mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2009733 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SANTONI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2020, la société par actions simplifiée (SAS) Société européenne de l'équipement pour l'habitat (SEEH), représentée par Me Santoni, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 259 297, 50 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la décision du 4 décembre 2019 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la fermeture administrative de son siège social situé à Boulogne-Billancourt pour une durée de quarante-cinq jours à compter de sa date de notification ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision du 4 décembre 2019 prise par le préfet des Hauts-de-Seine est illégale, en ce qu'elle est entachée d'incompétence, d'une insuffisance de motivation, qu'elle est de nature à porter atteinte à la liberté d'entreprendre, à la liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté du travail, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail et que la sanction de quarante-cinq jours de fermeture du siège social présente un caractère manifestement disproportionné ;
- l'illégalité de cette décision a été reconnue par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par une ordonnance n°1916108 du 27 décembre 2019 ;
- cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- cette illégalité fautive lui a causé des préjudices qu'elle évalue à la somme globale de 259 297, 50 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 décembre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 26 décembre 2022 à 12h, a été reportée au 19 janvier 2023 à 12h.
Vu :
- l'ordonnance n°1916108 du 27 décembre 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh,
- et les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS SEEH, dont le siège social est situé 35-37 bis rue des abondances à Boulogne-Billancourt (92100), est spécialisée dans la vente de produits d'équipement et d'amélioration de l'habitat. Elle dispose de trois agences commerciales, à Boulogne-Billancourt, à Evry-Courcouronnes et à Montigny-Lès-Cormeilles et emploie cent quatorze collaborateurs. Par un courrier du 22 octobre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a informé la SAS SEEH qu'il envisageait de prononcer sa fermeture administrative, en application de l'article L. 8272-2 du code du travail, au motif que l'enquête effectuée au sein de la société de mars 2018 à février 2019 par les services de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de la région Ile-de-France a révélé l'existence d'un système organisé de fraude aux cotisations sociales, caractérisé par le paiement des salaires de plusieurs membres du personnel effectué sous forme de remboursement de frais professionnels, lesquels se trouvaient ainsi en situation de travail dissimulé au sens de l'article L. 8221-5 du code du travail. Par un courrier du 8 novembre 2019, la SAS SEEH a fait part de ses observations quant à la mesure envisagée à son encontre. Puis, par un arrêté en date du 4 décembre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la fermeture administrative du siège social de la SAS SEEH pour une durée de quarante-cinq jours. Par une ordonnance n°1916108 du 27 décembre 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu, avec effet immédiat, l'exécution de cet arrêté. Par un courrier du 5 juin 2020, reçu le 12 juin suivant, la SAS SEEH a présenté, auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine, une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de l'arrêté susmentionné du 4 décembre 2019. Le silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la SAS SEEH demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 259 297, 50 euros au titre des préjudices subis du fait de cet arrêté.
2. En premier lieu, M. B A, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet des Hauts-de-Seine, a reçu délégation de signature, par arrêté du 19 septembre 2019, à l'effet de signer au nom du préfet des Hauts-de-Seine tous actes et décisions relevant du cabinet du préfet et des services qui lui sont rattachés, tels que définis par l'arrêté du 29 décembre 2017 portant organisation de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par suite, M. A était compétent pour signer au nom du préfet des Hauts-de-Seine l'arrêté du 4 décembre 2019.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté du 4 décembre 2019 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, si la société requérante soutient que l'arrêté litigieux serait de nature à porter atteinte à la liberté d'entreprendre, à la liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté du travail, ce moyen est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
6. En quatrième lieu, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée. Dès lors, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de l'ordonnance du juge des référés n°1916108 du 27 décembre 2019 prononçant la suspension de l'exécution de l'arrêté litigieux en date du 4 décembre 2019.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé ; (). ". Aux termes de l'article L. 8221-5 du même code : " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche ; 2° Soit de se soustraire intentionnellement à la délivrance d'un bulletin de paie ou d'un document équivalent défini par voie réglementaire, ou de mentionner sur le bulletin de paie ou le document équivalent un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie ; 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. ". Aux termes de l'article L. 8272-2 de ce code : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République. (). ". Selon l'article R. 8272-8 du même code : " Le préfet tient compte, pour déterminer la durée de fermeture d'au plus trois mois du ou des établissements ayant servi à commettre l'infraction conformément à l'article L. 8272-2, de la nature, du nombre, de la durée de la ou des infractions relevées, du nombre de salariés concernés ainsi que de la situation économique, sociale et financière de l'entreprise ou de l'établissement. (). ".
