mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2008844 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOILEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 7 septembre 2020, 3 décembre 2021, 4 et 5 janvier 2024, 27 mars et 2 avril 2024, M. A C, représenté par Me Alagapin-Graillot, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier Victor Dupouy à Argenteuil à lui verser la somme de 98 575,50 euros en réparation de ses préjudices résultant de la prise en charge fautive des fractures de ses troisième et quatrième doigts de la main gauche par cet établissement entre le 8 septembre 2019 et fin 2019, majorée des intérêts à partir du 23 août 2020, soit deux mois après la deuxième proposition d'indemnisation, et de leur capitalisation, sous astreinte de 2 000 euros par mois de retard ;
2°) de condamner le centre hospitalier Victor Dupouy aux entiers dépens et notamment de mettre à sa charge les frais d'expertise ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Victor Dupouy une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le centre hospitalier Victor Dupouy a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité :
. une faute dans l'organisation du service, lors de son premier passage au service des urgences le 8 septembre 2019, dès lors que son immobilisation plâtrée a été réalisée par une infirmière diplômée d'Etat et non par un médecin, puis n'a pas fait l'objet d'un contrôle par un médecin ;
. plusieurs fautes dans la réalisation des soins le 8 septembre 2019 en lui plaçant un gantelet plâtré au lieu de l'attelle de Zimmer qui lui avait été prescrite, le gantelet étant au surplus trop serré et insuffisamment matelassé ;
. des fautes médicales lors de sa seconde présentation aux urgences le 12 septembre 2019, puis de sa consultation d'orthopédie le 16 septembre 2019, en ne procédant pas au retrait du plâtre et à un examen clinique complet en dépit de ses symptômes de douleurs sous plâtre, gonflement et ecchymoses ;
- ces fautes ont été à l'origine de 90% des séquelles dont il souffre ;
- le centre hospitalier Victor Dupouy doit être condamné à lui verser, en réparation des préjudices temporaires et permanents qu'il a subis du fait de cette prise en charge fautive, les sommes de :
. 256,62 euros au titre de ses dépenses de santé actuelles ;
. 2 116 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne temporaires ;
. 8 463,88 euros au titre de ses pertes de gains professionnels avant consolidation de son état de santé ;
. 1 239 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
. 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;
. 3 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
. 6 000 euros au titre de son préjudice d'agrément temporaire ;
. 4 000 euros au titre de son préjudice sexuel temporaire ;
. 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle dès lors qu'il ne peut plus exercer d'emploi nécessitant un travail manuel de force ni le métier de conducteur de véhicule de transport avec chauffeur qu'il exerçait auparavant ;
. 22 500 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
. 2 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;
. 4 000 euros au titre de son préjudice d'agrément permanent ;
. 1 000 euros au titre de son préjudice sexuel permanent ;
. 5 000 euros au titre de son préjudice d'anxiété ;
. 3 000 euros au titre de son préjudice d'impréparation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2020 et le 7 octobre 2022, le centre hospitalier Victor Dupouy, représenté par Me Boileau, conclut :
1°) à la limitation de sa responsabilité à 90% des séquelles de M. C et à ce que les sommes que celui-ci réclame au titre de la réparation de ses préjudices soient ramenées à de plus justes proportions ;
2°) à titre principal au rejet du surplus ou, à titre subsidiaire, à ce que la somme demandée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit ramenée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité dans la survenance du dommage ne peut être engagée qu'à hauteur de 90% des séquelles de M. C ;
- les sommes demandées par M. C au titre la réparation de ses préjudices doivent être ramenées à de plus justes proportions.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 12 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2023.
