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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008766

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008766

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008766
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET LAURANT MICHAUD DUCEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 septembre 2020 et 19 décembre 2022, M. Richard A, représenté par Me Le Coguiec et Me Michaud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les impositions ont été établies au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis d'imposition pour l'année 2012 avant le 31 décembre 2018 ;

- la rectification de l'imposition au titre de l'année 2012 est intervenue en période prescrite ;

- il a perçu en traitements et salaires la somme de 12 465 euros au titre de l'année 2013 et non la somme de 13 338 euros retenue par le service après application de la déduction forfaitaire de 10 % ;

- les revenus taxés par le service en tant que revenus non dénommés correspondent, d'une part, à un remboursement partiel d'une dette et, d'autre part, à des sommes prélevées sur la caisse de la société et déduites de son compte courant d'associé ;

- la vente d'un bien immobilier sis 86 rue de la Chapelle à Paris devait être exonérée de la taxation sur la plus-value dès lors qu'il s'agissait de sa résidence principale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur ;

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle de ses revenus au titre des années 2012 et 2013, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, aux termes d'une proposition de rectification du 4 décembre 2015, a notamment rapporté aux revenus imposables de l'intéressé, d'une part, des traitements et salaires selon la procédure de taxation d'office et, d'autre part, des plus-values immobilières non déclarées résultant de la cession d'un bien sis 86 rue de la Chapelle à Paris (18ème) selon la procédure de rectification contradictoire. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti en conséquence de ces rectifications au titre des années 2012 et 2013.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Les irrégularités qui entacheraient les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de ces impositions. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions aux fins de décharge du supplément d'impôt sur le revenu qui lui a été assigné au titre de l'année 2012, de ce qu'il n'aurait pas reçu l'avis d'imposition correspondant.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la prescription :

3. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Aux termes de l'article L. 189 de ce même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun ".

4. S'agissant d'impôts directs recouvrés, par voie de rôle, la circonstance que la date de réception de l'avis d'imposition par le contribuable est postérieure à l'expiration du délai de reprise, est sans incidence sur la prescription, dès lors que la date de mise en recouvrement, qui est celle de l'homologation du rôle dont atteste l'avis d'imposition, lui est antérieure.

5. M. A ne conteste ni avoir reçu la proposition de rectification du 4 décembre 2015 dans le délai fixé par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, ni que cette proposition de rectification a valablement interrompu la prescription. Les impositions établies au titre de l'année 2012 ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2016, soit avant l'expiration du délai de reprise qui, à cette date, n'avait donc pas expiré, peu importe à cet égard que le requérant n'ait pas reçu l'avis d'imposition correspondant. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les traitements et salaires :

6. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu : " 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus ou qui n'ont pas déclaré, en application des articles 150-0 E et 150 VG du code général des impôts, les gains nets et les plus-values imposables qu'ils ont réalisés, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; () ". Aux termes de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ". Aux termes de l'article L. 193 de ce livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Enfin, aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

7. Il est constant que le service vérificateur a eu recours à la procédure de taxation d'office, prévue par les articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales, pour rectifier le montant des salaires déclarés tardivement par M. A au titre de l'année 2013. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas la régularité de la procédure suivie, supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions établies de ce chef, en application des dispositions précitées des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales.

8. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent () ". Aux termes de l'article 79 de ce code : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. ".

9. Alors que M. A a déclaré au titre de l'année 2013 la somme de 12 923 euros dans la catégorie des traitements et salaires, l'administration a relevé, dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SAS Aspira SUIE AEG dont l'intéressé était le président, que cette société avait déclaré avoir versé à l'intéressé des salaires pour un montant total de 14 820 euros. Si M. A produit le relevé de son compte courant d'associé, ouvert dans la comptabilité de ladite société, qui ne fait apparaître, au titre des salaires perçus en 2013, qu'une somme de 12 465 euros, ce document ne permet pas à lui seul, et en l'absence notamment des bulletins de salaire de l'intéressé, d'établir que ladite somme, du reste différente de celle qu'il a portée sur sa déclaration déposée tardivement, serait représentative de la totalité de la rémunération dont il a disposé. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a, par application des dispositions précitées, rapporté la somme de 14 820 euros, avant déduction forfaitaire de 10 %, au revenu imposable de l'intéressé.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

10. Les revenus d'origine indéterminée ayant également été réintégrés dans le revenu imposable par le service vérificateur selon la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions précitées des articles L. 66 et L. 67 du livre des procédures fiscales, le requérant supporte la charge de la preuve de l'exagération des impositions y afférentes.

