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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2008943

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008943

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2008943
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL TROYES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 septembre 2020 et le 6 septembre 2021, la société Mul-T-Lock France, représentée par Me Klein, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés qui lui ont été notifiées au titre des années 2015 et 2016 ainsi que de la pénalité pour manquement délibéré ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est au prix d'une dénaturation des conventions passées entre les parties que le service s'est fondé sur l'existence d'un prêt unique, d'une durée supérieure à deux ans, alors qu'elle a consenti à la société Assa Abloy Treasury SARL quatre prêts successifs d'une durée inférieure à un an ;

- par suite, et dès lors que les taux d'intérêt contractuels de 0,10 % puis 0,05 % font apparaître une marge conforme à celle indiquée dans la documentation des prix de transfert, c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle aurait dû facturer des intérêts à la société Assa Abloy Treasury SARL sur la base d'un taux annuel de 3.03% ;

- la pénalité pour manquement délibéré est infondée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 mars 2021 et le 5 novembre 2021, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère ;

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;

- et les observations de Me Klein, représentant la société Mul-T-Lock France.

Considérant ce qui suit :

1. La société Mul-T-Lock France, qui exerce une activité de vente de produits de serrurerie conçus, développés et fabriqués par les sociétés du groupe Assa Abloy dont elle est une sous-filiale, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue en matière de TVA à la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 12 juin 2018, le service a notamment relevé que la contribuable avait consenti en septembre 2012 un prêt à moyen terme de 5,5 M€ à l'entreprise Assa Abloy Treasury, autre société du groupe sise au Luxembourg, à des taux annuels de 0,10 % en 2015 et 0,05 % en 2016, manifestement inférieurs à ceux qu'elle aurait pu obtenir en plaçant ses fonds auprès d'organismes financiers indépendants. En l'absence de contrepartie, l'administration a considéré cette opération comme constitutive d'un acte anormal de gestion et comme caractérisant un transfert indirect de bénéfices au sens des dispositions de l'article 57 du code général des impôts. Par suite, elle a réintégré aux résultats des exercices 2015 et 2016 de la société requérante la différence entre le montant des intérêts effectivement perçus et celui qu'elle aurait été en droit d'obtenir dans des conditions normales auprès d'organismes financiers indépendants en France et correspondant à l'application d'un taux de 3,03 %. Les suppléments d'impôt sur les sociétés établis par voie de conséquence, assortis de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, ont été mis en recouvrement le 15 novembre 2019. A la suite du rejet de sa réclamation, la société Mul-T-Lock France demande la décharge de ces impositions et pénalités.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

2. Aux termes de l'article 57 du code général des impôts : " Pour l'établissement de l'impôt sur le revenu dû par les entreprises qui sont sous la dépendance ou qui possèdent le contrôle d'entreprises situées hors de France, les bénéfices indirectement transférés à ces dernières, soit par voie de majoration ou de diminution des prix d'achat ou de vente, soit par tout autre moyen, sont incorporés aux résultats accusés par les comptabilités. Il est procédé de même à l'égard des entreprises qui sont sous la dépendance d'une entreprise ou d'un groupe possédant également le contrôle d'entreprises situées hors de France. La condition de dépendance ou de contrôle n'est pas exigée lorsque le transfert s'effectue avec des entreprises établies dans un Etat étranger ou dans un territoire situé hors de France dont le régime fiscal est privilégié au sens du deuxième alinéa de l'article 238 A ou établies ou constituées dans un Etat ou territoire non coopératif au sens de l'article 238-0 A.() ". Ces dispositions instituent, dès lors que l'administration établit l'existence d'un lien de dépendance et d'une pratique entrant dans leurs prévisions, une présomption de transfert indirect de bénéfices qui ne peut utilement être combattue par l'entreprise imposable en France que si celle-ci apporte la preuve que les avantages qu'elle a consentis ont été justifiés par l'obtention de contreparties.

