mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2007728 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SHUBERT COLLIN ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 6 août 2020, le 9 avril 2021 et le 30 mai 2022, la SARL Sofrap, représentée par Me Collin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge en tant que codébiteur solidaire de la SARL Isodecor et, à titre subsidiaire, de limiter son obligation à 6 180,59 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'administration aux dépens.
Elle soutient que :
- Elle n'entre dans aucun des cas de figure de solidarité de paiement prévu par l'article L. 1724 du code général des impôts ;
- A supposer qu'elle soit solidaire, elle ne devrait l'être en tout état de cause qu'à proportion de la valeur des travaux réalisés, selon l'article L.8222-3 du code du travail, proportion que l'administration a déterminée de manière erronée ;
- Sa bonne foi n'étant pas contestable, elle ne devrait pas être solidaire pour l'ensemble des pénalités infligées à la SARL Isodecor.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés le 9 février 2021 et le 13 mai 2022, la directrice des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 1 682 euro prononcé en cours d'instance, et au rejet du surplus de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société, concernant le montant restant à sa charge après dégrèvement, ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Sofrap, créée le 2 décembre 1986 et domiciliée à Montigny-le Bretonneux (78), a pour activité l'entretien de bâtiments. L'administration, sur le fondement de l'article 1724 quater du CGI, a, par un avis de mise en recouvrement du 10 mars 2017, réclamé à la SARL Sofrap, en sa qualité de codébiteur solidaire de la SARL Isodecor, mise en liquidation judiciaire le 22 juin 2015, le paiement d'une fraction des rappels de TVA dus par cette dernière au titre de l'exercice 2013. A la suite du rejet de ses réclamations préalables, la SARL Sofrap demande la décharge de l'obligation de payer la somme en cause, soit 22 595 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 8 février 2021, l'administration, corrigeant une erreur de calcul, a ramené de 8,73 % à 8,09 % la proportion à retenir pour le calcul des sommes dues par la société requérante et, par voie de conséquence, a prononcé un dégrèvement de 1 682 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de paiement :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
3. Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Toute personne qui ne procède pas aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail ou qui a été condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est, conformément à l'article L. 8222-2 du même code, tenue solidairement au paiement des sommes mentionnées à ce même article dans les conditions prévues à l'article L. 8222-3 du code précité ".
4. Aux termes de l'article L. 8222-1 du code du travail : " Toute personne vérifie lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimum en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant s'acquitte : / 1° des formalités mentionnées aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 ; / () / Les modalités selon lesquelles sont opérées les vérifications imposées par le présent article sont précisées par décret ". Aux termes de l'article L. 8222-2 du même code : " Toute personne qui méconnaît les dispositions de l'article L. 8222-1 () est tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé : / 1° Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale ; / () ". Aux termes de l'article L. 8222-3 du même code : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession ". Aux termes de l'article D. 8222-5 du même code : " La personne qui contracte () est considérée comme ayant procédé aux vérifications imposées par l'article L. 8222-1 si elle se fait remettre par son cocontractant, lors de la conclusion et tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution : / 1° Une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale prévue à l'article L. 243-15 émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions datant de moins de six mois dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. / () ".
