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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009410

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009410

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009410
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSELARL KIHL-DRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2020, M. B A, représenté par Me Drié, demande au tribunal :

1°) la décharge en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2012 à raison de la remise en cause de la réduction d'impôt relative à des investissements outre-mer déclarée sur le fondement de l'article 199 undecies B du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration fiscale a exercé son droit à communication auprès d'EDF de manière irrégulière dès lors qu'en application de l'article L. 85 du LPF, elle ne pouvait demander que des documents de nature comptable et non des documents de nature technique ;

- l'interprétation de l'article 199 undecies B du code général des impôts par l'administration fiscale est contraire à la volonté du législateur de limiter, en cas de non-respect des conditions par l'exploitant, les conséquences au niveau de l'investisseur ;

-la prise de position de l'administration fiscale dans le formulaire 2041-GE portant notice pour remplir la déclaration 2042-IOM n'impose pas que les investissements soient installés et en mesure d'être raccordés au réseau EDF pour ouvrir droit à la réduction d'impôt ;

-la doctrine administrative, qu'il estime opposable à l'administration subordonne la réduction d'impôt à une seule condition : la livraison de l'immobilisation ;

- contrairement à ce que soutient l'administration, les éoliennes ont été importées en Guyane.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, la directrice départementale des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a déclaré au titre de son impôt sur le revenu pour l'année 2012, sur le fondement de l'article 199 undecies B du code général des impôts, un montant de 12 300 euros ouvrant droit à une réduction d'impôt résultant d'investissements réalisés par des sociétés par action simplifiées (SAS), dont il est associé, consistant en l'acquisition d'éoliennes devant être exploitées par deux entreprises à responsabilité limitée (EURL), domiciliées en Guyane. L'administration a remis en cause cette réduction d'impôt par une proposition de rectification du 13 novembre 2015, au motif que les investissements correspondants ne pouvaient être regardés comme ayant été réalisés au sens du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts. La réclamation présentée par le requérant le 20 décembre 2019 a fait l'objet d'une décision de rejet du 21 juillet 2020. Par la présente requête, M. A demande la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2012.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 81 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet aux agents de l'administration, pour l'établissement de l'assiette et le contrôle des impôts, d'avoir connaissance des documents et des renseignements mentionnés aux articles du présent chapitre dans les conditions qui y sont précisées. Le droit prévu au premier alinéa s'exerce quel que soit le support utilisé pour la conservation des documents. Le droit de communication est étendu, en ce qui concerne les documents mentionnés aux articles L. 83 à L. 95, au profit des agents des administrations chargés du recouvrement des impôts, droits et taxes prévus par le code général des impôts. " . Aux termes de l'article L. 83 du même livre : " Les administrations de l'Etat, des départements et des communes, les entreprises concédées ou contrôlées par l'Etat, les départements et les communes, ainsi que les établissements ou organismes de toute nature soumis au contrôle de l'autorité administrative, doivent communiquer à l'administration, sur sa demande, les documents de service qu'ils détiennent sans pouvoir opposer le secret professionnel, y compris les données conservées et traitées par les opérateurs de communications électroniques () ". Aux termes de l'article L. 85 du même livre : " Les contribuables doivent communiquer à l'administration, sur sa demande, les livres dont la tenue est rendue obligatoire par les articles L. 123-12 à L. 123-28 du code de commerce ainsi que tous les livres et documents annexes, pièces de recettes et de dépenses. () " ;

3. D'une part, l'administration a pu exercer régulièrement son droit de communication auprès d'EDF, entreprise gestionnaire du réseau public d'électricité, sur le fondement des dispositions combinées précitées des articles L. 81 et L. 83 du livre des procédures fiscales, afin de vérifier le raccordement des éoliennes en cause au réseau de distribution d'électricité, alors même que cette entreprise est régie, sauf dispositions contraires, par les lois applicables aux sociétés anonymes, dès lors qu'elle est contrôlée, en vertu des dispositions de l'article L. 111-67 du code de l'énergie issu des articles 7 et 24 de la loi n° 2004-803 du 9 août 2004, par l'Etat, qui détenait la majorité de son capital social.

4. D'autre part, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'instruction n° 13 K 1221 dont les termes sont relatifs à la procédure d'imposition.