Vu :
- l'ordonnance n°2007471 en date du 26 mai 2021, par laquelle le juge des référés a désigné le Dr B, chirurgien orthopédique, en qualité d'expert ;
- l'ordonnance n°2007471 en date du 6 octobre 2021 par laquelle les frais et honoraires de l'expert ont été liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;
- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gauthier, substituant Me Alagapin-Graillot, représentant M. C, et de Me Boileau, représentant le centre hospitalier Victor Dupouy.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été admis au service d'accueil des urgences (SAU) du centre hospitalier Victor Dupouy à Argenteuil le 8 septembre 2019 à la suite d'un traumatisme de la main gauche, où a été diagnostiquée une fracture spiroïde non déplacée de la première phalange du troisième et du quatrième doigt, lesquels ont été immobilisés par la mise en place d'un gantelet plâtré. Le 12 septembre suivant, M. C s'est de nouveau présenté au SAU de cet établissement en raison de douleurs, d'un œdème et d'ecchymoses de ses doigts immobilisés. Il a été renvoyé à domicile avec une majoration du traitement antalgique, sans retrait du plâtre. Le 16 septembre 2019, il s'est rendu en consultation orthopédique dans ce même établissement dans le cadre du contrôle à sept jours après fracture qui lui avait été prescrit et a signalé qu'il présentait toujours des douleurs et un œdème, sans qu'aucune mesure particulière ne soit prise. Le 27 septembre 2019, M. C s'est rendu pour une troisième fois au SAU du centre hospitalier, sur indication de son médecin traitant, pour des douleurs et un œdème à la main gauche. Le plâtre lui a alors été retiré, ce qui a permis de constater l'existence d'importantes pertes de substance cutanée et un aspect flétri de la peau restante, en raison d'une macération sous plâtre. Un pansement et une attelle amovible ont alors été mis en place, avec prescription de soins locaux pour ses plaies et antibiotiques. M. C soutient souffrir de séquelles persistantes en dépit de la consolidation osseuse de la fracture constatée le 21 novembre 2019 et de la cicatrisation de ses plaies le 15 décembre 2019.
2. A la suite de cette prise en charge qu'il estime fautive, M. C a adressé une demande d'indemnisation préalable au centre hospitalier Victor Dupouy par un courrier notifié le 2 octobre 2019, transmise à l'assureur de l'établissement qui a organisé une expertise amiable, à l'issue de laquelle une indemnisation a été proposée à M. C. Celui-ci a formé un recours gracieux contre cette proposition, estimant que le montant proposé était insuffisant. Une nouvelle proposition d'indemnisation lui a été faite, à hauteur de 2 504 euros, qu'il a de nouveau estimée insuffisante. Il a par conséquent saisi le juge des référés de ce tribunal qui, par une ordonnance n°2007471 en date du 26 mai 2021, a confié la réalisation d'une expertise au Dr B, chirurgien orthopédique, rendue le 4 octobre 2021.
3. Par la présente requête, M. C demande au tribunal la condamnation du centre hospitalier Victor Dupouy à lui verser la somme totale de 98 575,50 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge par cet établissement.
Sur la responsabilité du centre hospitalier Victor Dupouy :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Dr B, que lorsque M. C s'est rendu au SAU du centre hospitalier Victor Dupouy le 8 septembre 2019 et qu'ont été diagnostiquées des fractures du troisième et du quatrième doigt de la main gauche, la prescription de " syndactylie et attelle de Zimmer " était conforme aux règles de l'art. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des constatations de l'expert qu'une immobilisation par gantelet plâtrée a été réalisée, ce qui constitue une première faute médicale dès lors que la prescription n'a pas été suivie. Il résulte en outre de l'instruction que cette immobilisation n'a pas été réalisée dans les règles de l'art en raison de l'omission d'un matelassage, constitutive d'une deuxième faute médicale. Il résulte en outre de ce rapport que la décision de renvoyer M. C à son domicile le 12 septembre 2019, avec prescription d'antidouleurs, après qu'il se soit présenté de nouveau au SAU de l'établissement en raison de douleurs sous plâtre, d'œdème et d'ecchymoses, n'était pas conforme aux règles de l'art alors que ses symptômes auraient dû conduire au retrait du plâtre posé et à un examen des lésions. L'établissement a commis ce même manquement une seconde fois lorsque M. C s'est rendu en consultation de chirurgie orthopédique le 16 septembre suivant. Il résulte enfin de l'instruction que ce n'est qu'à compter du 27 septembre suivant que les prescriptions et les soins prodigués à M. C ont été conformes aux règles de l'art, les équipes ayant alors mis en place un traitement adapté à son état avec retrait du plâtre, pose d'un pansement et réalisation de soins locaux pour les plaies apparues sous plâtre, d'une attelle amovible et d'une antibiothérapie. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le centre hospitalier Victor Dupouy a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité lors de la prise en charge de ses fractures à la main gauche entre le 8 septembre 2019 et le 27 septembre 2019.