3. Il résulte de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas contesté, d'une part, qu'au sein du groupe, la société Mul-T-Lock France vend exclusivement les produits de serrurerie conçus, développés et fabriqués par des sociétés du groupe Assa Abloy AB, d'autre part, que la politique de financement des sociétés est assurée en interne par deux sociétés d'assistance financière, dont la société Assa Abloy Treasury, elle-même sous-filiale de Assa Abloy AB. Dans ces conditions, l'administration établit l'existence d'un lien de dépendance entre la société Mul-T-Lock France et la société Assa Abloy Treasury.

4. L'administration fait valoir que l'existence du prêt à moyen terme souscrit en 2012 par la société Mul-T-Lock France à la société Assa Abloy Treasury ressort tant de l'examen de la comptabilité de la requérante que des déclarations fiscales déposées par cette dernière à la clôture des exercices 2012 à 2016. La société Mul-T-Lock France, arguant d'une erreur déclarative, allègue avoir en réalité consenti à la société Assa Abloy Treasury SARL quatre prêts successifs en 2014, 2015 et 2016, chacun d'une durée inférieure à un an, ne pouvant être assimilés à un dépôt à terme. Toutefois, outre que les documents de prêt versés au dossier ont été établis par la société Assa Abloy Treasury et ne portent pas la signature du représentant de la société requérante, la société Mul-T-Lock France reconnaît n'avoir retranscrit dans sa comptabilité ni les versements ni les remboursements successifs des fonds correspondant aux prêts allégués à la société Assa Abloy Treasury. Ainsi, la société Mul-T-Lock France ne combat pas utilement les éléments de preuve produits par l'administration et issus des données propres de l'entreprise, desquels il ressort qu'elle a octroyé le 28 septembre 2012 à la société Assa Abloy Treasury un seul prêt pour un montant initial de 5 500 000 euros dont le remboursement n'est intervenu qu'en juin 2017. Il n'est pas sérieusement contesté qu'en 2012, année de conclusion du prêt en litige, la moyenne des taux accordés par les organismes financiers indépendants aux entreprises s'établissait à 3,03 % s'agissant d'une mise à disposition de fonds d'une durée supérieure à deux ans, peu importe l'évolution de cette moyenne au cours des années ultérieures. A cet égard, est sans portée l'argument selon lequel aucune banque n'aurait accepté de rémunérer un prêt d'un montant de 5 000 000 d'euros à un taux de 3.03 % en 2015 et 2016 compte tenu des taux de refinancement sur cette période, dès lors que cette hypothèse, outre qu'elle n'est pas démontrée, ne correspond pas à la configuration de l'opération en litige qui, comme l'a exactement apprécié le service, concerne un prêt mis en place en 2012. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration a estimé qu'en ne percevant des intérêts à raison de ce prêt qu'aux taux de 0,10 % puis 0,05 %, la société Multi-T-Lock France avait consenti un avantage à la société Assa Abloy Treasury et qu'en l'absence de contrepartie établie ou même alléguée, cet avantage était constitutif d'un transfert de bénéfices au sens des dispositions précitées de l'article 57 du code général des impôts.

Sur les pénalités :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

6. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur l'importance des omissions représentant 2,73% des chiffres d'affaires déclarés sur les années en litige et 74,76% et 122,22 % des résultats comptables déterminés par l'entreprise, sur le constat d'un transfert de bénéfice au profit de la société Assa Abloy Treasury SARL au détriment de la société requérante, sur le caractère répétitif de ces transferts en 2015 et 2016, enfin, sur l'absence de démarches effectuées par la société requérante, lors de la conclusion du prêt, afin de vérifier si des organismes financiers indépendants auraient accepté de rémunérer ce dépôt à un taux équivalent ou supérieur à celui consenti à la société Assa Abloy Treasury. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'administration doit être regardée comme établissant, ainsi qui lui incombe, que le manquement relevé à l'encontre de la contribuable procède, non pas d'une erreur involontaire, mais d'un manquement délibéré au sens des dispositions précitées du a de l'article 1729 du code général des impôts.

7. Il résulte de ce tout qui précède que la requête de la société Mul-T-Lock France ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Mul-T-Lock France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mul-T-Lock France et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2008943

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