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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2009562

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2009562

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2009562
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020 sous le n° 2009562, et des mémoires enregistrés le 16 mai 2022 et le 12 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Arvis demande au tribunal :

1°) de condamner le département du Val-d'Oise à lui verser la somme de 35 000 euros, assortie des intérêts de droit à compter de la date de réception de la demande préalable et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la gestion fautive de sa carrière et du harcèlement sexuel dont elle a été victime ;

2°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département produit en défense des courriels des 8 et 16 septembre 2016 qui, couverts par le secret professionnel de l'avocat, doivent être écartés des débats ;

- le département a commis plusieurs fautes dans la gestion de sa carrière en mettant illégalement fin à son détachement dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux et en refusant son intégration dans ce cadre d'emplois, en la plaçant et en la maintenant irrégulièrement en congé de maladie ordinaire en février 2018 et en adoptant un compte rendu d'évaluation professionnelle pour l'année 2017 illégal ;

- ces décisions ont été annulées par la justice ;

- la responsabilité du département est également engagée à raison du harcèlement sexuel dont elle a été victime et du refus illégal de lui accorder, pour ce motif, la protection fonctionnelle ;

- elle a subi un préjudice de carrière qui peut être évalué à 10 000 euros dès lors que, à la suite de la déclaration de son inaptitude physique dans l'exercice de ses fonctions d'adjoint technique territorial dès 2008, le département a refusé de la reclasser dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux avant de le faire uniquement par la voie du détachement, auquel il a illégalement mis fin en 2018 avant de la réintégrer en position provisoire de détachement ;

- le département n'est pas fondé à opposer la prescription de ce préjudice pour la période antérieure à 2016 dès lors que sa continuité ne fait aucun doute ; il ne peut davantage se prévaloir de ses prétendues insuffisances professionnelles qui ont déjà été écartées par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise dans son jugement du 19 novembre 2019 ;

- le département doit réparer, à hauteur de 5 000 euros, le préjudice tiré de l'atteinte qu'a porté à sa réputation professionnelle la fin illégale de son détachement pour des griefs injustifiés d'insuffisance professionnelle ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, qui doivent être indemnisés à hauteur de 20 000 euros, à raison du harcèlement sexuel dont elle a été victime, du refus illégal du département de lui accorder la protection fonctionnelle et de la fin irrégulière de son détachement, fautes qui ont, en outre, altéré son état de santé et conduit à son placement en congé de maladie à partir du 7 janvier 2019.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2022, le 10 juin 2022 et le 20 juin 2022, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Beguin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les courriels des 8 et 16 septembre 2016, qui n'ont pas été adressés par la requérante à son avocat mais à des agents du département, ne sont pas couverts par le secret professionnel ;

- il n'a pas fait preuve d'acharnement à l'égard de Mme A, les insuffisances professionnelles de la requérante étant établies, dans ses anciennes fonctions à la cellule Sésame comme dans son nouvel emploi de secrétaire à la direction de la jeunesse, prévention et sécurité ;

- la créance tirée du prétendu préjudice de carrière de Mme A est prescrite pour la période antérieure à l'année 2016 ;

- ce préjudice est dépourvu de tout lien de causalité avec l'illégalité de la décision mettant fin au détachement de Mme A dès lors que les insuffisances professionnelles qui l'ont motivée sont établies ;

- ce préjudice n'est pas non plus démontré, la requérante, qui a régulièrement bénéficié d'avancements d'échelons, ne justifiant pas d'une différence de traitement lié au défaut d'intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux ;

- aucune atteinte n'a été portée à la réputation professionnelle de Mme A, faute pour elle de démontrer que des tiers auraient eu connaissance de sa situation ;

- cette prétendue atteinte résulte essentiellement de son comportement et de ses insuffisances professionnelles ;

- Mme A, qui a déjà été indemnisée des préjudices en lien avec le harcèlement sexuel subi par le tribunal correctionnel de Pontoise, n'est pas fondée à en demander à nouveau réparation ;

- il n'y a aucun lien de causalité entre les agissements du département et les problèmes médicaux de Mme A qui ont justifié son placement en congé de maladie à partir du 7 janvier 2019.

Par une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022 à 12 heures.

II. Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020 sous le n° 2009579, Mme C A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande du 11 février 2020 tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie pris à compter du 7 janvier 2019 ;

2°) d'enjoindre au département du Val-d'Oise de reconnaître l'imputabilité au service de ces congés de maladie ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de consultation de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits, les congés de maladie étant imputables au service.