En ce qui concerne la fraction indemnisable des préjudices :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation du préjudice doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'ensemble des manquements commis par le centre hospitalier Victor Dupouy, consistant en la mise en place d'un gantelet plâtré non prescrit et mal réalisé, puis non retiré à deux reprises face à l'apparition de signes de souffrance sous plâtre, ont causé de manière directe et certaine les complications rencontrées par M. C, à savoir l'apparition de plaies digitales et une durée de consolidation rallongée. Il résulte en outre de l'instruction que l'expert a précisé, pour chaque poste de préjudice, la part imputable à la prise en charge fautive et celle imputable aux fractures initiales. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter les conclusions du centre hospitalier Victor Dupouy tendant à ce que sa responsabilité soit évaluée à une perte de chance d'éviter le dommage ou à une part de 90% de celui-ci.
Sur les préjudices :
8. Il résulte du rapport d'expertise, dont les conclusions ne sont pas contredites sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de M. C peut être fixée au 15 mars 2020.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux dépenses de santé actuelles :
9. M. C demande à être indemnisé d'une somme de 256,62 euros au titre des frais de santé restés à sa charge. Il produit à l'appui de cette demande plusieurs factures dont deux ont été émises en 2018, soit antérieurement à sa prise en charge litigieuse à la main, et les autres ne comportent pas les indications suffisantes permettant d'établir que l'acte facturé est en lien avec le dommage imputable aux manquements, se bornant à porter la mention " consultation " ou " acte d'imagerie " ou " soins infirmiers ", sans que l'objet précis de l'acte ne puisse être identifié, ni par conséquent le lien avec ce dommage. En outre, M. C n'établit pas que ces dépenses n'ont pas déjà été indemnisées par son organisme de sécurité sociale ou par sa mutuelle de santé. Dans ces conditions, M. C n'établit pas que les dépenses dont il se prévaut à ce titre présentent un lien direct et certain avec le dommage. Sa demande ne peut, par conséquent, qu'être rejetée.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
10. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
11. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune. Les règles rappelées ci-dessus ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime.
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. C a eu besoin d'une assistance pour la réalisation des gestes du quotidien à hauteur d'une heure par jour entre le 8 septembre et le 15 décembre 2019 et de trois heures par semaine entre le 16 décembre 2019 et le 16 janvier 2020. L'expert a en outre précisé que ce besoin n'était imputable à la prise en charge fautive qu'à compter du 28 septembre 2019 et ce à hauteur de la moitié du pourcentage de déficit fonctionnel temporaire de 50 % qu'il a retenu pour cette période. A compter du 21 octobre 2019, l'expert a estimé que ce besoin était en lien avec les fautes commises à hauteur de 80 % de ce même déficit estimé à 50 % jusqu'au 21 novembre 2019, puis totalement à partir du 22 novembre 2019. Il y a lieu de calculer l'indemnisation du besoin en assistance par tierce personne en référence à ces estimations expertales, en tenant compte du coût horaire moyen du salaire minimum au cours des périodes concernées, majoré afin de tenir compte des charges sociales, soit un taux horaire fixé à 20 euros par heure, et de retenir une base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. C n'a perçu aucune autre indemnisation en réparation de ce préjudice, le montant de l'indemnité qui lui est due par le centre hospitalier Victor Dupouy à ce titre doit être fixé à la somme de 1 700 euros.
