mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2009673 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS PICOVSCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 septembre 2020 et les 1er mars et 3 juin 2021, M. A B, représenté par Me Janiaud, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification du 26 avril 2018 est insuffisamment motivée ;
- les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016, résultant directement de la taxe sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur les sociétés auxquels est assujettie la société à responsabilité limitée (SARL) Group Energy Business, ne sont pas bien fondées dès lors que :
. ni le chiffre d'affaires de cette société retenu par l'administration fiscale ni le taux de charges déductibles ne sont exacts ;
. la majoration de 100% mise à la charge de la SARL Group Energy Business a été signée par une autorité incompétente ;
. le dégrèvement des sommes acquittées au titre de l'année 2016 sur les montants mis en recouvrement lors de la vérification de la comptabilité de la SARL Group Energy Business doit être pris en compte pour le calcul des revenus distribués ;
. la base du bénéfice ayant déjà fait l'objet d'une imposition sur les sociétés ne doit pas être prise en compte dans le calcul des revenus distribués ;
- il n'a pas appréhendé personnellement les profits générés par la SARL Group Energy Business.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier et 7 avril 2021, et le 3 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Group Energy Business, qui exerce une activité de vente à distance sur catalogue général, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Dans le cadre d'une procédure d'opposition à contrôle, le service a procédé à une reconstitution du chiffre d'affaires, qui a conduit à des rehaussements d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, notifiés par une proposition de rectification du 26 avril 2018 pour les exercices 2014, 2015 et 2016. M. A B gérant de la SARL Group Energy Business, a été regardé comme ayant appréhendé ces sommes en tant que maître de l'affaire, constitutives de revenus distribués imposables à l'impôt sur le revenu. Par une proposition de rectification du 26 avril 2018, des rehaussements à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux ont été proposés au titre des distributions au titre de l'année 2016. Le requérant dont les réclamations du 13 décembre 2018, 5 juillet 2018 et 29 juillet 2020 ont été rejetées, demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de contributions sociales et des majorations et intérêts de retard mis à sa charge au titre de l'année 2016.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. Sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
3. L'administration fiscale a informé le requérant, par une proposition de rectification en date du 26 avril 2018, de ce qu'après avoir vérifié la comptabilité de la SARL Group Energy Business, elle avait procédé à la reconstitution des recettes de cette société selon la procédure d'opposition à contrôle fiscal, et de ce qu'elle entendait imposer entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions des 1° et 2° du 1 de l'article 109 et de l'article 111. c du code général des impôts, les recettes éludées qui ont été regardées comme des revenus distribués. Il résulte de l'instruction que cette proposition de rectification, était assortie en annexe de la copie de la proposition de rectification adressée à la SARL Group Energy Business le même jour, et qu'elle doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée au requérant, celui-ci n'établissant en tout état de cause pas avoir découvert cette procédure tardivement à raison de ses fréquents déplacements à l'étranger. Cette proposition précise, d'une part, par renvoi à la proposition de rectification adressées à la SARL Group Energy Business, la méthode employée pour reconstituer ses recettes et les charges déductibles, et d'autre part, les motifs pour lesquels l'intéressé devait être regardé, sur la base des revenus distribués ainsi reconstitués, comme le seul maître de l'affaire et avoir par suite appréhendé l'intégralité desdits revenus. Il suit de là que la proposition de rectification litigieuse indiquait la nature, les motifs et le montant des rectifications envisagées. Ainsi, cette proposition de rectification répondait aux exigences de motivation de l'article L.57 du livre des procédures fiscales.
4. Eu égard à l'indépendance des procédures relatives à l'imposition de la SARL Group Energy Business et celle relative à l'imposition personnelle de M. B, ce dernier ne peut utilement invoquer, au soutien de sa demande de décharge de suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales en litige, l'incompétence de l'auteur de la décision d'appliquer la majoration prévue à l'article 1732 du code général des impôt à cette société.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts qui, en vertu de l'article 108, est applicable aux revenus distribués par les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : - 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; - 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur le bénéfice ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application de l'article 109-1-1°, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que toute somme qu'une société entrant dans le champ d'application de l'impôt sur les sociétés met à la disposition de l'un de ses associés et qui n'est la rémunération ni d'une prestation que celui-ci lui a faite, ni d'un service qu'il lui a rendu, ni d'un prêt qu'il lui a consenti a le caractère d'un revenu distribué, sans qu'il y ait lieu de rechercher si la société a été, ou non, effectivement soumise à l'impôt à raison de la somme dont il s'agit.