5. Il s'en suit que l'administration fiscale était fondée à exercer son droit de communication sur le fondement des dispositions de l'article L. 83 du livre des procédures fiscales précitées et que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le moyen tiré de ce qu'en se faisant communiquer des documents non comptables relatifs aux demandes de raccordement au réseau électrique déposées par les sociétés exploitantes des investissements litigieux, elle aurait excédé le champ du droit de communication qu'elle tire, à l'égard des commerçants, des dispositions de l'article L. 85 du même livre, est inopérant et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

7. Aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer, (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34.(). La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. " Aux termes de l'article 95 Q de l'annexe II au même code dans sa rédaction applicable au litige : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est pratiquée () au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail. "

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus. Par suite, s'agissant de l'acquisition d'éoliennes données en location à des sociétés locales en vue de leur exploitation pour la production et la vente d'énergie électrique, la date à retenir est celle du raccordement des installations au réseau public d'électricité, dès lors que les éoliennes, dont la production d'électricité a vocation à être vendue par les sociétés exploitantes, ne peuvent être effectivement exploitées et par suite être productives de revenus qu'à compter de cette date.

9. En l'espèce, si M. A soutient que l'administration a mal identifié les intervenants dans le schéma de défiscalisation, l'opération réalisée par chaque société par action simplifiée ayant consisté à acquérir une éolienne neuve auprès de la société Messik trading inc, puis à la donner à bail aux entreprises unipersonnelles à responsabilité limitée Kwata elec et ingui elec pour une durée de cinq ans pour son exploitation et, que, dans un tel schéma, l'exploitation effective de l'éolienne devait être assurée par les sociétés d'exploitation, les sociétés par action simplifiée se bornant à mettre le matériel à leur disposition et s'il soutient en outre que la société France Énergies Finance Guyane, chargée du suivi de la réalisation de l'investissement, a confié l'importation des éoliennes sur le territoire guyanais à un transitaire en douanes, la société CTS, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément de justification alors au demeurant qu'il résulte de l'exercice du droit de communication auprès de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières qu'aucun enregistrement de flux douanier n'était lié aux sociétés par action simplifiée Buis Butia et Cacao entre les années 2012 et 2015. En outre, l'exercice du droit de communication auprès d'EDF Guyane a permis de constater qu'aucune demande de raccordement au réseau de distribution électrique n'avait été présentée entre 2012 et 2015 par ces mêmes sociétés et que leurs installations éoliennes n'avaient pas été raccordées au réseau de distribution électrique au 31 décembre 2012, de sorte qu'elles ne pouvaient ni être effectivement exploitées ni être productives de revenus à cette date. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions précitées de l'article 199 undecies B du code général des impôts que l'administration a remis en cause la réduction d'impôts dont il avait bénéficié au titre de l'année 2012 à raison des investissements réalisés par ces sociétés.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

10. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ".

11. M. A invoque le bénéfice du paragraphe n° 148 de l'instruction référencée 5 B-2-07 du 30 janvier 2007, repris au BOI-BIC-RICI-20-10-20-30 du 8 juillet 2015, aux termes duquel : " Conformément aux dispositions du vingtième alinéa du I de l'article 199 undecies B, la réduction d'impôt est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. Le premier alinéa de l'article 95 Q de l'annexe II prévoit que l'année de réalisation de l'investissement s'entend de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée, c'est-à-dire achevée, par l'entreprise ou lui est livrée au sens de l'article 1604 du code civil, ou est mise à disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail () ". Il se prévaut également de la notice n° 2041-GE, document d'information pour remplir la déclaration d'impôt sur le revenu s'agissant de la réduction d'impôt pour investissements outre-mer.

12. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des énonciations de l'instruction du 30 janvier 2007 que l'administration ait entendu donner, en ce qui concerne le fait générateur de la réduction d'impôt, une interprétation du texte fiscal différente de celle qui figure aux points 7 et 8 ci-dessus, qui lui serait opposable sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. D'autre part, il en va de même en tout état de cause, de la notice n° 2041-GE, qui, au demeurant, comporte la mention expresse " Ce document n'a qu'une valeur indicative. Il ne se substitue pas à la documentation officielle de l'administration ". Dès lors, M. A n'est pas fondé à s'en prévaloir et le moyen tiré de leur méconnaissance doit, par suite, être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2012 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2009410

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