La requête a été communiquée au département du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations dans cette instance.

Par une ordonnance du 14 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2022 à 12 heures.

III. Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020 sous le n° 2009583, et un mémoire enregistré le 16 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande du 11 février 2020 tendant à sa réaffectation dans ses fonctions antérieures d'assistante à la cellule Sésame ;

2°) d'enjoindre au département du Val-d'Oise de la réaffecter dans ces fonctions dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision attaquée porte atteinte à son état de santé et que, consécutive à sa dénonciation d'agissements de harcèlement sexuel, elle méconnaît ses prérogatives statutaires issues de l'article 6 ter de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 ter de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- elle n'est justifiée par aucun motif tiré de l'intérêt du service.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 mars 2022, le 10 juin 2022 et le 20 juin 2022, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Beguin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 à 12 heures.

IV. Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020 sous le n° 2009584, et un mémoire enregistré le 16 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande du 11 février 2020 tendant à son intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux ;

2°) d'enjoindre au département du Val-d'Oise de l'intégrer dans ce cadre d'emplois ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les courriels des 8 et 16 septembre 2016 produits en défense, couverts par le secret professionnel de l'avocat, doivent être écartés des débats ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de consultation du comité médical ;

- elle est entachée d'une violation directe des dispositions de l'article 83 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et de l'article 4 du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- elle méconnaît l'autorité de chose jugée attachée au jugement du 19 novembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du 8 février 2018 mettant fin à son détachement et refusant son intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux ;

- elle a fait une inexacte appréciation de ses mérites professionnels ;

- elle est empreinte de discrimination liée à son état de santé et à son handicap.

Par des mémoires en défense enregistré le 11 mars 2022 et le 20 juin 2022, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Beguin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 87-302 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sitbon, conseiller ;

- et les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe technique territoriale, a été recrutée par le département du Val-d'Oise le 1er janvier 2008 dans le cadre du transfert de l'entretien des collèges aux départements. Elle a été placée en congé de longue maladie du 15 novembre 2010 ou 15 novembre 2011. Par une décision du 9 décembre 2014, elle a été placée en disponibilité d'office du 15 novembre 2011 au 16 octobre 2012. Par un jugement n° 1500276 du 28 juin 2017, le tribunal a annulé cette décision pour erreur d'appréciation. Par des arrêtés des 30 décembre 2014, 11 février 2015, 6 mars 2015, 20 avril 2015, 28 avril 2015, 26 mai 2015, 8 juillet 2015 et 4 août 2015, Mme A a été placée et maintenue en congé de maladie ordinaire du 22 décembre 2014 au 4 septembre 2015. Par un jugement n° 1500277 du 15 octobre 2015, le tribunal a annulé toutes ces décisions, et condamné le département à verser à Mme A la somme de 7 703,28 euros en réparation des préjudices financier et moral subis du fait de leur illégalité. Par une décision du 11 mai 2015, le président du conseil départemental a refusé de la reclasser dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux. Par un jugement n° 1511010 du 10 juillet 2018, le tribunal a annulé cette décision pour erreur de droit, mais rejeté les conclusions indemnitaires et à fin d'injonction présentées par Mme A. Par un arrêté du 4 juillet 2016, l'intéressée a été reclassée en position de détachement pour une durée d'un an dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux et affectée à la cellule Sésame, chargée des demandes d'intervention et de réservation de véhicules pour le département. Par une décision du 8 janvier 2018, la présidente du conseil départemental a rejeté sa demande d'attribution de la protection fonctionnelle. Par un arrêté du 8 février 2018, il a été mis fin à son détachement dans ce cadre d'emplois pour des motifs d'insuffisance professionnelle. Par des arrêtés des 8 février 2018 et 7 mai 2018, Mme A a été placée et maintenue d'office en congé de maladie ordinaire du 12 février 2018 au 11 février 2019. Toutes ces décisions, ainsi que le compte rendu d'évaluation professionnelle de Mme A pour l'année 2017, ont été annulées par un jugement du tribunal n°s 1802363, 1803331, 1803334, 1805889 et 1806687 du 19 novembre 2019. A la suite de la suspension par le juge des référés de la décision mettant fin à son détachement, Mme A a été réintégrée, le 24 septembre 2018, en position de détachement dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux de 2ème classe sur un emploi de secrétaire au sein de la direction de la jeunesse, prévention et sécurité. Elle a été placée en congé de maladie à compter du 7 janvier 2019. Après une reprise de ses fonctions sous couvert d'un mi-temps thérapeutique entre le 13 mars et le 12 juin 2019, elle a de nouveau été placée en congé de maladie.