Quant aux pertes de gains professionnels actuels :
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. C s'est trouvé dans l'incapacité de travailler en raison des manquements commis par le centre hospitalier Victor Dupouy entre le 27 septembre et le 21 décembre 2019. M. C soutient qu'au moment de la survenue du dommage, il avait conclu un contrat à durée indéterminée à temps complet avec la société DMF Sales and Marketing lui allouant une rémunération de 19 euros par heure et qu'en raison de son arrêt de travail entre le 27 septembre 2019 et le 21 décembre 2019, il a perdu le bénéfice d'une rémunération totale de 7 848 euros. Il demande également à bénéficier d'une indemnité de congés payés sur cette période. Toutefois, il résulte de l'instruction que le contrat de travail conclu le 19 septembre 2019 avec la société DMF en qualité de VRP (voyageur, représentant, placiers) lui allouait une rémunération à la commission uniquement (article 6), sans partie fixe, incluant les indemnités de congés payés (article 11). Ce contrat précisait également que le VRP " a la gestion personnelle de son temps de travail " (article 1) et ne prévoit donc pas, contrairement aux allégations de M. C, de durée hebdomadaire de travail de trente-cinq heures. En outre, M. C ne justifie pas qu'il aurait perçu une quelconque rémunération au titre de ce contrat avant le 27 septembre 2019 et ne peut par conséquent se prévaloir de ce que la rupture de ce contrat lui aurait causé une perte de rémunération. Par ailleurs, le requérant soutient également dans ses écritures être étudiant et conducteur de véhicule de tourisme avec chauffeur sans toutefois justifier de ses allégations à ce titre. Il établit aussi avoir perçu, des allocations de retour à l'emploi entre le 1er septembre 2019 et le 31 décembre 2019, qui n'ont pas été interrompues par un arrêt de travail. Il ne fait à cet égard pas état, en dépit d'une mesure d'instruction diligentée en ce sens, d'éventuelles indemnités journalières perçues au titre d'un tel arrêt, dont la réalité, au regard des contradictions que comportent ses allégations, ne résulte pas de l'instruction. Dans ces conditions, M. C n'établit pas, en dépit des mesures d'instruction diligentées, qu'il aurait subi une perte de gains professionnels en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier Victor Dupouy. Sa demande indemnitaire à ce titre ne peut par suite qu'être rejetée.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
14. M. C réclame la somme de 1 239 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire entre le 27 septembre 2019 et le 15 mars 2020. Sur la période considérée, l'expert a estimé que le déficit fonctionnel temporaire de M. C en lien avec les manquements commis dans sa prise en charge a été de 25 % pendant un mois et 23 jours (du 28 septembre 2019 au 21 octobre 2019 puis du 16 décembre 2019 au 16 janvier 2020), de 40 % pendant 30 jours du 22 octobre 2019 au 21 novembre 2019, de 50 % pendant 23 jours du 22 novembre au 15 décembre 2019 et enfin de 10 % pendant un mois et 27 jours du 17 janvier au 15 mars 2020. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme 850 euros.
Quant aux souffrances endurées :
15. L'expert évalue les souffrances endurées par M. C avant consolidation à 3 sur une échelle de 7 dont une souffrance de 2 sur 7 en lien avec les manquements commis par le centre hospitalier Victor Dupouy. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
16. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 2 sur 7 en lien avec les manquements commis dans la prise en charge de M. C entre le 28 septembre 2019 et le 15 mars 2020. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 2 000 euros.
Quant aux préjudices sexuel et d'agrément temporaires :
17. Les préjudices sexuel et d'agrément subi par M. C antérieurement à la date de consolidation de son état de santé sont inclus dans l'indemnisation de son préjudice fonctionnel temporaire. Par suite, ses demandes tendant à l'indemnisation de ces préjudices temporaires doivent être rejetées.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant à l'incidence professionnelle :
18. M. C réclame une somme de 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle du dommage, au motif qu'il ne pourra plus exercer de métier d'intérim nécessitant un travail manuel en force, exercer son emploi de conducteur de VTC et ressentira une gêne lors de tout travail même sédentaire nécessitant l'emploi d'un clavier et d'une souris. S'il ressort du rapport d'expertise que M. C ne peut exercer un emploi nécessitant un travail manuel en force, celui-ci n'établit toutefois pas avoir exercé un tel emploi, son contrat de travail portant sur une activité d'agent de commerce. Par ailleurs, il ne résulte pas du rapport d'expertise, ni d'aucun élément versé à l'instance, que les séquelles dont souffre M. C seraient susceptibles de lui causer des difficultés dans la conduite d'un véhicule, activité qu'il n'établit au demeurant pas exercer professionnellement. Enfin, il ne résulte pas davantage du rapport d'expertise que M. C subit une gêne dans l'utilisation d'une souris, alors que celui-ci, qui est droitier, a été blessé à la main gauche. Dans ces conditions, M. C n'établissant pas la réalité de son préjudice d'incidence professionnelle, sa demande indemnitaire formulée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
19. En l'espèce, le déficit fonctionnel permanent de M. C en lien avec le dommage a été évalué à 9 % par l'expert. Dans ces conditions, compte tenu que le requérant était âgé de 25 ans à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 13 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
20. Le requérant demande une somme de 2 000 euros à ce titre en raison des cicatrices qu'il porte sur la main du fait des plaies apparues sous plâtre. Le préjudice esthétique permanent de M. C a été évalué par l'expert à 1 sur 7 en lien avec les fautes commises. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
21. Le préjudice d'agrément est le préjudice spécifique lié à la possibilité pour la victime de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs qu'elle justifie avoir pratiqué avant la réalisation du dommage.