5. Aux termes de l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne vérifie, lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimal en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant est à jour de ses obligations de déclaration et de paiement auprès des organismes de recouvrement mentionnés aux articles L. 213-1 et L. 752-1 du présent code (). / () ". Aux termes de l'article D. 243-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le cocontractant emploie des salariés, l'attestation prévue à l'article L. 243-15 mentionne l'identification de l'entreprise, le nombre de salariés et le total des rémunérations déclarés au cours de la dernière période ayant donné lieu à la communication des informations prévue à l'article R. 243-13. / () / L'attestation est sécurisée par un dispositif d'authentification délivré par l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions sociales. Le donneur d'ordre vérifie l'exactitude des informations figurant dans l'attestation transmise par son cocontractant par voie dématérialisée ou sur demande directement auprès de cet organisme au moyen d'un numéro de sécurité. ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 8222-2 du code du travail que le donneur d'ordre qui n'a pas procédé à l'ensemble des vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du même code et précisées par décret, notamment la vérification de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, est tenu solidairement au paiement des sommes dues au Trésor public et aux organismes de protection sociale par le cocontractant qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé, à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession. Le donneur d'ordre est considéré comme ayant procédé aux vérifications requises par l'article L. 8222-1 précité, y compris celle de l'authenticité de l'attestation remise par son cocontractant, lorsqu'il s'est fait remettre par ce cocontractant les documents qu'énumère l'article D. 8222-5 du code du travail, à moins d'une discordance entre les déclarations mentionnées sur ces documents et les informations dont le donneur d'ordre pouvait avoir connaissance, telles que l'identité de son cocontractant ou le volume d'heures de travail nécessaire à l'exécution de la prestation ou que, s'agissant de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, l'administration établisse que celle-ci n'émane pas de l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions dues par le cocontractant.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité de paiement :
7. Pour justifier du respect de son obligation de vigilance en sa qualité de donneur d'ordres, la SARL Sofrap produit notamment deux attestations de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions sociales émises par l'URSSAF au titre du premier et du quatrième trimestre 2013 et relatives à la SARL Isodecor, datées des 25 avril 2013 et 18 mars 2014. Ainsi, ces attestations ne couvrent pas l'intégralité des trimestres de la période pendant laquelle la SARL Isodecor a accompli des missions de sous-traitance au bénéfice de la société requérante, du mois d'août 2012 à septembre 2013. Si la requérante produit également des attestations de régularité fiscale établies les 17 mai 2015 et 3 février 2014 par le service des impôts des entreprises d'Argenteuil, précisant que la société Isodecor était à jour, aux 31 décembre 2012 et 2013, de ses obligations fiscales et de ses paiements de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés, ainsi que des attestations de la Caisse de Congés intempéries BTP de l'Ile de France indiquant que la SARL était à jour de ces cotisations, ces documents, qui ne sont d'ailleurs pas au nombre de ceux devant être fournis par la société en vertu des dispositions précitées, ne permettent pas de justifier du respect de son obligation de vigilance. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la SARL Sofrap, sur le fondement des dispositions de l'article 1724 quater du code général des impôts, une quote-part des rappels de TVA assignés à la SARL Isodecor.
8. Par ailleurs, la circonstance que la société requérante serait de bonne foi est sans incidence sur la mise en œuvre de la solidarité de paiement, y compris en ce qui concerne les pénalités.
En ce qui concerne l'étendue de la solidarité de paiement :
9. Il résulte de l'instruction que, pour finalement évaluer à 96 063 euros le montant des travaux réalisés en 2013 par la SARL Isodecor au profit de la société Sofrap, l'administration fiscale s'est fondée sur le compte fournisseur produit par cette dernière, retenant ainsi une proportion de 8,09 % du montant du chiffre d'affaires reconstitué de la société Isodecor, d'un montant de 1 187 433,63 euros. La requérante fait valoir que cette proportion n'est que de 2,35 %, en s'appuyant sur la proposition de rectification adressée à la SARL Isodecor de laquelle il ressort que le montant total des factures la concernant ne s'élèverait qu'à 27 968,48 euros. Toutefois, la valeur totale des travaux réalisés par la société Sofrap ne saurait se limiter au montant des encaissements explicitement rattachés à cette dernière dans le cadre de la reconstitution du chiffre d'affaires de la société Isodecor, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette reconstitution aurait permis au vérificateur d'identifier de manière exhaustive l'ensemble des sommes provenant de la société Sofrap. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur en retenant, pour fixer l'étendue de sa solidarité de paiement, le montant des travaux réalisés en 2013 à son profit par la SARL Isodecor tel que ressortant de sa propre comptabilité.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Sofrap n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes dont elle a été constituée redevable en sa qualité de débiteur solidaire de la société Isodecor.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de condamner l'administration aux dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SARL Sofrap dans la limite du dégrèvement visé au point 2.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Sofrap est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sofrap et au directeur des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
M. A et M. Viain, premiers conseillers,
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Lu en audience publique le 20 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C.HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2007728
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026