieur sous l'autorité d'un agent de grade inférieur, puis sur des fonctions d'ordre administratif au sein de ce même service. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commune a méconnu les dispositions précitées en l'affectant à un emploi ne correspondant pas à son grade. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Selon l'article 21 du même décret : " En sus de l'examen médical prévu à l'article 20, le médecin du service de médecine professionnelle et préventive exerce une surveillance médicale particulière à l'égard : des personnes reconnues travailleurs handicapés ; des femmes enceintes ; des agents réintégrés après un congé de longue maladie ou de longue durée ; des agents occupant des postes dans des services comportant des risques spéciaux ; des agents souffrant de pathologies particulières. / Le médecin du service de médecine préventive définit la fréquence et la nature des visites médicales que comporte cette surveillance médicale. Ces visites présentent un caractère obligatoire. ". L'article 24 de ce même décret dispose que : " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. () ". Enfin, aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : () e) L'aménagement des conditions de travail du fonctionnaire après congé de maladie ou disponibilité d'office ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en congé maladie ordinaire à compter du 14 février 2020, soit postérieurement à la notification de l'arrêté litigieux le 13 février 2020, et n'a alerté la commune sur son état de santé que le 9 avril 2020. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commune a méconnu les dispositions précitées en s'abstenant de s'assurer de la compatibilité de son état de santé avec sa nouvelle affectation préalablement à l'adoption de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, la circonstance que son médecin traitant ait établi, le 23 mars 2020, un certificat indiquant " son état de santé actuel demande la prise de traitement qui nécessite d'éviter d'effectuer des tâches potentiellement dangereuses qui nécessitent de la vigilance et une bonne concentration, comme conduire un véhicule motorisé ou utiliser une machine " est sans incidence dès lors que ce certificat est insuffisamment circonstancié et que, en tout état de cause, la commune a tenu compte de ces recommandations en ne sollicitant pas M. B pour conduire des véhicules motorisés ou manipuler de machines et en l'affectant, dans le cadre de ses missions de chauffeur livreur, avec un agent assurant entièrement les missions de conduite puis en l'affectant sur des missions purement administratives. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En quatrième lieu, une mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée, dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que l'arrêté litigieux a été adopté dans le but de préserver l'intérêt et le bon fonctionnement du service du garage municipal. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la commune a procédé à la publication de la vacance du poste de chauffeur livreur de M. B, que l'allégation selon laquelle l'intéressé n'aurait pas reçu de consigne lors de sa prise de poste n'est pas établie et que des équipements individuels lui ont été fournis dans un délai d'un mois. En outre, si M. B a indiqué à l'audience que ses fonctions actuelles consistent exclusivement en la réception d'appels pendant une très brève partie de sa journée et qu'il n'a pas bénéficié d'évaluation professionnelle depuis la date de la décision litigieuse, il ne l'établit pas. Ainsi, il ne ressort pas de ces pièces, contrairement aux allégations de M. B, et nonobstant l'erreur de date entachant l'organigramme du service de restauration produit, que cette nouvelle affectation révèlerait la volonté de l'administration de le sanctionner. Dans ces conditions, le changement d'affectation dont M. B a fait l'objet a été prononcé dans l'intérêt du service et ne présente pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au maire de la commune de Bagneux.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme C et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

A. C

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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