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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2007481

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2007481

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2007481
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés les 3 août et 9 novembre 2020 et 24 février 2023, M. A B, représenté par Me Dellis et Me Viardot, avocats, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- il a été privé de garanties en l'absence de mise en œuvre de la procédure de répression des abus de droit ;

- la proposition de rectification ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- l'administration a méconnu les droits de la défense en l'absence de mise en demeure préalable aux deux vérifications de comptabilité de la SARL Fornal ;

- les sommes en litige ne constituent pas des revenus distribués par la SARL Fornal au sens et pour l'application des dispositions de l'article 111 du code général des impôts mais une plus-value sur la vente d'un immeuble situé rue Blaru, à Port-Villez, intervenue avant la fin de l'année 2012 par un acte sous seing privé conclu avec cette société.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le requérant n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de deux vérifications de comptabilité de la SARL Fornal, qui exerce son activité dans le domaine du bâtiment, M. B, en relation d'affaires avec cette société, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de ses revenus pour les années 2013 et 2014. Par une proposition de rectification en date du 24 mars 2016, l'administration lui a notifié, selon la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2014 ainsi que les pénalités correspondantes à raison de revenus distribués par la SARL Fornal. Par une réclamation préalable en date du 19 février 2019, M. B a contesté ces impositions supplémentaires au titre de l'année 2014. L'administration a, par une décision en date du 3 mars 2020, accepté partiellement sa réclamation et maintenu les impositions contestées pour un montant de 213 680 euros. M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors applicable : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. / Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification () ". Aux termes de l'article R. 64-2 du même livre : " Lorsque l'administration se prévaut des dispositions de l'article L. 64, le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations pour demander que le litige soit soumis à l'avis du comité consultatif de l'abus de droit fiscal. ".

3. M. B soutient que la procédure d'imposition est irrégulière au motif que le service aurait implicitement mis en œuvre, pour établir les impositions en litige, la procédure de répression des abus de droit prévue à l'article L. 64 précité du livre des procédures fiscales. Toutefois, à supposer même que l'administration puisse être regardée comme ayant implicitement fondé les redressements en litige sur le caractère fictif des compromis de vente présentés, il résulte de l'instruction que le service a également écarté ces actes en considérant, d'une part, qu'ils étaient dépourvus de date certaine faute d'enregistrement auprès de l'administration, de sorte que l'intéressé apparaissait comme le propriétaire apparent de l'immeuble en litige et, d'autre part, qu'ils constituaient des actes anormaux de gestion de la société Fornal. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le service aurait irrégulièrement mis en œuvre la procédure de répression des abus de droit sans lui accorder les garanties procédurales correspondantes.

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Une proposition de rectification doit, en principe, pour satisfaire à ces exigences, être notifiée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale aux fins d'y recevoir ses courriers. Cette adresse est celle connue de l'administration fiscale à la date d'envoi du pli contenant la proposition de rectification.

5. M. B soutient que la proposition de rectification du 24 mars 2016 n'a pas été envoyée à sa nouvelle adresse, à laquelle il a pourtant reçu un avis d'imposition en date du 27 octobre 2016 sur ses revenus de l'année 2013. Toutefois, l'administration fiscale fait valoir sans être contredite qu'aucune déclaration fiscale n'a été enregistrée pour les revenus des années 2013 à 2017. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification régulière de la proposition de rectification doit être écarté.

6. La circonstance que la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SARL Fornal aurait été effectuée à l'issue d'une procédure irrégulière est sans incidence sur la légalité des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu dont a fait l'objet M. B. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'administration a méconnu les droits de la défense en l'absence de mise en demeure préalable aux deux vérifications de comptabilité de la société.

Sur le bien-fondé de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

7. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus ou qui n'ont pas déclaré, en application des articles 150-0 E et 150 VG du code général des impôts, les gains nets et les plus-values imposables qu'ils ont réalisés, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; () ". Aux termes de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, le délai de régularisation est fixé à quatre-vingt-dix jours pour la présentation à l'enregistrement de la déclaration mentionnée à l'article 641 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article L.193 du livre précité : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ".

8. Il est constant que M. B n'a pas déposé de déclarations de revenus au titre de l'année 2014, malgré une mise en demeure adressée par le service, le 17 décembre 2015, sur le fondement de l'article L. 67 du livre des procédures fiscales précité. Dans ces conditions, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige pèse sur M. B.

En ce qui concerne les rémunérations occultes :

9. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes ".

10. Il est constant que M. B a acquis, le 18 décembre 2012, une maison individuelle, située rue Blaru, lotissement " Le Haras du Chêne Monsieur ", à Port-Villez, pour un montant de 171 000 euros. Le requérant soutient avoir cédé cet immeuble à la SARL Fornal par un compromis de vente signé le 10 septembre 2012, modifié par un avenant du 30 décembre 2013, pour une vente devenue effective avant la fin de l'année 2012. Il résulte toutefois de l'instruction que le compromis de vente du 10 septembre 2012 est entaché de diverses incohérences, lesquelles ne sont pas sérieusement contestées par M. B. L'administration relève, à cet égard, la mention du numéro SIREN de la SARL Fornal, pourtant enregistrée au registre du commerce le 5 mars 2013, et l'absence de condition suspensive tenant à l'acquisition préalable de l'immeuble en litige. Si le requérant se prévaut du compris du 30 décembre 2013, lequel stipule qu'il " annule et remplace le précédent compromis du 10.09.2012 ", ce dernier a pour objet de réduire le prix postérieurement au versement de l'acompte versé par la société Fornal, sans pour autant en faire mention. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas la date certaine du transfert de propriété, qui varie au demeurant selon ses déclarations. Au surplus, il résulte également de l'instruction que le compromis de vente du 10 septembre 2012 n'a pas été enregistré par acte authentique, ainsi que le stipule pourtant sa clause résolutoire. Si M. B invoque l'impossibilité de procéder à la conclusion d'un tel acte en raison d'un conflit de voisinage, il n'apporte aucun élément sur ce point. Il ne justifie pas davantage des salaires qu'il prétend percevoir ni de la nature et de la réalisation des travaux effectués avant la vente de l'immeuble. Par suite, l'administration était fondée à imposer, sur le fondement de l'article 111 du code général des impôts, les sommes versées à M. B à raison de revenus distribués par la SARL Fornal.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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