En ce qui concerne la charge de la preuve :
6. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré.
7. L'administration fiscale fait valoir et il n'est pas contesté que M. B s'est abstenu de répondre à la proposition de rectification en date du 26 avril 2018 qui doit être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée. Si le requérant soutient qu'il n'a pris connaissance de la procédure de vérification de la comptabilité que tardivement, en raisons de nombreux déplacements professionnels, il n'apporte aucun élément de nature à établir cette allégation. Par suite, le requérant supporte la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition dont il demande la réduction en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne l'évaluation des revenus distribués :
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification en date du 16 avril 2018 adressée à la SARL Group Energy Business et annexée à la proposition de rectification datée du même jour et adressée au requérant, qu'à la suite du comportement de la société s'opposant à ce que le service vérificateur puisse engager ses opérations de contrôle et à défaut d'avoir pu obtenir la comptabilité de la société et les pièces justificatives, l'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires de la société et l'a évalué à 587 732 €. Toutefois, 28 jours après le début de la vérification de comptabilité, la SARL Group Energy Business a déclaré un chiffre d'affaires de 660 186 €. L'administration fiscale a alors notifié les redressements à partir de ce dernier chiffre d'affaires. Ce faisant, s'appuyant sur ses propres constatations et les déclarations de la société contribuable, le requérant n'établit pas que son chiffre hors taxe reconstitué après contrôle serait surévalué.
9. En deuxième lieu, l'administration fiscale, faute de justificatif, a retenu un taux de charges déductible de 82,32 % par comparaison à celui déclaré, et justifié, par des entreprises du secteur, dans la même zone géographique et ayant des conditions d'exploitation voisines de celles de la SARL Group Energy Business. Si le requérant sollicite l'application d'un taux de 94,2%, tiré des liasses fiscales produites et constituées après les opérations de vérification, celui-ci n'est justifié par aucune pièce ni facture. Par suite, il n'établit pas que le taux de charge retenu par l'administration serait erroné.
10. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 5 ci-dessus, sont considérés comme des revenus distribués tous les bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital. Ces bénéfices ont été établis par l'administration fiscale pour 2016 à un montant de 116 721 euros dans les conditions rappelées aux point 8 et 9. M. B indique à cet égard que la SARL Group Energy Business a obtenu, en 2017, la réduction de la cotisation supplémentaire à l'impôt sur les sociétés mise à sa charge en 2016 suite au dépôt de sa liasse fiscale en 2017 et à la cotisation primitive d'impôt sur les sociétés dont elle s'est alors acquittée. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que les bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés, qui sont demeurés évalués à 116 721 euros même après ce dégrèvement dont le seul objet était de ne pas soumettre deux fois une partie d'entre eux à l'impôt sur les sociétés, ont été mis en réserve ou incorporés au capital social. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a retenu en application de l'article 109, 1, 1° du code général des impôts cette somme comme base des revenus de capitaux mobiliers litigieux.
En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :
11. Il résulte de ces dispositions que les sommes réintégrées par l'administration dans le résultat imposable d'une société ne peuvent être regardées comme des revenus distribués au sens de ces dispositions que dans la mesure où elles ont été effectivement appréhendées par leur bénéficiaire. Toutefois, le contribuable maître d'une affaire est réputé avoir appréhendé les distributions réalisées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
12. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a imposé entre les mains de M. B en tant que revenus distribués, sur le fondement du 1° de l'article 109 du code général des impôts, les sommes correspondant aux rectifications apportées aux résultats de la SARL Group Energy Business, dont le requérant assurait la gérance. Le requérant ne conteste pas sérieusement le fait que détenteur à 50% du capital de la société, il présidait les séances des assemblées générales de la société et signait les procès-verbaux, disposait des pouvoirs les plus étendus de représentation de la société vis-à-vis des tiers et détenait la signature sur le compte bancaire de celle-ci. Par suite, il concentre pour la période concernée les pouvoirs de gérance, financiers, de gestion et d'administration, ce qu'il ne conteste pas. Au regard de ces circonstances, il est établi que M. B se comportait comme le seul maître de l'affaire au titre de l'exercice clos en 2016, et pouvait ainsi être regardé comme étant présumé avoir appréhendé les revenus distribués par la société. En outre, si le requérant prétend que les sommes litigieuses ont été investies dans l'intérêt de la société, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que ces sommes seraient restées investies dans l'entreprise. Dans ces conditions, c'est à bon droit que les revenus distribués litigieux ont été imposés entre les mains de M. B en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles M. B a été assujetti doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile de France.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière
N°2009673
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026