22. M. C soutient que les séquelles dont il souffre l'empêchent de pratiquer les activités sportives qu'il pratiquait antérieurement de musculation et de gardien de but au football, ce qui est corroboré par les conclusions du rapport d'expertise. Il justifie qu'il était licencié de la fédération française de football et abonné à une salle de sport. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi par M. C en raison du dommage, en tenant compte des séquelles liées exclusivement aux manquements commis par le centre hospitalier Victor Dupouy dans sa prise en charge, en le fixant à la somme de 1 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
23. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. C demeure entravé dans ses pratiques sexuelles en raison de ses séquelles à la main. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 800 euros.
Quant au préjudice d'anxiété :
24. Si M. C demande à être indemnisé d'un préjudice d'anxiété lié à sa crainte de perdre un membre en raison du retard de l'établissement à lui retirer son plâtre en dépit de ses douleurs, cette crainte au cours de la période de consolidation est déjà indemnisée au titre des souffrances endurée, tandis que les éléments qu'il apporte ne suffisent pas à caractériser un préjudice spécifique d'anxiété distinct des troubles psychologiques inclus dans l'évaluation du déficit fonctionnel permanent. Dans ces conditions, cette demande indemnitaire ne peut qu'être rejetée.
Quant au préjudice d'impréparation :
25. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus lors d'une intervention ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a pu subir du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité, notamment en prenant certaines dispositions personnelles. L'existence d'un tel préjudice ne se déduit pas de la seule circonstance que le droit du patient d'être informé des risques de l'intervention a été méconnu : il appartient à la victime d'en établir la réalité et l'ampleur.
26. M. C réclame une indemnisation au titre de son préjudice d'impréparation au motif qu'il n'avait pas été informé de la pose d'un gantelet plâtré et des risques associés à cet acte. Néanmoins, le requérant, qui se borne à affirmer qu'il n'a pas été en mesure de refuser cet acte, ne démontre pas l'ampleur et la réalité de son préjudice spécifique. Dans ces conditions, sa demande d'indemnisation à ce titre doit être rejetée.
27. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Victor Dupouy doit être condamné à verser une somme de 22 350 euros à M. C.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
28. En premier lieu, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
29. M. C demande que les indemnités allouées par le présent jugement soient assorties des intérêts au taux légal à compter du 23 août 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande, cette date étant postérieure à la date de réception par l'administration de sa première demande d'indemnisation.
30. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
31. La capitalisation des intérêts a été demandée le 7 septembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 août 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
32. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise confiée au Dr B, liquidés et taxés à la somme de 2 000 euros par ordonnance du tribunal du 6 octobre 2021, à la charge définitive du centre hospitalier Victor Dupouy.
Sur les frais liés au litige :
34. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Victor Dupouy la somme de 2 000 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : Le centre hospitalier Victor Dupouy versera à M. C la somme de 22 350 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 23 août 2021 en réparation des préjudices subis. Les intérêts échus à la date du 23 août 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 000 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Victor Dupouy.
Article 3 : Le centre hospitalier Victor Dupouy versera à M. C une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à M. A C, au directeur du centre hospitalier Victor Dupouy et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026