11. Si M. A soutient que les revenus taxés par le service au titre de l'année 2013 en tant que revenus non dénommés correspondent, d'une part, à un remboursement partiel d'une dette envers lui et, d'autre part, à des sommes prélevées sur la caisse de la société et déduites de son compte courant d'associé, il ne justifie de ses allégations par la production d'aucune pièce. Dès lors, il n'établit pas que l'imposition mise à sa charge à ce titre par le service serait exagérée.

En ce qui concerne la plus-value immobilière :

12. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. - () les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu (). / II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : / 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession () ". Selon l'article 1609 nonies G du même code : " I - Il est institué une taxe sur les plus-values réalisées dans les conditions prévues aux articles 150 U et 150 UB à 150 UD par les personnes physiques (). / II. - La taxe est assise sur le montant imposable des plus-values (). Elle est due par le cédant et exigible lors de la cession. / III. - La taxe est due à raison des plus-values imposables d'un montant supérieur à 50 000 € (). ". Enfin, l'article L. 136-7 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale dispose que : " I - Lorsqu'ils sont payés à des personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts, les produits de placements () sont assujettis à une contribution (). Sont également assujettis à cette contribution : () / 2° Les plus-values mentionnées aux articles 150 U à 150 UC du code général des impôts. ". Il résulte des dispositions précitées que les plus-values réalisées à l'occasion de la cession, par un contribuable, de sa résidence principale sont exonérées d'impôt sur le revenu et, par voie de conséquence, de contributions sociales.

13. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

14. Le 27 septembre 2011, M. A a acquis au travers de la SCI La Chapelle dont il détient 50 % des parts un bien immobilier sis 86 rue de la Chapelle à Paris (18ème) qui a été revendu par lots les 19 octobre 2012 et 26 mars 2013. L'administration a taxé la plus-value résultant de ces cessions, en considérant que l'immeuble en cause ne constituait pas la résidence principale de M. A, ce que conteste l'intéressé en faisant valoir que le bien était mis à sa disposition et à celle de son coassocié dans la SCI La Chapelle. Toutefois, tandis que M. A a souscrit ses déclarations de revenu des années 2009, 2010, 2013, 2016 à 2019 au 40 rue de Puiseux à Vauréal (95 490), il n'apporte aucun document, tels des factures, des contrats, des attestations d'assurance, de nature à faire apparaître qu'il avait établi en 2011 sa résidence principale au 86 rue de la Chapelle à Paris. A cet égard, la seule mention portée dans l'acte notarié de la vente de ce bien, au demeurant non produit, qui repose sur ses seules déclarations est insuffisante. Par ailleurs, aucun des renseignements obtenus par l'administration dans le cadre de son droit de communication auprès des sociétés Orange, Eau de Paris et de la ville de Paris ne fait ressortir que le requérant résidait effectivement à Paris au cours de l'année 2011. En outre, si le compte bancaire détenu par M. A au Crédit Lyonnais fait état d'une domiciliation au 86, rue de la Chapelle à Paris, il ressort de la proposition de rectification et il n'est pas contesté que ce compte a été ouvert le 29 mars 2013, soit postérieurement aux cessions litigieuses. Enfin, tant les appels de fonds du gestionnaire de l'immeuble que les factures EDF ont été établis, non pas au nom de M. A mais à celui de la SCI la Chapelle, les premiers ayant, de surcroît, été adressés à Vauréal. Ces documents sont en tout état de cause insuffisants pour identifier l'occupant du logement. En conséquence, et faute pour M. A d'apporter les éléments qu'il est seul en mesure de détenir, il ne résulte pas de l'instruction que l'immeuble en cause abritait la résidence principale de l'intéressé à la date de sa cession. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice de l'exonération de la plus-value de cession prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. Richard A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme Richard, première conseillère,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne

signé

A. RICHARD

Le président

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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