2. Par un courrier du 11 février 2020, Mme A a demandé au département du Val-d'Oise de lui verser une indemnité de 35 000 euros en réparation de ses préjudices, de reconnaître l'imputabilité au service de ses congés de maladie à compter du 7 janvier 2019, et de la réaffecter au sein de la cellule Sésame. Par un courrier du même jour, elle a demandé son intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux. Ces demandes ont été implicitement rejetées.

3. Par la requête n° 2009562, Mme A demande au tribunal de condamner le département du Val-d'Oise à lui verser la somme de 35 000 euros, majorée des intérêts moratoires et de leur capitalisation, en réparation de ses divers préjudices. Par les requêtes n°s 2009579, 2009583 et 2009584, elle demande au tribunal l'annulation des décisions implicites par lesquelles le département du Val-d'Oise a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de ses congés de maladie, de réaffectation dans ses anciennes fonctions à la cellule Sésame et d'intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux.

Sur la jonction :

4. Les requêtes n°s 2009562, 2009579, 2009583 et 2009584 présentées par Mme A sont relatives à la carrière d'un même agent public, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département en défense à l'encontre de la requête n° 2009583 :

5. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

6. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir ou refusant de modifier leur affectation, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

7. Aux termes de l'article 6 ter de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, aux autorités judiciaires ou administratives de faits constitutifs d'un délit, d'un crime ou susceptibles d'être qualifiés de conflit d'intérêts au sens du I de l'article 25 bis dont il aurait eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions. () ".

8. Il ressort des observations du département du Val-d'Oise en défense que le refus de réaffecter Mme A dans ses anciennes fonctions au sein de la cellule de Sésame est fondée sur son insuffisance professionnelle dans cet emploi et sur l'absence de poste vacant au sein de cette cellule.

9. D'une part, si Mme A soutient que la mesure qu'elle attaque est, en réalité, consécutive à sa dénonciation d'agissements constitutifs de harcèlement sexuel, elle ne l'établit pas. A cet égard, elle ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision du 8 février 2018 qui a mis fin son détachement, laquelle est distincte du refus de réaffectation contesté, serait fondée sur de tels faits. Au demeurant, Mme A ne démontre pas que cette décision était dictée par d'autres motifs que celui de son insuffisance professionnelle, motif qui est, d'ailleurs, à l'origine de son annulation par le tribunal. D'autre part, il ressort des propres déclarations de Mme A que l'emploi de secrétaire à la direction de la jeunesse, prévention et sécurité, sur lequel elle a été réaffectée avec son accord et qu'elle occupe, est compatible avec son état de santé. En outre, Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait privée de missions effectives dans ce nouvel emploi et que son état de santé en serait altéré. Enfin, les allégations de Mme A ne suffisent pas à faire présumer que la mesure contestée serait empreinte de discrimination en lien avec son état de santé ou avec la dénonciation de faits de harcèlement sexuel. Dans ces conditions, le refus de la réaffecter sur cet emploi constitue une mesure d'ordre intérieur qui ne peut faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée par le département en défense doit être accueillie et la requête n° 2009583 rejetée comme irrecevable.

Sur les courriels du 8 et du 16 septembre 2016 produits en défense dans les instances n°s 2009562 et 2009584 :

10. Aux termes de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : " En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention " officielle ", les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel. ".