8. Il résulte de ces dispositions combinées que le travail dissimulé constitue une infraction de nature à justifier le prononcé de la sanction administrative de fermeture provisoire de l'établissement ayant servi à le commettre. Cette sanction est prononcée si la proportion des salariés concernés le justifie et au regard, soit de la répétition des faits constatés, soit de leur gravité.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, pour ordonner la fermeture provisoire du siège social de la SAS SEEH, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que, lors du contrôle effectué de mars 2018 à février 2019 par les services de l'inspection du travail, il a été constaté l'existence d'un " système organisé de fraude aux cotisations sociales, caractérisé par le paiement des salaires de plusieurs vendeurs représentants placiers effectués sous forme de frais professionnels et qu'une partie du personnel sédentaire ou à dominante sédentaire, notamment basé sur le site de Boulogne-Billancourt, se trouvait en situation de travail dissimulé en violation des dispositions de l'article L. 8221-5 du code du travail ".
10. Pour contester cette mesure, la société requérante soutient qu'elle aurait dû se limiter à l'établissement où l'infraction a été relevée, à savoir son établissement de Boulogne-Billancourt, et que la fermeture de son siège social a eu pour effet de paralyser l'activité de ses établissements à Evry-Courcouronnes et à Montigny-Lès-Cormeilles. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal, établi par les services de l'inspection du travail le 2 août 2019, que l'infraction de travail dissimulé par la soustraction intentionnelle aux obligations de déclarations des cotisations sociales a été constatée dans le cadre d'un système organisé de rémunérations de salariés par des commissions dissimulées sous forme de frais professionnels fictifs pouvant s'élever à 9 000 euros sur une période d'un seul mois. Ce procédé consistant à rembourser des frais professionnels fictifs concerne tant le personnel amené à effectuer des déplacements, tels que les représentants commerciaux des trois agences de l'établissement que le personnel sédentaire ou à dominante sédentaire, tels que les directrices du télémarketing, les responsables ou attachés du service télémarketing et phoning et les chefs d'agences. En outre, le montant de ces frais correspondait à des sommes conséquentes et n'était pas soumis à cotisations sociales alors qu'ils visaient à se substituer à des éléments de rémunérations des salariés de l'entreprise. Ainsi, il résulte de l'instruction que la SAS SEEH a mis en place un système organisé de fraude aux cotisations sociales dans le cadre duquel une partie de la rémunération de nombreux salariés, relevant de catégories professionnelles différentes, n'était pas soumise aux prélèvements sociaux, qui concernait ses sites de Boulogne-Billancourt, d'Evry-Courcouronnes et de Montigny-lès-Cormeilles. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la fermeture administrative du siège social de la SAS SEEH.
11. En dernier lieu, la société requérante soutient que la durée de la fermeture est excessive. Cependant, bien que la fraude a impliqué moins de 10 % des effectifs, celle-ci a concerné des salariés relevant de catégories professionnelles différentes et a été réalisée de manière systématique et durable dans une volonté manifeste de se soustraire aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. Ainsi, eu égard à la proportion de salariés concernés et, en particulier, à la nature des faits reprochés, en ordonnant la fermeture administrative du siège social de la SAS SEEH pour une durée de 45 jours, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché l'arrêté en litige de disproportion.
12. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité fautive de l'arrêté du 4 décembre 2019, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée et les conclusions indemnitaires présentées par la SAS SEEH doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS SEEH est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Société européenne de l'équipement pour l'habitat et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
Z. Saïh
Le président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026