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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2007697

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2007697

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2007697
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBAUMGARTNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2020, M. A B, représenté par Me Baumgartner, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui lui ont été assignés au titre de l'année 2013 ;

2°) de lui accorder le sursis de paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la somme litigieuse de 80 000 euros portée au crédit de son compte courant dans la SARL Sakthy dont il est le gérant et taxée entre ses mains en tant que distribution, est représentative d'une dette contractée à son profit à la suite d'une cession de créance ;

- il doit bénéficier d'un sursis de paiement en application des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, la directrice départementale des finances publiques du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Sakthy, dont M. B est gérant et associé, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité sur la période du 16 avril 2013 au 31 décembre 2014. A l'issue de ce contrôle, le service a notamment relevé qu'en 2013, la SARL Sakthy a racheté un établissement secondaire de l'entreprise individuelle de M. C au prix de 200 000 euros. Ce prix a été partiellement payé au moyen d'un emprunt d'un montant de 100 000 euros et d'un virement de 20 000 euros. Pour le surplus, à savoir 80 000 euros, la SARL Sakthy a enregistré, par une écriture du 1er juillet 2013, une extinction de la dette de l'entreprise de M. C et a inscrit cette somme au crédit du compte courant d'associé détenu par M. B dans les comptes de la société. L'administration a réintégré cette somme dans le résultat imposable de la SARL Sakthy au titre de l'exercice clos en 2013, après avoir considéré qu'il s'agissait d'un abandon de créance de la part de l'entreprise de M. C ayant eu pour effet d'augmenter l'actif net de la société. Parallèlement, les époux B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur situation fiscale portant sur l'année 2013, à l'issue duquel, aux termes d'une proposition de rectification du 24 mars2016 l'administration, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, a imposé entre leurs mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la somme de 80 000 euros portée au crédit du compte courant d'associé détenu par M. B dans les comptes de la SARL Sakthy. Par la requête susvisée, M. B demande la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui lui ont été assignés de ce chef au titre de l'année 2013.

Sur les conclusions en décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1690 du code civil : " Le cessionnaire n'est saisi à l'égard des tiers que par la signification du transport faite au débiteur. Néanmoins, le cessionnaire peut être également saisi par l'acceptation du transport faite par le débiteur dans un acte authentique ". Un contribuable est réputé établir qu'une créance d'un tiers n'a pas été éteinte mais transférée à un autre tiers dans le cas où ont été respectées les formalités de publicité prévues à l'article 1690 du code civil. Dans le cas où ces formalités n'ont pas été accomplies, il peut cependant démontrer par tout moyen de preuve la réalité du transfert de créance.

4. Le requérant soutient qu'il n'y a pas eu abandon de créance de la part de l'entreprise individuelle de M. C. A cet égard, il fait valoir que cette entreprise était débitrice d'une somme supérieure à 80 000 euros envers l'un de ses fournisseurs anglais, la société Niru Europe et que M. B, également gérant de la société de droit britannique Sakthy's Limited a versé la somme de 80 000 euros à la société Niru Europe, pour le compte de l'entreprise de M. C, de sorte qu'aux termes d'une subrogation de créance, elle est devenue débitrice, non plus de cette entreprise mais de M. B.

5. Toutefois, d'une part, il est constant que la cession de créance alléguée n'a pas fait l'objet des formalités prévues par les dispositions précitées de l'article 1690 du code civil précité.

6. D'autre part, M. B produit une attestation établie le 16 décembre 2019 par la société Niru Europe par laquelle cette dernière certifie avoir reçu de la société Sakthy, domiciliée à Londres, une somme de 80 000 euros en règlement partiel d'une dette de l'entreprise M. C. Toutefois, outre qu'elle est postérieure aux opérations de contrôle, cette attestation, tout comme les autres documents produits par le requérant, ne concerne pas M. B, en tant que personne physique, mais la société Sakthy's Limited dont, de surcroît le lien avec M. B n'est pas établi. Dans ces conditions, l'intéressé ne justifie pas de l'existence d'un transfert de créance à son profit. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a regardé l'écriture litigieuse comme retraçant une distribution de revenus entre ses mains.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. B, ainsi, par voie de conséquence que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de sursis de paiement :

8. Les conclusions relatives au sursis de paiement ont, en tout état de cause, perdu leur objet dès lors que le présent jugement statue sur le fond de l'affaire. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement présentées par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président,

- Mme Richard, première conseillère,

- Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROCLe président,

signé

C.HUON

La greffière,

signé

A.TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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