11. Il résulte des termes mêmes des courriels du 8 et du 16 septembre 2016 envoyés par Mme A qu'ils étaient destinés à Me Arvis, son avocat. La circonstance qu'ils aient été adressés par erreur à des agents du département est sans incidence sur la confidentialité de ces correspondances qui sont couvertes par le secret professionnel entre le client et son avocat et ne pouvaient dès lors être produites par le département dans les instances n°s 2009562 et 2009584 sans violer directement les dispositions précitées de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971. Par suite, Mme A est fondée à demander, pour ce motif, que ces pièces soient écartées des débats dans ces deux instances.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du département du Val-d'Oise :

12. Par un jugement définitif n°s 1802363, 1803331, 1803334, 1805889 et 1806687 du 19 novembre 2019, le tribunal a annulé le compte rendu d'évaluation professionnelle de Mme A pour l'année 2017 au motif qu'il comportait des mentions relatives à son relationnel avec son binôme au sein de la cellule Sésame qui l'a harcelée sexuellement. Par ce même jugement, le tribunal a également annulé le refus opposé à sa demande d'attribution de la protection fonctionnelle, au motif qu'elle avait effectivement subi des agissements constitutifs de harcèlement sexuel, la décision du 8 février 2018 mettant fin à son détachement et refusant son intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux, au motif que les insuffisances professionnelles qui lui étaient reprochées manquaient en fait, ainsi que les arrêtés des 8 février et 7 mai 2018 la plaçant et la maintenant en congé de maladie ordinaire, au motif que son état de santé était compatible avec l'exercice de ses fonctions. Il résulte également de l'instruction, et plus particulièrement de l'autorité absolue de chose jugée attachée à ce jugement, que Mme A a subi le harcèlement sexuel de son binôme au sein de la cellule Sésame. Elle est donc fondée à demander l'indemnisation des préjudices effectifs qui présentent un lien de causalité direct et certain avec ces fautes. Si le département fait valoir en défense qu'il ne peut lui être reproché aucun " acharnement " à l'égard de la requérante, une telle circonstance est sans incidence sur l'étendue de sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du préjudice de carrière :

13. Si Mme A soutient qu'elle n'a toujours pas été réintégrée, de manière pérenne, dans son cadre d'emplois de détachement depuis 2008, cette circonstance est dépourvue de tout lien de causalité avec les fautes invoquées. Par ailleurs, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il a été mis illégalement fin à son détachement à partir du 12 février 2018 et que Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire dans son cadre d'emplois d'origine du 12 février au 24 septembre 2018, date à laquelle elle a été réintégrée en position de détachement dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux, elle n'établit ni même n'allègue avoir été privée, pendant cette brève période d'éviction, d'une chance sérieuse de bénéficier d'un avancement de grade. Enfin, en position d'activité dans son cadre d'emplois d'origine durant cette période, Mme A était éligible au bénéfice des avancements d'échelons dans ce cadre d'emplois qui ont, le cas échéant, été repris à l'occasion de sa réintégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription soulevée par le département en défense, Mme A n'établit pas avoir subi, à raison de la fin irrégulière de son détachement, un préjudice de carrière.

S'agissant de l'atteinte à la réputation professionnelle :

14. Si Mme A affirme que les griefs injustifiés portés sur ses compétences professionnelles pour mettre fin à son détachement ont nui à sa réputation professionnelle, elle n'établit pas que sa situation a été portée à la connaissance de tiers ou d'agents de la collectivité extérieurs à la cellule Sésame au sein de laquelle elle était affectée. Par conséquent, et eu égard, en outre, à la brièveté de son éviction, Mme A ne démontre pas la réalité du préjudice d'atteinte à la réputation professionnelle qu'elle allègue avoir subi.

S'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence :

15. Il résulte de l'instruction que par un jugement du tribunal correctionnel du 21 juillet 2020, M. B, binôme de Mme A au sein de la cellule Sésame, a été reconnu coupable de harcèlement sexuel à son encontre et condamné à lui verser 800 euros au titre de la réparation civile. Mme A n'est donc pas fondée à demander au département du Val-d'Oise de réparer, une nouvelle fois, les préjudices liés à ce harcèlement. En revanche, il résulte de l'instruction que le département du Val-d'Oise, en refusant d'attribuer à Mme A la protection fonctionnelle et en mettant illégalement fin à son détachement, n'a pas reconnu son statut de victime de harcèlement sexuel et l'a évincée du service dans des conditions vexatoires, sur le fondement de prétendues insuffisances professionnelles manquantes en fait. Par ailleurs, Mme A établit, par les certificats médicaux qu'elle verse à l'instance, des troubles dans ses conditions d'existence à partir de l'année 2019, en lien direct avec un syndrome anxio-dépressif non détachable de ses fonctions. Par suite, la requérante a subi un préjudice en lien direct avec ces fautes dont il sera fait une juste appréciation en l'indemnisant à hauteur de 5 000 euros.

16. Dès lors, Mme A est fondée à demander la condamnation du département du Val-d'Oise à lui verser la somme de 5 000 euros, majorée des intérêts de droit à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable, le 12 février 2020, et de la capitalisation de ces intérêts au 12 février 2021, 12 février 2022 et 12 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision rejetant implicitement sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie de Mme A à partir du 7 janvier 2019 :

17. Selon l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, applicable à la demande d'imputabilité de Mme A : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ".

18. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

19. En premier lieu, il ressort des certificats médicaux versés aux débats que Mme A souffre d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel. La requérante justifie, en outre, de conditions de travail dégradées, liées à la fin irrégulière de son détachement, au harcèlement sexuel dont elle a été victime, au refus de protection fonctionnelle de son employeur et à sa réintégration dans les effectifs du département dans la position précaire et révocable du détachement. Ce contexte professionnel est de nature à favoriser le développement de pathologies anxio-dépressives. Par ailleurs, le département du Val-d'Oise, qui n'a pas présenté d'observations en défense dans la présente instance, n'oppose aucun fait personnel de la requérante ou autre circonstance particulière de nature à détacher cette maladie du service, lesquels ne ressortent pas davantage des pièces du dossier. Dans ces conditions, la pathologie dont souffre Mme A doit être regardée comme imputable au service.

20. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que la commission de réforme, dont la consultation était obligatoire en application des dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, ait été saisie pour avis sur la demande présentée par Mme A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses congés de maladie. Dans ces conditions, la requérante, qui a été privée de la garantie procédurale liée à la consultation de cette commission, est fondée à soutenir que la décision qu'elle conteste a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

21. Par suite, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision rejetant implicitement sa demande d'intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux :

22. Par un jugement du 19 novembre 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé, outre la décision mettant fin au détachement de Mme A, le refus de l'intégrer dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux. S'il n'a pas expressément motivé cette annulation contentieuse, le tribunal a néanmoins censuré le motif d'insuffisance professionnelle commun à ces deux décisions, comme manquant en fait. Il a donc, implicitement mais nécessairement, fondé l'annulation du refus d'intégration sur l'erreur manifeste commise par le département dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de Mme A. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif de ce jugement d'annulation ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire faisait donc obstacle à ce que l'intégration de Mme A soit de nouveau refusée par l'autorité administrative pour un motif identique à celui qui avait été censuré par le tribunal. De surcroît, l'annulation du refus d'intégration pour erreur manifeste d'appréciation a fait naître, à la date de ce jugement, un droit, au bénéfice de Mme A, à être intégrée dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux. Si le département se prévaut en défense d'une évolution des circonstances de fait, il ne peut utilement se prévaloir, à cet égard, des prétendues insuffisances de Mme A dans ses nouvelles fonctions, alors qu'il aurait déjà dû tirer les conséquences de cette annulation contentieuse en l'intégrant dans le cadre d'emplois de détachement. Par suite, la requérante est fondée à opposer l'autorité de chose jugée du jugement du 19 novembre 2019 à la décision attaquée et à en demander dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. En premier lieu, eu égard au motif d'annulation de la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie de Mme A à partir du 7 janvier 2019, il y a lieu d'enjoindre au département du Val-d'Oise de reconnaître cette imputabilité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

24. En deuxième lieu, eu égard au motif d'annulation de la décision implicite rejetant sa demande d'intégration, il y a lieu d'enjoindre au département du Val-d'Oise d'intégrer Mme A dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Le département du Val-d'Oise versera à Mme A la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable, le 12 février 2020. Les intérêts échus à la date du 12 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La décision par laquelle le département du Val-d'Oise a rejeté la demande de Mme A du 11 février 2020 tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie à partir du 7 janvier 2019 est annulée.

Article 3 : La décision par laquelle le département du Val-d'Oise a rejeté la demande de Mme A du 11 février 2020 tendant à son intégration dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au département du Val-d'Oise de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie de Mme A à partir du 7 janvier 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Il est enjoint au département du Val-d'Oise d'intégrer Mme A dans le cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Le département du Val-d'Oise versera à Mme A la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Les conclusions des requêtes n°s 2009562, 2009579, 2009583 et 2009584 sont rejetées pour le surplus.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au président du conseil départemental du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme D et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon

La présidente,

Signé

C. Oriol La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

N°s 2009562 - 2009579 - 2009583 - 2009584

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